31 déc. 2007

L'année cinéma 2007

L'année 2007 s'achevant vient l'heure des traditionnels bilans cinématographiques auxquels se livrent avec jubilation les passionnés du 7ème art
Mon top 10 des meilleurs films de 2007 (chroniqués dans ces pages) :
1. La nuit nous appartient / James Gray
2. L'assassinat de Jesse James... / Andrew Dominik
3. La vengeance dans la peau / Paul Greengrass
4. 7h58, ce samedi là / Sidney Lumet
5. Paranoid Park / Gus Van Sant
6. Zodiac / David Fincher
7. Dans la vallé d'Elah / Paul Haggis
8. Blood diamond / Edward Zwick
9. Sunshine / Danny Boyle
10. Les chansons d'amour / Christophe Honoré

Mon top 10 des meilleurs dvd de films de fiction :
1. Blade runner, édition ultimate 5 dvd
Ce chef d'oeuvre SF visionnaire de Ridley Scott est à voir et/ou revoir dans les meilleures conditions : image et son de toute beauté, film décliné en 5 versions dont le final cut de 2007 et une copie de travail remastérisée qui fut la première version montrée au public à l’occasion de projections-tests au début des années 80, passionnant making-of chapitré d'une durée de 3h30
2. Miami vice, édition collector avec la version longue du virtuose film de Michael Mann : un début moins abrupt que dans la version ciné, des scènes nouvelles ou rallongées développant la vie privée des infiltrés dont les relations sont désormais plus consistantes
3. Babel et son making-of de 90 min mettant en lumière la profonde générosité, patience et acharnement de son réalisateur Iñarritu à filmer sur plusieurs continents, avec des stars comme Brad Pitt et des acteurs non professionnels, des destins contrariés par la douleur, la souffrance, la solitude, la discrimination : puissant, émouvant, du grand cinéma humaniste et sensible
4. La science des rêves, riche interactivité pour ce film mélancolique sur un grand rêveur trouvant refuge dans un monde imaginaire délirant et poétique avec notamment une version B concoctée par Michel Gondry à partir des prises écartées au montage ciné et une BD sur les objets fantaisistes crées par son héros lunaire
5. Les tueurs, gros travail éditorial de Carlotta pour ce classique du film noir de Robert Siodmak avec Burt Lancaster et Ava Gardner : version remastérisée, étude d'universitaire, version radiophonique, court-métrage de Tarkowski adaptant la nouvelle éponyme d'Hémingway...
6. Inland empire, l'envoûtant et déroutant dernier opus de Lynch filmé en DV, une expérience sensitive hors norme comme une plongée dans un trou noir, une exploration de l'inconscient et des rêves, une déclaration d'amour d'un cinéaste à son actrice : dans les bonus le film est analysé par Michel Chion, spécialiste français de l'auteur de Mulholland Drive et évoqué, fait assez rare, par son créateur dans plusieurs interviews
7. Mémoires de nos pères / Lettres d'Iwo Jima, extraordinaire dyptique sur la bataille d'Iwo Jima vu successivement du côte américain et japonais : bonheur de voir l'immense Clint Eastwood au travail sur une oeuvre désormais phare du film de guerre (en complément du magnifique livre d'entretiens avec Michael Henry Wilson paru aux éditions Cahiers du cinéma!)
8. Taxi driver dans une édition définitive présentant un master numérique HD et 8 documentaires passionnants sur ce chef d'oeuvre de Martin Scorsese
9. Le labyrinthe de Pan, superbe conte poétique et effrayant évoquant Lewis Caroll, Lovecraft, l'Espagne francquiste, dans une édition ultimate à la hauteur du meilleur film de Guillermo Del Toro : le coffret déploie pas moins de 5 galettes dont le dvd du film, un hd-dvd, le cd audio de la bof intégrale et un livre exclusif de 64 pages
10. Casino Royale dans une édition collector 2 dvd sans doute pas définitive mais offrant un transfert royal pour ce meilleur opus de la saga James Bond

29 déc. 2007

There will be blood / Paul Thomas Anderson

Après 5 ans d'absence, Paul Thomas Anderson (Magnolia, Punch-Drunk Love), semble revenir en grande forme avec There will be blood, une histoire de famille, de religion et de pétrole, porté par l'un des plus grands acteurs au monde, Daniel Day-Lewis.
Daniel Plainview, un prospecteur, achète les droits d'exploitation des puits de pétrole d'une famille vivant dans un ranch au Texas. Mais bien vite le prospecteur se rend compte que le pétrole va remettre en question le rêve américain...

Nominé dans la catégorie premier rôle masculin pour les screen actor guild's awards, la guilde des acteurs américains, qui seront décernés le 27 janvier, Daniel Day-Lewis parait, au vu des premières images totalement habité par son rôle qui pourrait lui valoir, aux dires des spécialistes, un nouvel oscar après celui remporté pour My left foot (1989).
Le film s'annonce comme un des premiers chocs cinématographiques de 2008, sur les écrans français le 27 février prochain.

18 déc. 2007

Je suis une légende / Francis Lawrence

A l'origine un roman culte de Richard Matheson contant le calvaire quotidien d'un survivant d'une terrible épidémie mondiale contraint de se terrer dans sa demeure pour échapper aux assauts nocturnes d'une horde de vampires aux visages familiers. Malheureusement l'adaptation hollywoodienne dirigée par Francis Lawrence prend beaucoup de libertés avec le matériau de départ et s'éloigne dangereusement des intentions de Matheson : les infectés ne sont plus des vampires mais ont désormais l'apparence de mutants animés par des images de synthèse d'une grande laideur dont le réalisateur privilégie le côté élastique et virevoltant au détriment du caractère tragique de leur condition, le héros est un spécialiste en biologie quand dans le texte il tatonne en autodidacte dans une recherche désespérée d'un vaccin ici de nature humaine et surtout la fin pessimiste du roman a été changée pour une conclusion porteuse d'espoir en phase avec l'ampleur d'une production très onéreuse contraint de rassembler le plus large public (la seule scène de l'évacuation et de l'explosion de Brooklyn a coûté la bagatelle de 5M de dollars). Les 2/3 tiers du film restent impressionnants : perdu dans un New-York fantôme vidé de ses habitants et de toute vie à l'exception d'animaux sauvages et envahi par la végétation, Will Smith, toutefois accompagné d'un chien assez bon acteur (le pendant canin du mutique Wilson, le compagnon d'infortune de Tom Hanks dans Cast Away, grand film sur l'abandon et la solitude qui parvenait à créer du suspense avec trois fois rien!), parvient à rendre par son jeu sensible basé sur l'introspection la détresse de ce survivant d'une apocalypse qui lui arraché sa famille. Le début du film multiplie avec inspiration les scènes d'un quotidien morne et inquiétant où le héros, seul au monde et contraint de se discipliner pour survivre à la horde de mutants se déchainant la nuit tombée, garde néammoins l'espoir de trouver un remède à ce virus en mobilisant ses connaissances scientifiques. L'angoisse nait justement de cet abandon absolu, de cette solitude oppressante et non des scènes de lutte avec la cohorte de mutants dont l'aspect numérique a pour effet de dématérialiser ce film bancal et finalement très décevant. En abandonnant la réflexion souvent teinté d'ironie de Matheson sur le mythe du vampire et le renversement final qui voit Néville, tueur acharné de morts vivants, devenir un monstre aux yeux de la majorité et donc le fléau à abattre, pour un survival spectaculaire tout numérique qui érige son héros en nouveau messie, le film s'enlise insolublement dans les travers du mauvais film hollywoodien où pyrotechnie et images de synthèse tiennent lieu de carburant à une machine pourtant prometteuse vidée d'émotion et de lyrisme par une direction qui ne restera pas dans la légende.

