24 mars 2007

Le come-back - Marc Lawrence

Le chanteur pop Alex Fletcher qui a connu son heure de gloire dans les années 80 se voit offrir un come-back de la dernière chance lorsque la jeune diva Cora Corman l'invite à écrire et enregistrer en duo avec elle une chanson de son prochain album. L'ennui est qu'Alex n'a rien composé depuis dix ans, qu'il n'a jamais été parolier... et qu'il doit livrer son chef-d'oeuvre dans la semaine !C'est alors qu'entre en scène la fantasque et craquante Sophie Fisher, dont le verbe haut en couleur, aussi inventif qu'imagé, ravit notre artiste.

En ouverture un clip délicieusement kitch du groupe Pop (clone de Wham!) mené par un Hugh Grant rajeuni laisse augurer du meilleur. Cette nouvelle comédie romantique avec le roi du genre se contente hélas par la suite de respecter sagement les codes du genre, sans toutefois atteindre la mécanique de précision des scénarios de Richard Curtis (4 mariages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill) et de rester en marge d'un sujet prometteur, l'observation satirique du milieu de la musique. Heureusement le duo Hugh Grant-Drew Barrymore fonctionne à merveille, les réparties et interventions vocales/chorégraphiées de notre king of the pop sont irrésistibles et les seconds rôles bien trouvés. Un film plaisant auxquel il manque un peu de folie pour décoller, bien dans l'air du temps, nostalgie des eighties quand tu nous tiens.

20 mars 2007

Pirates des Caraïbes, jusqu'au bout du monde

A deux mois de la sortie du troisième et dernier opus de la saga Pirates des Caraïbes voici un petit aperçu (synopsis + bande-annonce VOST-FR) des réjouissances qui attendent nos pirates préférés. A ne pas lire si vous voulez découvrir le film le 23 mai 2007 vierge de toutes informations!

L’âge d’or de la piraterie touche à sa fin. Même le terrifiant Vaisseau Fantôme et son capitaine maudit, Davy Jones (Bill Nighy) servent à présent Lord Cutler Beckett (Tom Hollander) et la Compagnie anglaise des Indes Orientales.
L’invincible Hollandais Volant écume désormais les sept mers, massacrant sans pitié pirates de tous bords et sabordant leurs navires.
Will Turner (Orlando Bloom), Elizabeth Swann (Keira Knightley) et le capitaine Barbossa (Geoffrey Rush) n’ont qu’une seule chance de résister à Beckett et son armada destructrice : ils doivent rassembler les Neuf Seigneurs de la Cour des Frères, mais l’un des membres les plus éminents, le capitaine Jack Sparrow (Johnny Depp), manque à l’appel.
Will, Elizabeth et Barbossa, secondés par Tia Dalma (Naomie Harris), Pintel (Lee Arenberg) et Ragetti (Mackenzie Crook), doivent faire voile vers des mers orientales inconnues, pour affronter un pirate chinois, le capitaine Sao Feng (Chow Yun-Fat), et s’emparer des cartes qui les conduiront au-delà des limites du monde connu, là où Jack est retenu. Lorsqu’ils retrouvent enfin Sparrow, celui-ci semble avoir perdu la raison, mais il accepte pourtant de les aider. Il guide le Black Pearl hors du Territoire des Morts et met le cap sur l’Anse aux épaves. Face à la menace surpuissante, la légendaire Cour des Frères ne sera peut-être même pas suffisante, à moins que la capricieuse déesse des mers, Calypso, emprisonnée sous une forme humaine, ne puisse être libérée et convaincue de venir en aide aux pirates…

Alors que s’accumulent dangers et trahisons, il devient vite évident que Jack, Will, Elizabeth, Sao Feng et Barbossa poursuivent tous des buts aussi secrets que différents. Personne ne peut faire confiance à personne. Alors que l’affrontement qui risque d’éliminer définitivement les pirates des sept mers s’annonce, chacun va devoir choisir son camp…

La bande-annonce c'est ici !!!

18 mars 2007

La cité interdite - Zhang Yimou

Chine. X siècle. Dynastie Tang. De retour après une longue absence, l'empereur découvre qu'un complot se trame au coeur de son palais. La reine elle même orchestre la rebellion contre cet époux tyrannique.

Après les décevants Hero (2003) et Secret des poignards volants (2004), réussites esthétiques mais pauvres en profondeur psychologique, Zhang Yimou retrouve, 12 ans après leur 7ème collaboration sur Shangaï Triad, son actrice fétiche Gong Li pour une tragédie grecque d'une puissance visuelle et dramatique impressionnantes.
Doté du plus gros budget du cinéma chinois, cette Cité interdite est une splendeur visuelle de chaque plan. A l'image la démesure s'étale dans les luxueux décors, les rituels royaux, les costumes brodés d'or, les mouvements de foule dans la bataille finale. Luxe et opulence à l'extérieur, noirceur des sentiments et déchainement des passions à l'intérieur de cette famille s'entretuant avec majesté. Trahisons, machinations, lourds secrets, parricide sont à l'oeuvre dans les appartements surchargés de ce palais impérial. Une famille royale se déchire pour le pouvoir, la vengeance faite à l'honneur. Les face à face entre époux, père et fils, mère et beau-fils sont implacables, d'une intensité dramatique qui vaut bien des duels à l'épée que Zimou remise judicieusement à la fin de cette tragédie antique. Le récit privilégie les intrigues de palais aux ballets virtuoses d'arts martiaux dont Zimou avait fait étalage dans ces précédents films. Face au tyrannique empereur incarné avec prestance par Chow Yun-Fat, Gong Li, impériale en reine empoisonnée tout en rage contenue, est une Phèdre troublante et bouleversante qui tente de prendre son destin en main. Le final apocalyptique, une bataille rangée entre deux armées rehaussée par des effets spéciaux dignes des prouesses du Seigneur des anneaux, évoque par sa beauté picturale et la parfaite orchestration des plans Kurosawa (Ran), Eisenstein (Ivan le terrible) : quand le pouvoir absolu corrompt et détruit tout, famille, sujets balayés comme cette chrysanthème portée par les rebelles pour éloigner le mal.

12 mars 2007

Césars/Oscars 2007

medium_26.jpegDes deux côtés de l’Atlantique pluie de récompenses dans le monde du 7ème art :

Après 6 nominations pour l'Oscar du meilleur réalisateur depuis 1981, l’immense talent de Martin Scorsese est enfin récompensé avec 2 statuettes majeures : meilleur réalisateur et meilleur film pour The Departed (film 2006 de Boulevard). Pas de surprise concernant les prix d’interprétation annoncés par les Golden Globes pour Helen Mirren et Forest Whitaker. Déception pour Indigènes dans la section Meilleur film étranger après son unique César, celui du meilleur scénario original.