Sweeney Todd / Tim Burton

Entrez dans l'univers macabre de Sweeney Todd en arpentant le site officiel du film où sont mis à la disposition du public trailers, clips, wallpapers... en attendant la sortie française le 23 janvier 2008 pour ce qui s'annonce comme une nouvelle réussite éclatante du tandem Tim Burton/Johnny Depp, entre Les noces funèbres pour le côté musical et Sleepy Hollow pour l'univers gothique débordant de sombres desseins et d'hémoglobine.

17 déc. 2007

The Dark Knight / Christopher Nolan

Première bande-annonce de The Dark Knight, la suite de Batman begins, toujours réalisé par le petit prodige Christopher Nolan (Memento, Insomnia, the Prestige) qui a insufflé un nouveau souffle à la saga après les poussives troisièmes et quatrièmes aventures réalisées par Joel Schumacher. Sortie française le 20 août 2008 pour ce film tourné en IMAX mettant en scène Christian Bale dans le rôle titre face à son ennemi juré le Joker, interprété par Heath Ledger.

14 déc. 2007

Je suis une légende / Francis Lawrence

Adapté du chef d'oeuvre SF éponyme de Richard Matheson, Je suis une légende avec Will Smith déboule sur les écrans français le 19 décembre : mystérieusement immunisé contre un terrible virus d'origine humaine, le renommé scientifique Robert Néville est le dernier homme à errer dans les ruines de New-York, peut-être sur la Terre. Premières minutes de la séquence d'ouverture de ce film très attendu produit par la Warner .

"Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil...
Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire."(4 ème de couverture du roman publié chez Folio SF)

11 déc. 2007

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal / Steven Spielberg

1ère affiche officielle d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal dans les salles françaises le 21 mai 2008.
Aux côtés d'Harrison Ford on trouvera dans cette nouvelle aventure l'excellente Cate Blanchett en méchante, Karen Allen qui reprend son rôle des Aventuriers de l'arche perdue, Jim Broadbent en collègue de Jones à l'université de Yale, Ray Winstone que le producteur Frank Marshall décrit comme étant à mi-chemin entre Belloq, le rival de Jones que l'on croise plusieurs fois dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue et Sallah, un adjuvant du même film, John Hurt que les rumeurs voient en Albert Einstein ou Abner Ravenwood.
Enfin le pitch:
Durant la Guerre Froide, Indiana Jones part pour une nouvelle aventure qui l'entraînera à travers le Nouveau Mexique, la jungle du Pérou ou encore le Connecticut. L'objet de ce nouveau périple : Mettre la main sur une relique sud américaine possédant des pouvoirs surnaturels. Il devra cependant déjouer les plans de la séduisante agent russe, Spalko, et d'un collègue archéologue quelque peu malhonnête.

4 déc. 2007

Dans la vallée d'Elah - Paul Haggis

De retour d'Irak, en permission, un jeune soldat disparaît. Son père, Hank - un ancien membre de la Police Militaire se lance à sa recherche avec le concours d'Emily Sanders, officier de police de la juridiction du Nouveau-Mexique où Mike a été aperçu pour la dernière fois. Face au silence et à l'hostilité croissante des autorités militaires, Hank et Emily soupçonnent bientôt un coup fourré. Les indices troublants s'accumulent, et la vérité sur le séjour en Irak de Deerfield finit par éclater, bouleversant à jamais la vie de Hank et ses croyances....

A travers cette fiction inspiré de faits réels, Paul Haggis, réalisateur oscarisé de Collision et scénariste de Million Dollar Baby et Casino Royale, ausculte le traumatisme irakien vécu par les soldats et par ricochet les familles. Plus que l'enquête policière dont les ficelles sont parfois un peu grosses, l'intérêt du film est le deuil et le bouleversement des valeurs morales, politiques du personnage de Tommy Lee Jones, impeccable de douleur contenue, visage buriné et fermé, regard troublé où transparait une souffrance muette, celle d'un père qui a perdu son deuxième fils à la guerre. Rythmé par les vidéos envoyés du front irakien au père pour témoigner de l'expérience de l'horreur et les propos désabusés et amers de personnages broyés par cette croisade sanglante, le film engagé de Haggis ne sacrifie jamais ces personnages au profit d'une démonstration didactique sur les méfaits de la guerre ou de l'illustration d'une thèse. Sur le papier l'histoire pouvait prêter aux débordements lacrymals; Haggis qui a retenu les leçons de son mentor Clint Eastwood livre un film émouvant, toujours digne, à l'image de ce plan d'ensemble magnifique enregistrant à distance respectable la douleur d'une famille en deuil. Sobriété de la mise en scène, attention précise aux multiples personnages et lieux d'une Amérique profonde, primat donné à la suggestion dans le jeu d'acteur (compositions admirables de Jones, Sarandon et Théron), Haggis tend vers l'épure, après Collision qui flirtait souvent avec le pathos, pour mieux dénoncer ce bourbier irakien qui meurtrit des milliers de familles américaines comme irakiennes. Titre métaphorique qui fait référence au lieu où Saül envoya David avec seulement cinq pierres pour affronter le géant Goliath, relaté dans la Bible dans le premier Livre de Samuel (chapitre XVII), Dans la vallée d'Elah est le portrait déchirant d' une Amérique traumatisée par le sacrifice de ses enfants dans la vallée d'Irak. La bannière étoilée est sans dessus dessous.

1 déc. 2007

Paranoid Park - Gus Van Sant

60ème festival de Cannes - Compétition officielle

A Portland, Alex un jeune skateur tue accidentellement un agent de sécurité sur l'un des spots les plus malfamés. L'adolescent est tiraillé entre le besoin de se dénoncer et l'instinct de garder le secret de ce tragique évènement.


Avec Paranoid Park, Gus Van Sant poursuit son exploration des affres de l'adolescence initiée dès Mala Noche (1985) et qui est au centre de ses films hollywoodiens (Will Hunting, A la rencontre de Forrester) comme de ses oeuvres plus expérimentales (My own private Idaho, Elephant, Gerry, Last Days).
Période d'indécision identitaire et sentimentale, de révolte contre le monde souvent incompréhensible des adultes, l'adolescence ne cesse d'inspirer le réalisateur de Portland qui y voit matière pour ses expériences visuelles et sonores destinées à traduire un sentiment d'absence au monde, de trouble intérieur vécu par des personnages proches de ceux de la vie. Van Sant décrit son nouveau film comme un "Crime et châtiment dans le milieu du skate-board". Il parvient admirablement, par touches impressionnistes mobilisant les ressources multiples de l'image (ralentis, accélérés, textures variés en 35 mm et Super 8) et du son (dissonances, b.o hétéroclite) à traduire le désarroi de son jeune héros introverti rongé par la culpabilité, l'indécision mais néammoins porteur d'un désir de s'émanciper et de trouver sa place dans le monde. La mise en scène constamment en recherche de paysages sonores déroutants et d'images évanescentes et hypnotiques capte le moindre mouvement afin de l'inscrire dans une architecture visuelle et sonore dédiée au Beau (le corps, l'espace urbain). Comme le brillant Elephant, Paranoid Park est construit en flashs-back qui permettent de rejouer une même scène sous un autre angle et une autre perspective. Il adopte une narration plus classique que Last Days qui tirait par moment vers l'abstraction radicale. Et à l'inverse de Blake, autre personnage dégingandé en proie à un sévère tohu-bohu intérieur qui trouvait la paix avec le suicide, Alex chemine doucement vers la lumière en acceptant ses responsabilités et de s'ouvrir aux autres.

28 nov. 2007

Les prochains films de Scorsese & Spielberg

Des nouvelles de deux géants d'Hollywood, Steven Spielberg et Martin Scorsese.

Le prochain film de Scorsese est l'adaptation de Shutter Island, roman de Dennis Lehane paru en 2004.
1954, Teddy Daniels et Chuck Aule enquêtent sur la disparition d'une patiente échappée d'un hôpital psychiatrique à sécurité maximale. Ainsi comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. L'hôpital en question est basé sur Shutter Island, une île située à environ une heure au large de Boston.

Tournage en mars 2008 avec dans les rôles principaux l'incontournable Leonardo Di Caprio et Mark Ruffalo (In the cut, Collateral).

Nouvelles photos pour Indiana Jones et le royaume du crâne du cristal de Steven Spielberg dont la sortie française est programmée pour le 21 mai 2008.















Dans les années 60 le célèbre aventurier sera aux prises avec l'armée russe à la recherche d'un crâne de cristal au fin fond d'une jungle d'Amérique du sud dont il fut longtemps en quête et qu'il est sommé de retouver sous peine de voir exécuter son amour de jeunesse Marion Rawenwood (Les aventuriers del'arche perdue).

25 nov. 2007

La nuit nous appartient - James Gray

60 ème festival de Cannes - Compétition

New York, fin des années 80. Bobby est le jeune patron d'une boite de nuit branchée appartenant aux Russes. Avec l'explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit.Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille. Seule sa petite amie, Amada est au courant : son frère, Joseph, et son père, Burt, sont des membres éminents de la police new-yorkaise...Chaque jour, l'affrontement entre la mafia russe et la police est de plus en plus violent, et face aux menaces qui pèsent contre sa famille Bobby va devoir choisir son camp...

Troisième film de James Gray après les sublimes Little Odessa et The Yards, La nuit nous appartient, formidable titre emprunté à la devise de l'unité criminelle de la police de New York chargée des crimes sur la voie publique, reçut un accueil mitigé au dernier festival de Cannes. Injustement absent d'un palmarès rassembleur préférant par exemple récompenser le contemplatif et neurasthénique La forêt de Mogari avec le Grand Prix du Jury, ce nouveau film de James Gray fut perçu comme un objet d'un classicisme compassé appelant aux vertus de l'ordre et de la loi. Depuis son premier film, Gray n'a jamais caché son amour pour la tragédie classique qui utilise systématiquement le motif de la famille. Brassant des thèmes universels propres à la condition humaine comme la difficulté d'échapper à son destin, la rédemption ou le pardon, le réalisateur new-yorkais entend donner à La nuit nous appartient une dimension mythologique. En cela le film relève du classicisme, "ensemble des caractères propres aux grandes oeuvres littéraires et artistiques de l'Antiquité et du XVII éme siécle" (Le Robert) mais un classicisme hautement inventif où sont convoqués des élans emphatiques (scène de poursuite automobile d'anthologie faisant la part belle aux plans subjectifs pour renforcer une tension dramatique insoutenable), une précision documentaire quant à la description des communautés étudiées (la pègre russe, la police new-yorkaise), une rigueur dans l'écriture de ses personnages complexes pour un résultat hautement qualitatif qui renvoie au cinéma des années 70, l'âge d'or du cinéma américain, sous influence Coppola et Friedkin. D'autre part le choix de la légalité broie tous les personnages de cette famille disloquée. En résulte frustration et mélancolie. Au final pas d'héroïsme conquérant mais un sentiment d'amertume et de tristesse. De plus on est bien loin du cynisme, de la fascination nauséabonde pour la violence souvent au coeur des grosses productions hollywoodiennes. Comme pour The Yards, présenté et chroniqué avec frilosité à sa sortie de Cannes en 2000, La nuit nous appartient est, à la veille de sa sortie dans les salles françaises le 28 novembre, ré-évalué à la hausse par la presse hexagonale et espérons-le, car il le mérite grandement, sera un succès public.
Gray comme dans ses précédents films traite avant tout d'une histoire de famille, celle d'un père et de frères dont les têtes-à têtes intenses évoquent East of eden de Nicholas Ray. Filiation désagrégée, recherche de reconnaissance et de rédemption, quête d'identité sont autant de motifs travaillés depuis le magistral Little Odessa (1994), véritable coup d'essai coup de maître pour le jeune James Gray alors âgé de seulement 25 ans récompensé par le Lion d'argent à Venise. La figure paternelle y est encore écrasante : Robert Duvall incarne un membre éminent de la police new-yorkaise en désaccord avec la vie de voyou de son fils, un directeur de boîte de nuit appartenant à une famille russe liée à la mafia. Les situations dramatiques se multipliant, le personnage de Bobby va devoir choisir entre sa famille de sang, père et frère flics intègres représentant la loi et la morale et sa famille d'adoption, la mafia russe à qui il doit la prospérité. Un choix radical pour un personnage délité, écartelé entre ses désirs et la morale, un choix aux conséquences forcément tragiques. Le récit hyper-tendu est axé autour du conflit psychologique et du trouble intérieur qui agite Bobby. Dans La nuit nous appartient qui représente la quintessence du cinéma de Gray, un mélange de film noir et de tragédie familale, il est question, à travers le personnage de Bobby, de sacrifice, de recherche de rédemption, de respect, d'amour, autant de thèmes présents dans nombre de situations dramatiques recensées par Georges Polti pour le théâtre en 1936 que Gray illustre avec une puissance et une conviction remarquables : sauver, venger un proche, se révolter, être traqué, résoudre une énigme, se sacrifier aux proches...
Le récit épouse ainsi l'itinéraire tortueux de Bobby, écartelé entre deux univers, le monde de la nuit aux couleurs chaudes et le monde policier d'un bleu minéral. Le contexte du film se situe à la fin des années 80 dans un New-York dangereux, avant la reconstruction de Giulianni, où le crack affluait, le taux de suicide grimpait en flèche et le taux de criminalité était 73% au-dessus de la moyenne nationale. Le NYPD enterrait alors deux de ses policiers chaque mois. A l'origine du scénario, Gray évoque une photo émouvante en une du New-York Times montrant les funérailles d'un policier tué dans l'exercice de ses fonctions :"On y voyait des hommes s'étreindre, en larmes, effondrés par la mort de leur collègue. Il se dégageait une émotion intense de ce cliché. J'ai su alors que je voulais faire un film abordant les choses sous cet angle, celui des émotions. Je désirais y retrouver ce que j'éprouvais en regardant cette photo ". De plus, dans un souci d'authenticité, le film fut tourné dans le Bronx, à Manhattan, Brooklyn et dans le Queens, souvent dans les quartiers les plus dégradés. Cette sensation permanente de danger culmine dans une scène de traquenard particulièrement oppressante mobilisant Duvall et Phoénix, deux acteurs exceptionnels dont les scènes communes sont intenses et bouleversantes.
La qualité de l'interprétation dominée par Joaquin Phoénix, fiévreux, époustouflant en homme blessé, est encore au rendez-vous de ce troisième film de James Gray, assurément un grand directeur d'acteurs. Autour de Duvall, d'une classe et d'un charisme impériaux et de Phoénix dont le talent n'est plus à vanter, Walhberg, volontairement en retrait et Eva Mendes, touchante en petite amie de Bobby, livrent leur meilleure prestation.
La nuit nous appartient constitue donc une nouvelle variation éblouissante de rigueur scénaristique et de force dramatique sur les thèmes de prédilection de Gray empruntés à la tragédie classique et au film noir. Lutte traditionnelle entre la police et la pègre à première vue, ce film conte avant tout une histoire familiale extrêmement émouvante aux personnages très bien écrits et interprétés en proie aux passions humaines, en quête de reconnaissance, de rédemption et d'amour. C'est réalisé avec une telle maestria, une telle majesté, un tel sens de la dramaturgie et une telle admiration pour les codes du film noir et de la tragédie classique que c'en est profondément admirable. Du très grand cinéma.