Lady Chatterley, d'après D.H Lawrence, film d’auteur fleuve aux difficiles conditions de production, est le grand gagnant des César 2007 avec 5 prix ; Ne le dis à personne, brillante adaptation (le film de genre n’est pas une spécialité française!) d’un roman policier à succès, remporte, entre autres, les César mérités de Meilleur Réalisateur et de Meilleur Acteur pour Guillaume Canet et François Cluzet. Félicitations à Mélanie Laurent pour son intense et bouleversante medium_3.2.jpegprestation dans Je vais bien, ne t’en fais pas. Enfin Little Miss Sunchine continue son beau parcours, après des prix à Sundance, Deauville et un joli succès public, en remportant le César du meilleur film étranger dans une sélection comptant des concurrents de taille (Babel, Volver...).

Les principales récompenses des deux cérémonies

Oscars 2007.

Meilleur film : Les Infiltrés, de Martin Scorsese ; meilleur acteur : Forest Whitaker dans Le Dernier Roi d'Ecosse, de Kevin Macdonald ; meilleure actrice : Helen Mirren dans The Queen, de Stephen Frears ; meilleur réalisateur : Martin Scorsese pour Les Infiltrés ; meilleur second rôle masculin : Alan Arkin dans Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris ; meilleur second rôle féminin : Jennifer Hudson dans Dreamgirls, de Bill Condon ; meilleur montage: Thelma Schoonmaker pour Les Infiltrés; meilleure photographie: Guillermo Navarro pour Le labyrinthe de Pan; meilleur film étranger : La Vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck (Allemagne) ; meilleur film d'animation : Happy Feet, de George Miller ; meilleur scénario original : Michael Arndt pour Little Miss Sunshine ; meilleure adaptation : William Monahan pour Les Infiltrés ; meilleur film documentaire : Une vérité qui dérange, de Davis Guggenheim avec Al Gore.

Césars 2007.

Meilleur film : Lady Chatterley, de Pascale Ferran ; meilleur réalisateur : Guillaume Canet pour Ne le dis à personne ; meilleur acteur : François Cluzet dans Ne le dis à personne ; meilleure actrice : Marina Hands dans Lady Chatterley ; meilleur second rôle masculin : Kad Merad dans Je vais bien ne t'en fais pas, de Philippe Lioret ; meilleure second rôle féminin : Valérie Lemercier dans Fauteuils d'orchestre, de Danièle Thompson ; meilleur espoir masculin : Malik Zidi dans Les Amitiés maléfiques, d'Emmanuel Bourdieu ; meilleur espoir féminin : Mélanie Laurent dans Je vais bien, ne t'en fais pas ; meilleur film étranger : Little Miss Sunshine, de Jonathan Dayton et Valerie Faris (Etats-Unis) ; meilleur premier film : Je vous trouve très beau, d'Isabelle Mergault ; meilleur scénario original : Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb pour Indigènes, de Rachid Bouchareb ; meilleure adaptation : Pascale Ferran, Roger Bohbot, Pierre Trividic pour Lady Chatterley ; meilleure musique de film : Mathieu Chedid pour Ne le dis à personne ; meilleur court-métrage : Fais de beaux rêves, de Maryline Canto ; meilleure photo : Julien Hirsch pour Lady Chatterley ; meilleurs décors : Maamar Ech Cheikh pour OSS 117 Le Caire, nid d'espions, de Michel Hazanavicius ; meilleur son : François Musy et Gabriel Hafner pour Quand j'étais chanteur, de Xavier Giannoli ; meilleurs costumes : Marie-Claude Altot pour Lady Chatterley ; meilleur montage : Hervé de Luze pour Ne le dis à personne ; meilleur film documentaire : Dans la peau de Jacques Chirac, de Karl Zéro et Michel Royer.
Césars d'honneur : Jude Law et Marlène Jobert.

La môme - Olivier Dahan

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Film événement sur Edith Piaf , icône de la chanson française, La môme d’Olivier Dahan est un biopic décevant plein de pathos dont la mise en scène ne lésine pas sur les effets grandiloquents pour toucher le spectateur. La narration disloquée trace le portrait d’une artiste d’exception en appuyant fortement sur le côté misérabiliste de sa vie (enfance malheureuse entre abandon du père, cécité temporaire, mendicité puis addiction à la drogue et à l’alcool) via un score surlignant chaque émotion et une caméra agitée se complaignant dans la captation de la douleur et du tourment (humiliations, cris, vociférations). L’apparition de Marion Cotillard, totalement habitée par ce rôle en or, après une première partie trop étirée sur l’enfance, ne sort malheureusement pas le film du mélo, compilation de vignettes expressionnistes larmoyantes enchaînées à un rythme survolté lire épuisant. Les nombreux sauts temporels entre les différents âges de l'artiste ont pour effet d'atténuer le travail d'incarnation de Cotillard en résumant son travail à un jeu de masques ( successivement vieille puis jeune puis adulte puis vieillle...) Malgré l'abnégation de Marion Cotillard et la prouesse technique (lumières, décors, costumes, maquillages) de l’entreprise le film joue trop souvent la carte de l’émotion forcée pour convaincre ; la voix magnifique de Piaf et les souvenirs et sentiments personnels qu’elle réveille étant le plus efficace vecteur de bouleversement intérieur. Reste une belle scène de séduction dans un restaurant new-yorkais entre Piaf et Marcel Cerdan, sans musique, avec une économie de plans rendant justice au talent des comédiens : dans le dernier tiers du film une scène s’installe enfin, magie d’une rencontre amoureuse et naissance d’une passion éternelle qui irradie ce récit baigné par le noir.

The Bones - The Killers -Tim Burton

medium_28.jpegmedium_29.jpegPour patienter jusqu’à la sortie du prochain Tim Burton Sweeney Todd, adaptation cinématographique d’une comédie musicale inspiré de faits réels relatant l’association monstrueuse au 19ème siècle d’ un barbier évadé du bagne (Johnny Depp) et d’une cuisinière (Helena Boham Carter) dans un commerce sanglant où madame récupère les cadavres des clients assassinés par le barbier fou pour en faire des tartes à la viande, savourez ce clip mortel de The Bones, de l'excellent groupe californien The Killers.Un jubilatoire cocktail de noiceur, d'humour et de reférences cinématographiques, sur une musique enjouée, par le maître de l’étrange et du macabre.

Le clic, c'est par!!!


Apocalypto - Mel Gibson

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Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.
Jeune chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement. Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à coeur.


Tout comme le précédent, La Passion du Christ, gros succès mondial en 2004, le dernier film de Mel Gibson, Apocalypto, une fresque pleine de bruit et de fureur sur la décadence de la civilisation maya, est la cible de controverses. Après avoir réalisé Braveheart (1995), un chef d’œuvre épique couronné par les Oscars dont l’intense réalisme des batailles constituent une référence inégalée, Gibson déçoit avec sa lecture de la Passion du Christ, un interminable défilé de scènes de tortures que l’usage abusif de ralentis rend complaisantes et éprouvantes doublé d’une représentation nauséabonde du peuple juif.