Sortie le 28 novembre 2007

19 nov. 2007

Tim Burton et la 3D

Alors que son Sweeney Todd avec son alter-égo Johnny Depp est prévu le 23/01/08 dans les salles françaises on apprend que Tim Burton vient de signer chez Disney, chez qui il avait ses premières armes, pour deux films en 3D.

Le premier projet est une version longue de son excellent court métrage Frankenweenie (disponible en bonus sur le dvd de l'édition spéciale de L'Etrange Noël de Mr Jack) réalisé en stop-motion : Victor Frankenweenie décide de ramener à la vie son chien. Il emploie pour ça les techniques scientifiques les plus avancées, et souvent les plus terrifiantes...
Le second est une nouvelle version d'Alice au pays des merveilles mélengeant prise de vue réelles et motion-capture. Le tournage est prévu de janvier à mai 2008 et le film sera présenté en salles tout comme Frankenweenie dans une version 3D.

Les fêtes de fin d'année approchant, il est de bon goût de recommander 2 ouvrages passionnants consacrés à l'univers excentrique, gothique, délirant, fantastique de Tim Burton, personnage à part dans le paysage du cinéma américain capable de concilier un univers personnel traversés de personnages en marge saisis avec une poésie funèbre et un humour macabre irrésistibles avec des figures iconiques de la culture populaire US (Batman, Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie) pour un résultat toujours enthousiasmant touchant un large public.
Tout d'abord le recueil de nouvelles écrit et illustré par Burton, La Triste fin du petit enfant huître (édition bilingue 10/18). 23 histoires poétiques, drôles, macabres réunissant des enfants-monstres dans un univers étrange et original très attachant : L'enfant robot, La fille faite d'ordures, La fille avec plein d'yeux, autant de freaks, d'exclus, de solitaires à découvrir d'urgence en pensant à Edward aux mains d'argent ou bien encore au Pingouin de Batman.


Autre achat indispensable la nouvelle édition augmentée de Tim Burton par le critique et historien du cinéma Antoine de Baecque (éditions Les Cahiers du cinéma) : analyse de la filmo, anecdotes, croquis de Tim Burton...

16 nov. 2007

Walkyrie - Bryan Singer

Première bande-annonce de Walkyrie de Bryan Singer (sortie prochainement).
Réalisateur très inégal capable du très bon (Usual Suspects) comme du franchement passable (X-Men 1 & 2, Superman returns) Singer délaisse l'univers fantastique où il s'est enfermé pendant de nombreuses années pour relater l'un des épisodes les plus héroïques mais aussi l'un des plus méconnus de la Seconde Guerre mondiale
, le "Complot du 20 juillet", secondé par Tom Cruise qui peut être exceptionnel si bien dirigé (Né un 4 juillet, Magnolia, Collateral) dans le rôle d'un héros de la résistance allemande, le colonel Claus von Stauffenberg.

Gravement blessé au combat, le colonel Claus von Stauffenberg revient d'Afrique et rejoint la Résistance allemande pour aider à mettre au point l'Opération Valkyrie, un plan complexe qui va permettre d'abattre Hitler et de mettre en place un gouvernement d'opposition. Mais le destin et les circonstances vont s'allier pour forcer Stauffenberg, qui n'était qu'un des nombreux conspirateurs, à jouer un rôle de premier plan dans la conspiration. Il va non seulement devoir diriger le coup d'Etat pour prendre le contrôle du gouvernement, mais c'est aussi lui qui sera chargé de tuer Hitler...

Le Royaume - Peter Berg

Riyad (Arabie Saoudite). Un attentat des plus sanglants jamais perpétrés contre des Occidentaux fait plus 100 morts et 200 blessés parmi les employés de la société pétrolière Gulf Oasis et leurs familles. Tandis que les bureaucrates de Washington discutent "droit d'ingérence" et "territorialité", l'agent du FBI Ronald Fleury et les membres de sa section d'intervention négocient un discret voyage de cinq jours en Arabie Saoudite pour identifier le cerveau de l'attentat.Dès leur arrivée au Royaume, Fleury et les siens sont confrontés à l'hostilité des Saoudiens, qui prétendent mener seuls l'enquête. Entravés par un protocole tatillon et pressés par le temps, les quatre agents comprennent qu'ils doivent gagner au plus tôt la confiance de leurs homologues saoudiens, aussi décidés qu'eux à retrouver les terroristes...

Produit par Michael Mann, Le Royaume affiche la volonté de relater la tension entre Occident et Moyen-Orient à travers une fiction située en Arabie Saoudite où des militaires américains interviennent pour enquêter sur un attentat terroriste. Sous influence de son producteur-réalisateur de talent (Ali, Révélations), Peter Berg tente de donner de la densité et de la crédibilité à son histoire en filmant les évènements comme dans un documentaire : la caméra très mobile cadre très serré les personnages et l'action; en résulte un climat anxiogène où le hors-champ est constamment menaçant. En effet les personnages évoluent dans un milieu étranger et souvent hostile dont ils ne maîtrisent pas les codes. Mais sensation d'urgence couplée à une approche documentée (images d'archives, précision stratégique des militaires) ne parviennent pas à masquer l'absence de scénario et d'un véritable point de vue. Le déroulement de l'enquête n'est jamais palpitant : aucune péripétie dramatique ou de tension dramatique pour accrocher l'intérêt pour des personnages sans épaisseur. Dans un souci de tolérance le scénario voit un Arabe et un Américain s'associer pour arrêter un criminel. Si les personnages secondaires (Jennifer Garner, Chris Cooper) sont inexistants et Jamie Foxx mauvais l'acteur qui joue son homologue saoudien tire facilement son épingle du jeu avec un rôle plus nuancé. Film tape à l'oeil misant sur un procédé de mise en scène qui trouve vite ses limites en l'absence de scénario, ce Royaume affiche finalement un discours ambigu sur l'interventionnisme US au Moyen-Orient : illusion d'un appel à la fraternité, la tolérance entre les peuples et les religions marqué par le duo de flics oriental et occidental qui s'efface finalement au profit d'un discours revanchard ("On les tueras tous" murmure Foxx à Garner pour lui remonter un moral bien bas après avoir appris le décès d'un collègue dans l'attentat, avant leur départ pour Riyad) emplis de clichés sur le monde musulman et de représentations grotesques de la terreur islamiste depuis le 11/09 (scènes de tension ratées: des islamistes fondamentalistes tentent de mettre en scène dans l'urgence la décapitation d'un agent US/arrestation du cerveau de l'affaire, un vieux monsieur qui avait la mauvaise habitude de cacher une arme sous son oreiller!). En terme d'action, fusillades et pyrotechnie, la dernière demi-heure est impressionnante à défaut d'être incroyable : d'un explosif carambolage sur l'autoroute à de violents combats de rue pas de répit pour le spectateur réveillé qui a toutefois l'impression d'avoir déjà vu pareilles scènes d'action mais plus inspirées dans MI3, Bad Boys 2 ou la saga Bourne pour les scènes automobiles et La Chute du Faucon noir de Ridley Scott pour les conflits lourdement armés en milieu urbain.

5 nov. 2007

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Andrew Dominik

Tout en préparant son prochain hold-up, le charismatique et imprévisible desperado Jesse James se lance dans une guerre sans merci contre ceux qui se sont mis en tête de se couvrir d`argent - et de gloire - en lui trouant la peau. Mais la vraie menace pourrait bien venir de ses propres rangs, plus précisément de ce jeune flingueur, Robert Ford, qui vient de rejoindre son gang et dont l`admiration se teinte de jalousie...


Avec une star en tête d'affiche et une grande ambition, l'australien Andrew Dominik (Shopper) revisite la grande figure de l'Ouest dans ce western psychologique de 2h40 qui à la forme et la majesté d'un bouleversant requiem, d'une ballade funèbre emplie de mélancolie et de douleur.
Dans un processus de démystification Jesse James est présenté comme un personnage rongé par la maladie, la paranoia, la culpabilité, en proie à des pulsions violentes et morbides. Le film met brillamment dos à dos légende et réalité, examine, à la manière d'Eastwood dans Impitoyable, la question de la représentation et de la fabrication des mythes. Parabole sur la célébrité, il montre à travers le personnage de Robert Ford la fascination des foules pour la gloire et les stars. Première superstar américaine, le bandit de grand chemin à la fin de sa carrière nous est présenté comme un être tourmenté, délité, dépressif, bien loin de la représentation légendaire faconnée par les récits populaires dont s'abreuvait Robert Ford enfant : un Robin des Bois ennemi juré des banquiers et propriétaires de chemins de fer et généreux défenseur des petits fermiers exploités. Alors qu'il commet son dernier coup aux débuts des années 1880, l'attaque d'un train chargé d'argent, Jesse James est une bête traquée par les autorités, monomaniaque soupçonnant les membres de sa bande de le trahir pour empocher la récompense, un hors la loi défiant la mort, attendant en fait la personne qui le délivrera d'un mal-être existentiel profond et douleureux : le nouveau venu dans la bande, Robert Ford, un gamin frêle et admiratif de ses exploits depuis l'enfance, sera ce Judas qui mettre fin à cette fuite en avant intolérable.
Pour exprimer les tourments de cette figure iconique qui se révèle être un personnage complexe, capable des pires brutalités et émotif, une star, Brad Pitt, dans son meilleur rôle justement couronné par la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra deVenise, joue de son regard mélancolique, reflet bleuté d'une âme tourmentée. Face à lui, dans le rôle difficile du lâche Robert Ford, Casey Affleck impose avec brio son personnage timide, admiratif de JJ et de ses exploits relatés dans des romans illustrés bon marché qu'il collectionne jalousement dans une boîte où est résumée toute sa vie, une vie par procuration, dans l'ombre d'un géant. Grand film sur le vampirisme qui voit glisser progressivement Ford de la fascination (JJ à Ford : " tu veux me ressembler ou être moi?") au ressentiment qui prend sa source dans les moqueries humiliantes de JJ à son égard et au meurtre, passeport espéré vers la gloire et la renaissance. In fine Ford jouera le rôle sur scène de son idole dans une mise en scène pathétique de son assassinat.
La mise en scène contemplative, poétique, languide donne beaucoup d'espace de jeu (beaucoup de scènes dialoguées notamment au début du film) aux acteurs conférant ainsi de la densité aux multiples personnages, prend le temps de détailler le cheminement progressif de Ford qui va le voir passer de l'admiration à la trahison, motivé par un besoin de reconnaissance comme une revanche sur une vie terne faite d'humiliations et de frustrations ainsi que le délabrement intérieur d'un homme qui attend une mort digne, dans sa maison (sublime scène de meurtre-suicide où Jesse James conscient de la trahison fatale tourne le dos à ses bourreaux, ceinturon dégrafé, pour remettre un tableau en place où se reflète l'image de la mort imminente). Afin d' illustrer le trouble intérieur qui agite les personnages et le caractère transitoire de la réalité les personnages sont examinés à plusieurs reprises derrière des vitres dépolies de verre épais ou bien saisis dans des plans alambiqués reproduisant la distorsion des appareils de l'époque.
Ambiance funèbre et oppressante (voix-off d'outre-tombe, paysages hivernaux loin des clichés du western, lumière irréelle, brume de l'enfer, pensées et actes morbides) pour un western original et précieux qui impose, sur un rythme hypnotique, la beauté et la poésie de plans extérieurs évoquant le travail de Terrence Malick (chant de blés caressés par le vent), une réflexion subtile sur la célébrité, la construction et la permanence des mythes US que l'on retrouve chez Ford (L'homme qui tua Liberty Valence) et Eastwood avec son tueur fatigué d'Impitoyable, des personnages complexes portés par un duo de comédiens épatants et la mélancolie et l' humeur languide d'une ballade rimbaldienne.