Apocalypto a pour ambition d’orchestrer, en langue yucatèque, une chasse à l’homme haletante dans une fresque épique tout en évoquant une civilisation disparue. Selon les historiens Gibson a pris des libertés avec l’histoire en présentant le peuple maya comme des sauvages sanguinaires et en occultant le raffinement d’une civilisation qui connaissait les mathématiques, l’astronomie. Il lui est également reproché d’utiliser un mélange de yucatèque ancien et contemporain et d’avoir fait tourné dans l’Etat de Véracruz (au lieu du Mexique) des acteurs non-maya dans les premiers rôles aux côtés de figurants mayas. Les critiques américains n’ont bien sûr pas épargné Gibson, après sa gore Passion, pour la sauvagerie et la brutalité d’Apocalypto qui, remettons les choses en place, n’est pas le film le plus violent jamais vu ni digne de la barbarie nazi comme des journalistes du N-Y Times et du Los Angeles Times l’ont perçu. Rappelons que la violence est un sujet majeur du cinéma américain (de Naissance du Nation en 1915 à Gangs of N-Y en 2002 par exemple) et un fonds de commerce plus que jamais lucratif : voir le succès de Saw et Hostel où la torture est le sujet du film, un spectacle proche des snuff-movies. La filmographie de Gibson (L’arme fatale, Payback, Patriot: pulsions autodestructrices, mutilations, torture, vengeance) et sa biographie certes révèle une certaine fascination pour la violence mais cette violence qui est au cœur de ses personnages et à l’écran est sans doute l’expression d’un désarroi profond face à la force des démons intérieurs à combattre, le produit de la peur, sentiment que doit combattre dans Apocalypto notre héros pour se réaliser en tant qu'homme et accomplir sa destinée.

medium_11.6.jpegApocalypto est un thriller historique relatant le déclin d’une civilisation précolombienne très évoluée mais coutumière de sacrifices humains. Dans le cadre d’un divertissement et non un documentaire anthropologique, Gibson rappelle (animé par une foi chrétienne proche des fondamentalistes pour qui l’Apocalypse menace toute civilisation même les cultures les plus civilisées) que toute civilisation porte en elle les germes de sa propre destruction : croyances, cupidité, excès de consommation, dégradation de l’environnement. Les passerelles avec l’Histoire passée comme contemporaines sont diverses. Il est également question dans cette épopée ambitieuse comme dans l’épique et puissant Braveheart de fraternité, d’amour, d'héritage paternel, de sacrifice. Avec un grand souci d’authenticité (langue, costumes, architecture) Gibson orchestre, dans de splendides décors et avec une puissance visuelle impressionnante, une fresque violente sur la déchéance de la civilisation maya par le prisme des aventures épiques d'un jeune chasseur enlevé à sa famille pour être offert en sacrifice aux dieux et acteur d'une des plus intense chasse à l’homme du cinéma. Le morceau central est une traque effrénée dans la forêt sublimée par la caméra numérique Génésis. Apocalypto constitue un spectacle efficace avec une mise en scène constamment en mouvement, une aventure palpitante au casting réussi qui nous conduit des pyramides protohonduriennes à une luxuriante forêt et des chutes vertigineuses, de processions martiales et rites sacrificiels à un sprint infernal avec une fureur et une viscéralité peu communes.

24 heures chrono saison 6 inédite

medium_11.5.jpegCrée en 2001, la série 24 heures chrono s’est affirmée, par son concept novateur (raconter une folle journée de Jack Bauer, agent de la cellule anti-teroriste de Los Angeles, en temps réel soit 24 épisodes d'1 h chacun) et son dosage savant de politique, action, suspense comme un feuilleton des plus captivant. A cause de la tension maintenue tout au long de la saison, de ces climax insoutenables clôturant chaque épisode, la série est vite devenu pour des millions de téléspectateurs une addiction télévisuelle jubilatoire avant les phénomènes Lost et Prison Break.

Entre la saison 6 et 7, toute l’équipe va tourner cet été un long-métrage adapté de la série. Pour une raison de format la contrainte de temps réel ne pourra être respecté : les deux heures de film représenteront une journée. Le temps important dévolu au tournage de ce long (3 mois contre 3 semaines pour deux épisodes) permettra à l’équipe, selon Kiefer Sutherland de peaufiner chaque détail et de réaliser un film à part entière avec une histoire bouclée. En patientant pleins feux sur cette nouvelle saison de 24.

(attention les propos ci-après dévoilent l'intrigue de la saison précédente diffusée actuellement sur C+)

Alors que la saison 5 est diffusée actuellement en France, la saison 6 de 24 a débuté aux USA sur les chapeaux de roues en totalisant plus de 15M de téléspectateurs dimanche dernier sur la chaîne Fox. Débutant par l’assassinat de trois personnages principaux, la précédente saison, passionnant 5ème marathon après un léger essouflement de la saga, a vu l’increvable Jack Bauer mettre à jour un complot de grande envergure impliquant le Président américain (parallèle osé et appréciable avec l’administration Bush) avant d’être kidnappé, à l’issu de cette journée infernale, par des forces chinoises, bien décidées à se venger de la mort d’un de leur diplomate dans la saison 4.

Après deux années de torture dans les geôles chinoises (aperçu des réjouissances dans le prequel) la libération de Bauer est négocié par le nouveau président des Etats-Unis (une vieille connaissance) dépassé par la menace terroriste mettant le pays à feu et à sang depuis 11 semaines. Sur la demande d’un groupuscule terroriste islamique Bauer doit leur être livré en échange d’informations cruciales pouvant stopper la guerre. Jack accepte de se sacrifier pour son pays , sauver des milliers de vie et ainsi donner un sens à sa mort.

medium_12.jpegCette nouvelle saison dont j’ai pu voir les quatre premiers épisodes s’annonce très réussie en terme d'action comme d'émotion. En plus de ne pas lésiner sur le spectaculaire (explosions, bagarre dans le métro) et la critique politique (les ravages du Patriot act sur les libertés individuelles) les scénaristes ont étoffé judicieusement la psychologie du valeureux agent de la CTU autour des événement des saisons précédentes : marqué physiquement (stigmates de son incarcération ) et psychologiquement (doute, émotivité exacerbée) Bauer est un homme blessé, meurtri voyageant vers une issue funeste envisagée dans trois saisons. Notre héros, malmené depuis le début de la série, est fatigué mais, mû par un fervent esprit patriotique, reprend du service pour faire face une fois de plus à une attaque terroriste de grande échelle. Après avoir déjoué l'assassinat du futur président, d'un attentat nucléaire, chimique, vu sa femme et ses amis tués par sa faute, du combattre les trahisons de ses proches collaborateurs comme du leader du monde libre, il est, au début de cette nouvelle saison, un homme délité, à bout de souffle qui voit ses convictions, sa motivation s'envoler face à un choix cornélien: sacrifier ou non un ami au nom de la raison d'Etat. Le climax de ce quatrième épisode est, par son intensité dramatique (émouvant délabrement psychologique de notre héros et brutale attaque sur le peuple américain), un des plus réussi de la saga.

Hors de prix - Pierre Salvadori

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Dans un palace de la côte d’Azur, Irène, une jeune aventurière intéressée, prend, Jean serveur timide de l’hôtel, pour un milliardaire. Quand elle découvre sa véritable identité Irène fuit mais Jean, fou amoureux, s’accroche à ses risques et périls.

Sur un scénario proche de Quatre Etoiles, grisante comédie romantique de Christian Vincent autour d’un irrésistible jeu de séduction entre un escroc et une demoiselle qui vient claquer son héritage dans les palaces cannois, Hors de prix oppose, sur le ton de la comédie parfois matinée de cruauté, le pouvoir de l’argent à celui des sentiments.

Lorgnant vers les comédies américaines des 50’s (Lubitch, Wilder) ce nouveau film de Pierre Salvadori mise sur un ton maison, humour raffiné soupoudré de cruauté mais révélant toujours une vraie tendresse pour ces personnages décalés, associé à une réalisation élégante accordant une attention particulière aux objets du quotidien (éventails de cocktail, pièce d’un euro) et accessoires glamour (robes griffées, montre). Ces objets voulus par Salvadori comme" porteurs d'une partie de l'histoire" sont autant de ressorts dramatiques et comiques au service d’un couple de cinéma tendance et sexy : Elmaleh-Tautou.

Si le personnage keatonien de Gad Elmaleh, une résonance de La doublure, amuse au début puis à tendance à lasser par son apathie, l’aventurière vénale et gouailleuse campée par une Audrey Tautou très en beauté apporte au film un charme et une énergie envoûtants.

De bons dialogues (« J’aime pas le caviar mais je me force »), des situations comiques inspirées (la leçon de séduction) et une mise en scène soignée n’empêche cependant pas le film de souffrir d’un certain piétinement scénaristique et du manque d’abattage de son couple, en deçà de celui formé par Garcia-Carré, brillant duo dont les incessantes joutes oratoires et autres vacheries faisaient tout le sel de Quatre Etoiles.

Ce jeu d’attraction-répulsion entre le serveur timide et la vamp matérialiste constitue un agréable divertissement certes pas assez enlevé pour séduire totalement mais souvent malin dans ses trouvailles narratives : un banal objet comme une pièce d’1euro peut devenir, en usant d'imagination et de pragmatisme, le carburant du bonheur.

Blood Diamond - Edward Zwick

medium_9.5.jpeg1999 en Sierra Leone : Solomon Vandy (Djimoun Hounsou), un humble pêcheur dont l’unique but dans la vie est d’offrir une vie meilleure à sa famille est enlevé par des rebelles et envoyé en travail forcé dans une mine diamantaire. Avant que la mine ne soit fermée par le gouvernement légitime de Sierra Leone, Solomon a trouvé et caché une pierre exceptionnelle. Alors qu’il purge une peine de prison pour ses trafics, Danny Archer (Leonardo Di Caprio), un contrebandier sans scrupules qui transporte des diamants au Libéria pour le compte d’un gros conglomérat diamantaire, a vent de l’histoire de Solomon. Tous deux, aidés par une journaliste d’investigation (Jennifer Connelly) qui prépare un papier sur les diamants de conflits, s’associent pour retrouver la pierre hors du commun : ce voyage périlleux en territoire rebelle pourrait permettre à Solomon de sortir sa famille de la misère et à Archer de s’offrir une seconde chance.

Blood diamond met en parallèle, au sein d’un pays ravagé par une terrible guerre civile, les périlleuses aventures d'un héros, un modeste paysan au coeur pur et d'un anti-héros, un trafiquant amoral en quête de rédemption. Ce duo improbable medium_10.4.jpegest motivé par des obsessions opposées. L’un est guidé par l’amour pour sa famille, l’autre par l’appât du gain. Aux côtés du solide Djimoun Hounsou, Di Caprio impressionne dans le rôle de l’aventurier bourru, après une prestation habitée remarquable dans The departed, par la puissance et l’intensité de son jeu : tout en violence contenue et fêlures intérieures, il est un homme en sursis, rattrapé par ses activités clandestines et un passé mystérieux au sein de l’armée US. Ce personnage cynique évolue au fil du récit : de prime d’abord égoïste et amoral il s’humanise au contact des personnages de Solomon et de la journaliste qui l’accompagne dans ce voyage au bout de l’enfer haletant et édifiant. L'opportuniste détaché de ces conflits tribaux est emmené à s'impliquer physiquement et émotionnellement dans ces évènements dramatiques d'une extrême brutalité qu'une caméra nerveuse retranscrit brut, avec force et sincérité. Le parcours intérieur d'Archer, aventurier antipathique et froid puis fugitif psychologiquement disloqué révélant un sens du sacrifice honorable (thème cher à Zwick) est une grande réussite de ce film qui a le mérite de rappeler le terrible carnage perpétré en Sierra Leone à la fin des années 90. A travers cette effrénée poursuite du diamant à travers un pays ravagé par la violence et la corruption le film dénonce habilement l’exploitation et le trafic honteux de ces blood diamonds sans tomber dans le cours de géo-politique assommant. Principales ressources du pays ces diamants destinés aux bijouteries du monde entier financent les armes et le terrorisme. Zwick a le bon goût d’enrober la dénonciation polémique et le commentaire social dans le film d’aventures haletant. Sa mise en scène ample et lyrique éclate dans de grandes scènes d’action, tendues et scotchantes, telle cette fuite éperdue des deux protagonistes dans les rues de Free Town en ébullition. Porté par un immense Di Caprio, Blood Diamond constitue une éclatante réussite pour Zwick après l’indigeste Last Samouraï.

Casino Royale - Martin Campbell

007 fait peau neuve.