1 nov. 2007

7h58, ce samedi là - Sidney Lumet

Ce samedi matin-là, dans la banlieue de New York, tout semble normal dans la vie des Hanson. Alors que Charles, le père, passe un test de conduite, sa femme Nanette ouvre la bijouterie familiale. Leur fils aîné, Andy, s'inquiète pour le contrôle fiscal qui débute lundi. Et comme d'habitude, Hank, son frère cadet, se noie dans ses problèmes d'argent. Mais à 7h58, ce samedi-là, tout va basculer dans la vie des Hanson.

Histoire de famille, huis-clos étouffant ce 7h58, en convoquant des thèmes cher à sa filmo de Family Business à Un après-midi de chien, rappelle quel grand réalisateur Sidney Lumet demeure à 80 ans passés.
Le titre original Before the devil knows you're dead fait référence au toast irlandais: "May you be in heaven half an hour... before the devil knows you're dead" (Puisses-tu atteindre le paradis une demi-heure avant que le diable n'apprenne ta mort).
L' atout principal de ce film magistral est un scénario déstructuré qui multiplie les allers-retour narratif, temporalité bousculée par d'incessants changements de points de vue, matérialisés par les variations d'angle des caméras à partir d'une même scène. La réalisation d'une remarquable précision met en valeur les acteurs de ce drame familial aux résonnances bibliques (rivalité d'Abel et Caïn). La tragédie en marche enferme ses protagonistes dont les âmes étouffent sous le poids de la fatalité dans une spirale de violence et de monstruosité implacables. Crime et châtiment sur un ton pessimiste et cynique qui constate, sans juger ses personnages qui rêvent tous d'une vie meilleure, l'individualisme et l'appât du gain au mépris des rapports familiaux et amoureux, 7h58 est d'une noirceur totale et d'une force incroyable, une tragédie grecque puissante où se débat un Philip Seymour Hoffman grandiose dans l'expression de la panique et du désarroi d'un homme incapable d'arrêter la machine infernale qu'il a lui même enclenché sans en mesurer les conséquences funestes.

23 oct. 2007

En cloque mode d'emploi - Judd Appatow

Une jeune femme bosseuse et bcbg découvre qu'elle est enceinte d'un type gentil mais plutôt glandeur et débraillé avec lequel elle a passé une nuit. Elle le somme de grandir et vite...

Autour de l'union de ce couple improbable, l'exécutive woman qui a la blondeur irradiante de Katerine Heighl décidément très à l'aise dans la comédie après la série Grey's anatomy et le glandeur enrobé joué par le comique US du moment Seth Rogen, Judd Appatow bâtit une comédie mi-trash mi-romantique où souffle à la fois un esprit irrévérencieux (humour potache, vulgaire pleinement assumé) et un discours conservateur (à aucun moment l'avortement n'est évoqué). Le comique nait des dialogues très pimentés, l'émotion de personnages transgressifs, grossiers et autoritaires (les hommes infantiles, irresponsables, les femmes agaçantes) attachants car largués face au passage à l'âge adulte et des responsabilités qui en découlent.
Un peu trop long en raison de nombreuses disgressions (la team de geeks gravitant autour du personnage principal) ce nouveau film de Judd Appatow allie coeur et cul selon une méthode éprouvée faite d'improvisation, de personnages immatures, d'humour irrévérencieux et de culture nerd pour un résultat assez réussi à qui les américains ont fait un triomphe (150 M de dollars pour un budget de 30) après l'énorme succès de
40 year old virgin en 2005 avec l'hilarant Steve Carrell et celui de sa nouvelle production Supergrave, les déboires sexuels d'adolescents au départ pour l'université.

8 oct. 2007

L'ennemi intime - Florient Emilio Siri

Algérie, 1959. Les opérations militaires s`intensifient. Dans les hautes montagnes kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d`une section de l`armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l`épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu`ils n`ont comme pire ennemi qu`eux-mêmes.

Situé en Kabylie, de juilllet 1959 à décembre 1959, l'action de l'Ennemi intime s'inscrit dans le cadre des opérations du Plan Challe. Ce plan militaire, inauguré par la bataille d'Alger (janvier à octobre 1957) et poursuivi par l'édification en juillet 1957 d'un barrage frontalier qui coupe le Foront de Libération Nationale (FLN) de ses bases à l'étranger, a pour but d'écraser les maquis indépendantistes et de reconquérir les territoires contrôlés par l'Armée de Libération Nationale (ALN). De juillet 1959 à mars 1960, attaques massives appuyés par l'aviation, groupes d'intervention à la poursuites des rebelles sont mobilisés d'Ouest en Est dans des opérations "de maintien de la paix" qui resteront parmi les plus meurtrières de la guerre d'Algérie (utilisation du napalm, tortures, éxécutions sommaires). Face à la guérilla menée par le FLN (attaque surprises menées par des petits groupes mobiles connaissant très bien le terrain et la population) l'armée française mène une guerre moderne mêlant renseignement /attaques pour localiser et détruire les unités de l'ALN et action psychologique pour gagner le soutien de la population par la persuasion ...ou la terreur. Ces opérations sanglantes se concluent par la victoire militaire de l'armée française sur le FLN au moment même où le gouvernement du Général de Gaulle se résigne à proclamer le droit des Algériens à l'autodétermination le 16 septembre 1959.