Attendu au tournant par des millions de fans à travers le monde, l’acteur britannique Daniel Craig (un blond aux yeux bleus : so shocking !) aperçu dernièrement dans Layer Cake et Munich s’est glissé de manière très convaincante dans le smoking de James Bond.medium_42.4.jpeg Réalisée par Martin Campbell, auteur du meilleur Brosnan, Goldeneye, cette adaptation du premier livre de Ian Flemming écrit en 1953, présente les débuts d’agent secret de Bond, récent titulaire du permis de tuer. Le prégénérique en n&b révèle un personnage dur et violent, casse-cou buté dont Craig, viril et intense, se révèle être le meilleur interprète, après of course l’éternel Sean Connery. En effet ce 21ème Bond, salutaire retour aux sources de l’œuvre de Flemming, est un des plus violents de la série : l’humour et les gadgets ont été remisés pour laisser place à l’expression d’une violence sèche et brutale. Les multiples combats rapprochés, fusillades, torture constituent une surenchère de violence dans l’air du temps. Retour au source et modernité (menace d’attentat, terrorisme-chaos financier). Bond combat avec ses poings dans de grandes scènes d’action mettant en avant d’ébouriffantes cascades en live (oubliées les ridicules acrobaties digitalisées de Bosnan dans Meurs un autre jour) et avec ses neurones lors d’une haletante partie de poker où se dispute un passionnant duel psychologique avec son ennemi Le Chiffre, le banquier du terrorisme international. Un Bond minéral et torturé mais également un Bond amoureux. Dans le rôle de Vesper Lynd la sublime Eva Green (The Dreamers, Kingdom of heaven) campe un des personnages féminins les plus intéressants de toute la saga : vulnérable et forte, trouble, loin de la potiche habituelle, elle vampirise Bond, armée d’un cocktail irrésistible d’intelligence, d’esprit et de beauté. A son contact l’épaisse carapace de notre héros se fendille et révèle de vraies émotions. Cette touchante histoire d’amour déterminera, pour les missions suivantes, le rapport de Bond aux femmes. A la fin de l’aventure chargée en courses-poursuites pédestres et automobiles aux quatre coins du globe (Madagascar, Venise, Miami) 007 est couverts d’ecchymoses et de bleus au cœur.

Bonne nouvelle : Craig a signé pour 3 films.

Scoop - Woody Allen

medium_9.4.jpegJoe Strombel, un célèbre journaliste d’investigation, meurt avant d’avoir révéler son scoop sur le"Tueur au tarot"qui sévit à Londres. Echappant aux eaux noires du Styx il révèle son information à une jeune journaliste (Scarlett Johansson) lors d’un numéro de magie cocasse assuré par un prestigitateur peu assuré (Woody Allen). Tous deux vont mener l’enquête sur les traces d’un séduisant aristocrate (Hugh Jackman).

Après l’anxiogène Match Point, Woody Allen a tourné, à nouveau à Londres, sa nouvelle comédie : Scoop a la dimension fantaisiste de l’enquête policière au cœur du Sortilège du scorpion de Jade, des répliques d’anthologie dignes de ses meilleures comédies new-yorkaises (« ce qui m’excite aujourd’hui, c’est un dîner sans brûlure d’estomac) et un duo d’acteurs inédit et irrésistible. Sur un postulat de départ improbable mais traité avec suffisamment de dérision pour charmer l’auditoire, Woody Allen, de retour face caméra aux côtés de sa nouvelle muse Scarlett Johansson (loin du glamour affiché dans MatchPoint, elle arbore grosses lunettes et vêtements bon marché ) signe une fantaisie policière qui a le bon goût de ne jamais de prendre au sérieux. Le scénario est un peu décousu et la réalisation plate mais la drôlerie et la désinvolture de l’affaire distillent une exquise légèreté mêlé d’excitation quant à la perspective de sourire à nouveau aux bons mots alleniens de la cuvée 2007 .

Ne le dis à personne - Guillaume Canet & Prête-moi ta main - Eric Lartigau

Sortis le 1er novembre Ne le dis à personne et Prête-moi ta main s’imposent comme de brillantes réussites françaises dans le film de genre, le thriller et la comédie romantique, traditionnellement chasse gardée du cinéma hollywoodien.

medium_42.2.jpegPour sa seconde réalisation, après l’original Mon idole porté par l’excellent François Berléand, Guillaume Canet, à la surprise générale (le réalisateur de Gorilles dans la brume et Le monde ne suffit pas, Michael Apted, était un temps pressenti) adapte le best-seller mondial d’Harlan Coben, Ne le dis à personne.

Huit ans après que sa femme Margot (Marie-Josée Croze) ait été assassinée, Alex (François Cluzet), pédiatre à Paris, reçoit à son cabinet un courrier électronique lui prouvant que Margot est encore vivante.


Intrigue diabolique, rythme haletant rehaussé par la musique de M (improvisée à la vision du film), casting prestigieux, tous les ingrédients sont réunis pour faire de cette adaptation d’un solide polar d’un des maîtres du genre un brillant thriller romanesque. La relation amoureuse entre l’inconsolable pédiatre, joué avec fragilité et détermination par François Cluzet et son amour d’enfance disparue dans d’étranges circonstances constitue le cœur de cette course-poursuite nerveuse et prenante. Ce fugitif amoureux fuit dans Paris à la recherche de la vérité : Cluzet court, chute, sue dans des scènes de poursuites nerveuses, filmées caméra à l’épaule pour traduire un état d’urgence, dont une, incroyable et invraisemblable, le conduit à traverser le périphérique pour échapper à ses poursuivants !Autour de l’impeccable Cluzet, Canet a réuni un casting haut de gamme comprenant Berléand, Dussolier, Baye, Scott-Thomas, Rochefort. Si Berléand et Dussolier arrivent à tirer leur épingle du jeu d’autres acteurs n’ont pas assez de scènes pour étoffer la psychologie de leurs personnages. Il est un peu frustrant de voir disparaître après quelques minutes de présence à l’écran certains de nos plus grands acteurs nationaux. Malgré la candeur de quelques plans et une fin un poil longue et explicative ce second film remplit haut la main son contrat : le spectacle est assuré avec énergie et audace. Nul doute que les américains vont remaker ce thriller audacieux (entre autres propositions filmer un polar sous une lumière éclatante et livrer une scène d’action digne des grosses productions hollywoodiennes) et convaincant, entre peinture des sentiments et suspense.

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Harcelé par sa mère et ses cinq sœurs qui veulent le marier à tout prix, Luis (Alain Chabat), 43 ans, célibataire et fier de l’être, décide de payer une fille (Charlotte Gainsbourg) pour jouer le rôle de sa fiancée et le plaquer le jour de ses noces.


Sur un pitch alléchant qui conduit dans un premier temps le personnage féminin à se faire aimer de sa belle-famille puis à s’en faire détester par tous les moyens, Eric Lartigau (Qui a tué Pamela Rose ?) et son scénariste/acteur Alain Chabat trousse une comédie romantique charmante et enlevée. Charlotte Gainsboug est irrésistible dans un contre-emploi de fille délurée et provocante en contrat avec un Alain Chabat à la fois drôle et touchant qui partage avec elle les meilleures scènes du film (le début est laborieux et les huis-clos familiaux entre Chabat et sa smala sont un peu poussifs). Les dialogues font mouche et pimentent cette sympathique comédie populaire dont la mise en scène soignée révèle un couple glamour et attachant.

Les fils de l'homme - Alfonso Cuaron

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Avec Alexandro Inarritu (Amores perros, 21 grammes), Guillermo Del Toro (L’échine du diable, Hellboy, Blade 2) et Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien, Harry Potter et le prince d’Azakban) forment le trio de réalisateurs mexicains le plus passionnant du moment (Cuaron produit Le labyrinthe) : sans rien perdre de leurs exigences et de leurs ambitions ils ont réussi des œuvres puissantes au sein du système hollywoodien.


Après le road-movie romantique (Y tu mama tambien) et le fantastique gothique (Harry Potter) il livre une adaptation libre très réussie du roman d’anticipation de P.D James.

En 2027 l’humanité est en perdition. Les femmes sont devenues stériles. Aucune naissance n’a été enregistrée depuis 18 ans. Dans une Angleterre qui, pour se préserver du chaos mondial, a adopté un régime totalitaire, Théo (Clive Owen ), ancien activiste devenu bureaucrate, est kidnappé par une organisation révolutionnaire dirigée par son ex (Julianne Moore). Sa mission : aider une jeune femme enceinte à traverser la frontière.

De ce tableau apocalyptique du monde en 2027 se dégage d’emblée une grande crédibilité des décors, de l’environnement sombre, des costumes, du contexte politique, économique et social. A l’image pas de gadgets high-tech, de sophistication architecturale ou automobile mais un réalisme poisseux glaçant. L’Angleterre est un microcosme où s’agitent tous les problèmes actuels du monde : terrorisme religieux, immigration clandestine, épuisement des ressources. Le film dégage de fortes résonances avec notre actualité. Cuaron y critique subtilement les politiques du tout sécuritaire, de lutte contre l’immigration. Dans cet univers violent et désespéré où la tyrannie a pris le visage de la démocratie, une lueur d’espoir apparaît sous l’apparence d’une jeune réfugiée noire enceinte. Film politique ambitieux, militant (beaucoup de questions liées aux conditions de délabrement mondial restent en suspens) Les fils de l’homme est surtout un grand film de poursuite encadré par deux formidables plans-séquences où la caméra, alerte, à la manière d’un reportage de guerre, suit le héros dans son chemin de croix pour sécuriser celle qui incarne l’avenir du genre humain. D’un guet-apens sauvage en forêt vécu de l’intérieur d’un véhicule au chaos d’une guerre civile dans les ruines d’un camp de réfugiés où Théo (charismatique Clive Owen en héros fatigué) et la jeune femme tentent de se frayer un chemin entre les balles et les explosions, en passant par le refuge d’un hippie joué avec jubilation par Michael Caine, Cuaron orchestre de main de maître une course poursuite effrénée et palpitante. Décidemment à l’aise dans tous les registres, le réalisateur du meilleur Harry Potter de la série livre avec ces Fils de l’homme un grand film d’anticipation mêlant grand spectacle, parabole politique, archétype spirituel avec une exigence formelle et discursive ainsi qu'une force dramatique peu fréquentes dans le genre.

Little Miss Sunshine- Jonathan Dayton & Valérie Faris

medium_40.jpegBienvenue dans l’iconoclaste et vraiment barrée famille Hoover dont les aventures tragi-comiques ont été récompensées au dernier festival américain de Deauville par le Grand Prix.
Autour de la mère Sheryl (Toni Colette) gravite une belle brochette de personnages déjantés: Franck (génial Steve Carrell), son frère suicidaire spécialiste de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après une déception sentimentale, Richard (Greg Kinnear), son époux écrivain tentant désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes" et son beau-père héroïnomane. Puis, parmi ses deux enfants rêveurs, le fils a fait vœu de silence jusqu’à son entrée dans une école de pilote et Olive, la fille de 7 ans binoclarde et un peu boulotte, s’imagine en reine de beauté, en l’occurrence détentrice du prestigieux titre de Little Miss Sunshine. Toute cette joyeuse équipée part, dans un vieux van, sur la route pour la Californie pour présenter la jeune fille au concours de Little Miss Sunshine.
Ce voyage va permettre de souder, au gré de péripéties plus ou moins dramatiques, cette famille non conformiste et légèrement dysfonctionnelle. Au rythme du van fatigué qui ne peut démarrer que par poussée collective (amusant ressort comique qui voit chacun des Hoover courir pour rattraper le véhicule lancé), le récit avance doucement mais avec sûreté entre des scènes drôlatiques explorant le potentiel comique de chacun des personnages à travers ses tares, ses obsessions et des moments d’émotion où se révèlent les failles personnelles entre crise identitaire, déception amoureuse et professionnelle et inhibitions. Les réalisateurs, pour leur premier film, ont réussi un habile dosage entre le rire et l’émotion proche du ton d’un Wes Anderson, un autre brillant cinéaste célébrant les marginaux, les anti-conformistes (voir absolument La famille Tennenbaum). Dans ce cinéma caustique qui érige la dérision en principe catégorique tout en cultivant une vraie tendresse pour ses personnages, l’émotion ne s’impose pas comme dans beaucoup de produits hollywoodiens formatés mais sourd doucement au détour d’un plan, d’un dialogue. Le film, très bien écrit, culmine avec un surréaliste concours de beauté où la jeune héroïne fait face à des concurrentes blondes et manucurées, vraies Barbies en miniature conditionnées militairement par leur entourage à la victoire. L’intrusion de la famille Hoover dans cet univers aseptisé et superficiel est irrésistible : un vent de douce folie bouscule le politiquement correct.
Ce road movie a la forme d’une thérapie familiale où l’amour triomphe in fine des tracas de la vie. En famille il n’y a pas de perdants mais des vainqueurs. Très drôle et touchant.

The Great raid - John Dahl (inédit )

medium_Great_raid.jpegEn janvier 45, un commando de rangers est chargé de délivrer 500 soldats américains prisonniers des Japonais dans les Philippines.