Aidé par le documentariste-scénariste Patrick Rotman, auteur d'un documentaire éponyme sur cette sale guerre, le réalisateur français Florient Emilio Siri (Nid de guêpes, Otage) s'attaque courageusement avec L'ennemi intime, inspiré par La 317ème section et Platoon, à la guerre d'Algérie. Alors même que les américains ont plongé très tôt (3 ans après la fin du conflit) dans l'enfer de la guerre du Vietnam via des oeuvres cinématographiques fortes comme Voyage au bout de l'enfer (1978), Apocalypse now (1979), n'hésitant pas à aborder les parties les plus sombres de leur histoire de la guerre de Sécession (Glory, Cold Moutain) à l'Irak (Three kings, Jarhead), en passant par la 2nde guerre mondiale (Saving private Ryan, La ligne rouge) pour ce qui concerne uniquement le film de guerre, le cinéma français s'est montré assez timide dans son approche, plus détournée et suggestive que directe, d'un conflit aussi meurtrier que la guerre d'Algérie. Même si La bataille d'Alger (1966) censuré en France jusqu'en 2004, Avoir les 20 ans dans les Aurès (1972) également censuré et R.A.S (1976) ne manquent pas de qualités cette guerre n'a pas vraiment été représentée de manière viscérale et dénonciatrice au cinéma.
30 ans après le film d'Yves Boisset Siri s'appuie sur un scénario solide de Rotman, aboutissement de nombreuses années de recherche et de réflexion sur le conflit, un acteur charismatique Magimel et un sens visuel indéniable pour livrer un grand spectacle épique proche du Platoon d'Oliver Stone. Si le début du film laisse présager un certain manichéisme dans le rapport des deux personnages principaux, l'idéaliste (Magimel) vs le briscard désabusé (Dupontel), à la manière d'ailleurs de l'affrontement Dafoe/Berenger au coeur de Platoon, le scénario nuance, au fil de l'expérience de l'horreur, les caractères de Terrien et de Dougnac. Parti en Algérie avec ses idéaux et sa bonté Terrien va abandonner ses illusions et se retrouver face à son pire ennemi : lui même. Le sergent Dougnac, joué au bord de l'implosion par le psychotique Dupontel, révèlera une humanité enfoui sous l'uniforme du cynisme. L'écriture des personnages secondaires comme celle de la représentation de l'horreur (les exactions sont de chaque côté) procède d'une volonté de nuance et d'ambivalence : le capitaine Berthaut est un ancien résistant torturé par la Gestapo devenu bourreau en Algérie, le soldat Saïd qui a combattu avec les Français contre les Allemands et avec les Français contre les fellaghas remet en cause son attachement à l'armée française. La virtuosité de la mise en scène multiplie les morceaux de bravoure et des moments de cinéma forts (le nettoyage au napalm, l'exécution d'un traître joué par Fellag). Cependant, impératifs de spectacle oblige, Siri néglige, les bobines défilant, la psychologie de ces personnages : pour illustrer la progression du délabrement intérieur de Terrien la mise en scène multiple les effets appuyés, l' influence du western dont L'ennemi intime multiplie les attributs (chapeau, poussière, paysage aride et rocailleux) s'y faisant alors sentir avec notamment la multiplication de plans baroques sur le regard minéral d'un Magimel de plus en plus halluciné. On peut en effet reprocher à Siri de surligner les émotions à renforts de musique et d'effets visuels clippesques, d'être trop démonstratif dans sa représentation des tourments intérieurs de ces personnages (la tentative de suicide de Dougnac est assez grotesque) quand la sobriété et la suggestion aurait pu paradoxalement donné plus de densité psychologique à ces personnages. Réalisateur visuel, Siri est plus à son aise dans les superbes scènes d'action épiques aux couleurs désaturées que dans celles plus intimes finalement décevantes.
Reste la volonté louable et l'efficacité d'un réalisateur français et de toute son équipe pour divertir et sensibiliser en rappelant via une fiction de facture hollywoodienne bien documentée, après le militant Indigènes sur les soldats oubliés de l'armée française pendant la 2nd guerre
, toute l'horreur de ces" opérations de maintien de l'ordre" menées en Algérie de 1954 à 1962 requalifié en "guerre d'Algérie" en octobre 1999.

5 oct. 2007

Sweeney Todd - Tim Burton

Mélange de conte horrifique et de comédie musicale, Sweeney Todd le nouveau film de Tim Burton avec son alter ego Johhny Depp ainsi que les habitués Helena Bonham Carter et Christopher Lee dévoile ses premières images sur le web (sortie France en 2008).

Sweeney Todd, un barbier injustement envoyé en prison dont la vie de famille a été détruite, jure de se venger à sa sortie. De retour en ville pour rouvrir sa boutique, il devient le "Demon Barber of Fleet Street" qui "rase la gorge des gentilshommes dont on n'en entend plus parler après".


La bande-annonce de ce film qui rappelle l'ambiance
macabre et horrifique de Sleepy Hollow se trouve ici

30 sept. 2007

Un jour sur Terre / Alastair Fothergill, Mark Linfield

Périple spectaculaire à travers les saisons, ce documentaire nous transporte de l'océan Arctique au printemps à l'Antarctique en plein hiver. Les toutes dernières technologies en matière de prise de vue en haute définition ont permis de tourner des images d'une beauté à couper le souffle et de mettre en valeur la vie qui palpite et bouillonne à chaque instant, sur le moindre centimètre carré de notre planète.

Ce documentaire très pédagogique produit par la BBC aura nécessité 5 ans de tournage entre l'océan Arctique et l'océan Antarctique pour mettre en valeur la beauté du monde et de ses espèces animales menacées par le réchauffement climatique. On n'est pas près d'oublier l'agonie de cet ours polaire (le plus gros carnivore sur Terre) incapable de se nourrir à cause de la fonte accélérée de la banquise dûe au réchauffement du climat arctique; une triste image annonciatrice du sort réservé à cette espèce menacée de disparition en 2030 si l'homme ne bouscule pas ses habitudes de consommation et de production.

Le lien vers l' instructif site officiel du film, en salles le 10 octobre 2007, se trouve ici

Shoot'em up - Michael Davis

Un justicier solitaire et taciturne se retrouve par le plus grand des hasards le protecteur d'un enfant nouveau-né pourchassé par un tueur à gages et ses hommes de main. Une prostituée l'aide à percer le secret de cet enfant.

Un shoot them up (aussi écrit shoot 'em up, littéralement « mitraillez-les ! » ) est un genre de jeu vidéo dans lequel le joueur incarne un personnage devant détruire des hordes d'ennemis à l'aide d'armes de plus en plus puissantes au fur et à mesure qu'avance le jeu.
De l'action tonitruante est justement au menu de ce Shoot'em up totalement barré qui a le bon goût de ne pas se prendre au sérieux. Cette série B d'action cumule en effet, avec une liberté jubilatoire, humour potache souvent incorrect et action cartoonesque constituée de nombreux gunfights homériques d'inspiration hong-kongaises. Sur fond de hard-rock, des personnages très décalés (un héros solitaire mangeur de carottes, un bébé fan de heavy metal, une prostituée italienne allaitant ses clients, un tueur sadique au QI développé et amateur de blagues) s'agitent dans une course au bébé survolté à l'humour très slapstick : les méchants tombent comme des mouches sous les balles et les carottes d'un héros élastique champion de tir au grand dam d'un tueur à lunette très dérangé. Clive Owen impose sans forcer une présence charismatique et virile, Paul Giamatti cabotine à mort et Monica Bellucci porte des tenues sensuelles!
Shoot'em up aligne, sur un rythme survolté qui peut donner le tournis, des séquences d'action trépidantes, à mi chemin entre John Woo période A toute épreuve et Chuck Jones, où l' extravagance des situations et des personnages et l' humour décomplexé assure le plaisir du spectateur, réjoui et groggy à la fin de cette aventure pétaradante assez singulière.

19 sept. 2007

Indiana Jones 4 - Steven Spielberg

Révélations de taille sur le scénario d' Indiana Jones 4 !