Sorti en août 2005 aux USA ce film de John Dahl (Last séduction, Une virée en enfer) a totalisé la maigre recette de 10M$. Inédit en salles en France et disponible en dvd en zone 1 uniquement, The Great raid souffre de la comparaison avec des films de guerre aussi réussis que Saving Private Ryan, La ligne rouge ou bien encore Frères de sang. Cette extraordinaire épopée humaine et militaire tirée de faits réels où sont exaltés les valeurs d'héroïsme et de solidarité manque de souffle lyrique et d'ampleur romanesque. La mise en scène, trop classique, se perd dans de multiples intrigues parallèles (le commando, la survie de soldats dans un camp de détention, le parcours d'une jeune infirmière qui fournit des médicaments aux prisonniers via un réseau de résistance philippin) avant de tenter de faire étalage de virtuosité dans la dernière demi-heure avec ce grand raid promis dans le titre. L'assaut final, dans la profondeur de la nuit, est difficilement lisible et manque d'intensité. De plus Miramax, producteur et distributeur du film, n'a pas hésité, dans un souci habituel de rassembler divers publics, à plaquer artificiellement sur ce récit guerrier une histoire d'amour, peu crédible, entre l'infirmière rebelle (magnifique Connie Nielsen) et un commandant blessé retenu prisonnier (lymphatique Joseph Fiennes). L'intrigue, découpée en récits parallèles autour d'une mission de sauvetage, les décors, réalistes et soignés, rappellent l'indépassable Pont de la rivière Kwaï. Les amateurs de film de guerre reverront plutôt cet excellent film de David Lean avec l'inoubliable Alec Guiness en commandant courage et obstiné.

Truman Capote - Bennett Miller

medium_truman_capote.jpgConnu pour son livre Breakfeast at Tiffany's paru en 1958, Truman Capote a ouvert en 1965 une nouvelle voie dans la littérature américaine avec In Cold Blood, premier roman de non-fiction: inspiré d'un fait-divers qui a vu dans l'Arkansas une famille massacrée par 2 individus, ce roman à la forme documentaire lui vaudra une reconnaissance mondiale dont l'incroyable impact sonnera la fin de sa carrière littéraire.

Fasciné par ce fait-divers sordide en qui il voit le sujet de son prochain roman, Capote part enquêter sur les lieux du drame et, armé d'un pouvoir de séduction qui fait fureur dans les soirées mondaines, s'attire la confiance d'un des meurtriers. Charmeur, hâbleur, il vampirise progressivement sa victime pour nourrir de ses confidences son oeuvre en gestation. Mensonges, jeu de dupes, accompagnent le processus créatif issu d'un pacte faustien. L'inspiration à n'importe à quel prix: Philip Seymour Hoffman traduit de manière subtile, un regard troublé, une confidence alcoolisée, le délabrement intérieur de Capote, peu à peu rattrapé par sa conscience. Rassasié, ce roublard prédateur abandonne sa victime à sa solitude et sa peur pour se consacrer à la rédaction de son grand oeuvre, souhaitant fébrilement une rapide éxécution des deux meurtriers afin d'oublier cette terrible affaire. Suite au succès fulgurant du livre, Capote, rongé par des démons intérieurs noyés dans l'alcool, sombre dans la déchéance (il ne publiera plus de romans). L'interprétation hallucinante de Philip Seymour Hoffman justement récompensée aux Oscars, la réalisation sobre, sèche de Bennett Miller dessinent par petites touches, de courtes scènes à l'ambiance mélancolique et austère, le portrait saisissant d'un écrivain de génie, pétri de contradictions et d'ambiguïtés, consumé par son art.

Walk the line - James Mangold

medium_walk_the_line.2.jpgUn an après la sortie de Ray pour lequel Jamie Foxx a remporté l’oscar du meilleur acteur sortait Walk The Line, un biopic consacré à Johnny Cash, autre idole américaine de la chanson. Porté par l’interprétation sidérante de Foxx le film de Taylor Hackford est handicapé par une réalisation pompière, tournant trop autour du trauma de l'artiste lié à la mort accidentelle de son jeune frère et ne parvenant pas à faire décoller un récit à la forme classique (enfance, ascension, chute, rédemption) où l’émotion ne parvient pas à affleurer. Cependant les numéraux musicaux sont réussis et le cheminement du processus créatif est bien emmené.

Walk The Line séduit par la magnifique histoire d’amour entre Cash et June Carter qui court tout le film. S’il reprend le schéma narratif de Ray, le film de James Mangold a comme atout ce pivot émotionnel pour mettre en lumière le parcours musical de l’homme en noir. L’attrait du film à la mise en scène discrète et élégante repose en grande partie sur cette relation tumultueuse : mariés chacun de leur côté, parents, dans une époque où le divorce est mal vu, Cash & Carter se marieront 10 ans après leur première rencontre scénique, assez originale. La complicité amoureuse palpable au début de la collaboration musicale de Cash & Carter se mue au fil des années en un amour fusionnel qui va nourrir l’inspiration du chanteur et donner des classiques comme Walk the line ou bien Ring of fire, écrit par June. Séparé par les aléas de la vie de celle qui fait brûler son cœur, Cash se détourne de cette ligne droite; la foi, la morale, les bienséances, le bonheur conjugal volent en éclats. Mangold montre, après le succès qui le voit cotôyer des idoles comme Elvis Presley ou Jerry Lee Lewis, l’addiction à la drogue et à l’alcool, la déchéance de l’homme en noir dès lors que sa relation avec sa muse se complique. Un être vous manque et tout est dépeuplé. Le chemin qui mène à la rédemption débutera aux côtés de June, dans cette maison perdue dans la forêt où Cash, en cure de désintoxication pilotée par la famille de sa partenaire, va retrouver dignité et confiance, un apaisement moral, qui lui permettront par la suite de se transcender lors de l’enregistrement en 1968 du mythique At Folsom Prison. Joaquin Phénix,intense et fiévreux, incarne à merveille cette fêlure intérieure. Son travail de réinterprétation (allure, voix) est remarquable. A ses côtés la lumineuse Reese Witherspoon, lauréate d’un oscar pour ce rôle, interprète également elle-même les chansons de son modèle. Leur alchimie apporte au film une belle touche romantique, irrésistible dans les duos musicaux dont le dernier où Cash interrompt sa chanson pour demander en mariage June Carter, son ange protecteur.

Après 35 ans de vie commune et d’une collaboration artistique unique dans l’histoire de la musique, June Carter décède en mai 2003. 4 mois plus tard Johnny Cash la suit.

Miami Vice - Michael Mann

medium_miami_vice.jpg20 ans après avoir crée et produit la série Miami Vice, Michael Mann transpose pour le grand écran les aventures des policiers Sonny Crockett et Ricardo Tubbs, joués par Colin Farell et Jamie Foxx, infiltrés pour démanteler un trafic de drogue international.