Un figurant a récemment dévoilé à la presse, brisant ainsi le contrat de confidentialité qui le lie à la production, les tenants de l'intrigue. Après les nazis, Indy sera désormais confronté à l'armée Russe des années 60.
Plus précisément les forces russes sont à la recherche d'un crâne de cristal au fin fond d'une jungle d'Amérique du sud, dont Indiana Jones fut longtemps lui-même à la recherche. Même si ce doux rêve reste derrière lui, il n'en reste pas moins le mieux informé à propos de l'objet et se verra contraint par ces nouveaux ennemis de l'est, menés par leur chef Cate Blanchett, à mettre la main dessus pour eux. S'il refuse, son amour de jeunesse Marion Rawenwood dont il était sans nouvelles depuis
Les aventuriers de l'arche perdue sera exécuté. Pour l'aider dans sa quête le dernier rejeton Jones (Shia LaBeouf) ne sera pas de trop.

De plus vous pouvez retrouver ici l'interview intégrale (en anglais)
accordée au site américain TV Guide de Georges Lucas, producteur d' Indiana Jones and the Kingdom of The Crystal Skull dans laquelle il s'explique notamment sur l'absence au générique de Sean Connery, un temps pressenti et sur un nouveau personnage adjuvant énigmatique.

17 sept. 2007

The Bourne Ultimatum - Paul Greengrass

Avec le trépidant La vengeance dans la peau se clôt l'excellente trilogie des aventures cinématographiques de Jason Bourne, l'espion amnésique ex-tueur de la CIA crée par Robert Ludlum.
Sorti en 2002 La mémoire dans la peau réalisé par Doug Liman a remporté un succès assez inattendu (un film d'espionnage à l'ancienne, réaliste, grisâtre avec un personnage torturé joué par un acteur pas encore bankable) confirmé par La mort dans la peau deux ans plus tard.
Réalisé par l'anglais Paul Greengrass (Sunday Bloody Sunday, Vol 93) déjà réalisateur du second volet La vengeance dans la peau répond, après un voyage express autour du monde ponctué par trois scènes d'actions démentes, à beaucoup de questions sur l'identité de Bourne tout en laissant en suspens quelques interrogations (la porte ouverte vers un quatrième volet, écrit en partie par Robert Ludlum avant sa mort et achevé par Eric Van Lustbader, que Damon et Grengrass serait prêt à envisager dans 5 ans).
La réussite de cette trilogie tient tout d'abord à l'écriture de ce personnage d'espion, à des années lumière d'un autre J.B sévèrement amidonné avant que Casino Royale ne corrige le tir, attachant car torturé et duel : jadis un tueur froid et méthodique, désormais un être honnête et compatissant en quête de rédemption et de vérité. Avant de faire, à New-York où tout a commencé, la pleine lumière sur son passé et ses débuts de tueur pour la CIA , Bourne, en animal traqué dans un monde sans frontière et ultra-surveillé, cavale de Moscou à New-York en passant par Londers et Tanger à la recherche de ses origines.
Greengrass comme dans ses précédents films multiplie les points de vue sur les forces en présence : la quête mouvementé de Bourne chassé / chasseur aux quatres coins du globe et le jeu perfide de pouvoir et de manipulation dans les bureaux de la CIA. De cette course-poursuite mondiale effrénée se dégage un sentiment anxiogène très bien relayé par la réalisation hyper-réaliste de Greengrass : où qu'il se trouve sur la planète Bourne sera traqué par ses anciens employeurs rongés par la paranoia qui, aidés par un arsenal technologique de surveillance imparable, ont, ou bien plutôt pensent avoir, la réalité sous contrôle (le 11 septembre a démontré la faillabilité du système).
Pour traduire ce sentiment d'urgence et d'insécurité propre au trajet de Bourne Greengrass a repris son procédé de mise en scène fétiche, la caméra à l'épaule. En documentariste Greengrass place sa caméra au coeur de l'action pour un effet de réel saisissant et la crédibilité de l'action. La recherche de réalisme se traduit par une action brute et sèche dans les combats rapprochés, des cascades exécutées en live (les plans de crash automobile où la caméra est dans la voiture font très mal). Trois séquences de poursuite monstrueuses avec pour dénominateur commun une action viscérale relayée par un montage nerveux encadrent le film : Londres, gare de Waterloo, sur les toits de Tanger et épisode final à New-York.
La réalisation percutante toujours plus affinée de Greengrass, le jeu rugueux et subtil de Matt Damon ainsi que le scénario ingénieux de Tony Gilroy (la trame de ce troisième opus vient en fait s'insérer, pour l'essentiel, entre l'avant-dernière scène et la dernère scène de La mort dans la peau !) font de ce troisième volet le sommet d'une trilogie passionnante qui a renouvelé, par son parti-pris réaliste et son héros tourmenté loin des actions movies déconnants et invraisemblables pondus à la chaîne par Hollywood, le cinéma d'action et d'espionnage.

11 sept. 2007

Indiana Jones 4

Le quatrième épisode de l'aventurier, actuellement en tournage, s'appellera Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull , en v.f Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal ... L'acteur Shia LeBeouf, dans le rôle du fils de l'aventurier, a fait cette révélation dimanche à Las Vegas lors du gala des MTV Video Music Awards.
D'après une légende maya des crânes de cristal auraient été rapportés de l'Atlantide par les Itzas. Par la suite disséminés au quatre coins du monde ils seraient la clé de la résurrection de l'Empire Aztéque !
Sortie simultanée dans le monde le 22 mai 2008 pour ce film située dans les années 50 écrit par David Koepp (Mission impossible, Jurassic Park) où l'on retrouvera, devant la caméra de Steven Spielberg, outre Harrison Ford et Shia LaBeouf, Cate Blanchett, Karen Allen, John Hurt, Ray Winstone et Jim Broadbent.

3 sept. 2007

La vengeance dans la peau

En attendant la sortie, le 12 septembre, de La vengeance dans la peau, le troisième volet des aventures de l'espion amnésique de Jason Bourne, savourez ici sa bande-annonce très alléchante.
Matt Damon devant la caméra nerveuse de Paul Greengrass, auteur du très réussi second volet La mort dans la peau, reprend pour la troisième et dernière fois le rôle du torturé Jason Bourne à la recherche de son identité dans cette Vengeance qui a réalisé le meilleur démarrage de toute l'histoire du box-office US pour un mois d'août, en engrangeant pas moins de 72 millions de dollars de recettes. Le film est présenté hors compétition au festival américain de Deauville dont vous pouvez suivre la 33 ème édition sur l'excellent blog In the mood for Deauville.
A noter qu'à l'occasion de la sortie en salles de la Vengeance Universal sort un coffret 3 dvd regroupant les deux premiers films de la trilogie Bourne, le premier La mémoire dans la peau de Doug Liman dans son édition spéciale, le second La mort dans la peau dans son édition normale (la seule à ce jour), accompagnés d'un troisième disque avec décryptage de l'attachant personnage de Bourne joué par le talenteux Matt Damon et portrait du romancier Robert Ludlum dont cette trilogie, véritable renouveau du film d'espionnage par son traitement réaliste et brut de l'action, est librement adapté.