Avec sa coutumière exigence documentaire le réalisateur raconte une opération undercover très dangereuse conduisant le duo de flics amis de Floride au Paraguay, en Uruguay en passant par La Havane sur la piste d’un puissant et redoutable seigneur de la drogue et des taupes responsables de la mort de plusieurs policiers infiltrés. Mais ce qui intéresse Michael Mann semble moins être l’intrigue policière, assez décousue, que cet état undercover et ses répercussions sur la vie sentimentale, familiale et professionnelle de ces agents très spéciaux, condamnés à l’invisibilité. Dissimulation des corps, des mouvements dans cette nuit, magnifiée par l’utilisation de la HD comme pour le chef d’œuvre Collateral, où l’on glisse, silencieux, vers son objectif : sauvetage virtuose de la petite amie de Tubbs, retenue prisonnière dans un mobil-home sous haute surveillance, superbe ballet de off-shore fonçant sur une mer noire. Se pose également la nécessité d’effacer les frontière entre le flic et son ennemi : manoeuvrer de l’autre côté de la loi nécessite de grands talents de comédien et un sang froid à toute épreuve. Dans cette société high-tech régie par l’ultra-visibilité (satellite, caméras de surveillance, portable, sont autant d’outils de contrôle et d’armes pour faire tomber les masques) la dissimulation est une gageure. Ruse et vitesse d'exécution sont les conditions de cette invisibilité. Mann montre des flics tendus, ultra-préparés, condamnés à maintenir la perfection du simulacre : importants moyens logistiques (voiture, avion, off-shore, jouets mécaniques filmés avec emphase), comportement agressif, apparence soignée conditionnent la crédibilité de la couverture et leur survie dans cet univers violent. Cette infiltration en profondeur n’est évidemment pas sans poser des dangers physiques pour soi et ses proches (l’enlèvement de la petite amie de Tubbs) et des problèmes moraux (se prendre au jeu de l’invisibilité pour Crockett qui fricote avec la petite amie du trafiquant ). Comme souvent Mann troue son récit de pause méditative (Crockett contemplant la mer par la fenêtre lors d’une réunion de travail). Dans ce film de genre à la facture classique (exposition, déroulement, résolution) le nombre de plans contemplatifs et la place accordée à la pause romantique des personnages de Farrell et de Gong Li dévient le récit de sa linéarité. En effet, au coeur de l'intrigue policière, Mann consacre beaucoup de temps à l’escapade amoureuse de Crockett et de Gong Li à La Havane : le flic, sans oublier les objectifs de sa mission, goûte au sentiment amoureux sous sa nouvelle identité. Mais comme l’avoue, après une nuit d’amour, Farrell à Gong Li, cette relation n’a pas de passé et pas d’avenir. La mission est prioritaire: à la pause romantique romance succèdent les coups de feu. Le dernier tiers du film est le temps de l’action : après un certain flottement de l’intrigue policière Mann enchaîne deux virtuoses séquences d’actions. La parfaite composition des plans, les mouvements de caméra rapides et précis, le superbe travail sur les effets sonores, le montage nerveux où l’action est toujours lisible, témoignent encore de l’excellence de ce cinéma à l'ambition esthétique et narrative sans cesse renouvelée. Les séquences de fusillade de Collateral, une série de meurtres durant une nuit, s’enchainaient de manière plus fluide ; dans Miami Vice, Mann reprend au 2/3 du film le fil de son intrigue policière juxtaposant brutalement les tours de force dont une fusillade dantesque aussi réussie que celle opposant, dans les rues de Los Andeles de Heat, les collègues de Al Pacino et les hommes de De Niro : un essaim de balles s’abat sur les corps, déchirant la nuit dense et profonde. Les masques tombent.

Je vais bien, ne t'en fais pas - Philippe Lioret

medium_je_vais_bien.jpgDe retour de vacances, Lili, 19 ans, apprend que son frère jumeau a fugué du triste foyer familial et disparu sans laisser de mots. Pressentant une catastrophe, Lili tombe dans l’anorexie.

Sur un sujet grave pouvant donner lieu à des scènes dégoulinantes de sensiblerie pleurnicharde et de pathos, Philippe Lioret livre un film magnifique, pudique et sensible, évitant habilement les écueils du psycho-drame grâce à une mise en scène sans affect et une interprétation magistrale, tout en retenue. Dans cette famille dévastée par la disparition d’un des leurs, les mots sont rares, les émotions retenues, les secrets enfouis. Lili cherche à tirer son père d’un mutisme dans lequel il s’est enfermé depuis trop longtemps, à percer le mystère de cette disparition brutale. Mais le père ne fournit d’autre explication sur ce départ que celle d’une dispute banale à propos de tâche domestique et ce frère si proche ne donne aucun signe de vie. Les mois passant sans nouvelles, la douleur conduit à une violente dépression. Le film raconte le combat de cette jeune fille pour la vérité, pour la vie. L’espoir va renaître avec du courrier envoyé régulièrement et Lili va rejoindre le monde des vivants pour retrouver sa trace. Cette lente remontée vers la lumière va se faire au gré des cartes postales envoyés de différentes villes du pays par ce frère vagabond, au contact d’amis fidèles, d’un amoureux attentif et patient. On suit avec fébrilité l’enquête de cette jeune fille pour retrouver son double et son âme, délitée. Le parcours qui la conduira à réapprendre à vivre est long et difficile.

Lioret peint avec justesse et subtilité une chronique réaliste, intime, pudique, de l’apprentissage de la solitude, de l’émancipation inévitable et difficile d’un cercle familial où la parole est rare et les sentiments inavoués. Tout sonne vrai dans ce film au propos universel : de la difficulté de surmonter la disparition d’un être cher et d’avouer ses sentiments à ses proches.

La qualité du film repose sur une écriture remarquable privilégiant les silences et les non-dits et des acteurs remarquables, les parents blessés Kad Mérad et Isabelle Renaud, excellents dans le registre de la douleur muette et surtout l’extraordinaire Mélanie Laurent, véritable nœud émotionnel de ce drame bouleversant, dont le jeu nuancé entre fragilité et détermination mériterait un César.

13 Tzameti - Gela Babluani

medium_13_tzameti.jpgDans une ville au bord de la mer, Sébastien, 22 ans, répare le toit d'une maison. Le propriétaire meurt d'une overdose après avoir reçu une étrange convocation censée lui rapporter beaucoup d'argent. Sébastien récupère l'enveloppe et décide de prendre sa place. Commence pour lui un jeu de piste qui le mènera jusqu'à un huis-clos clandestin, un monde cauchemardesque où des hommes parient sur la vie d'autres hommes...

Primé à Sundance et Venise, 13 Tzameti a révélé en 2006 un jeune réalisateur français,Gela Babluani. Il tournera prochainement le remake de son film aux USA, produit par la société de production de Brad Pitt.

Le réalisateur s’appuie sur les regards, les silences, les cadrages, dans un N&B qui renvoie aux œuvres en noir de Melville, pour faire monter la tension et instaurer un climat oppressant dans ce jeu cruel, fight club puissance 4 où le jeune héros participe à une cauchemardesque danse de mort. Mais ce cauchemar manque d’intensité émotionnelle : dans A Deer Hunter, aux ressorts dramatiques voisins, les parties de roulettes russes infligées à De Niro et Walken sont autrement plus tendues car Cimino a su tisser avant le drame des relations profondes entres ces personnages, leur insuffler un élan vital réaliste par une profonde étude de caractère qui fait défaut à ce thriller glacé.

En privilégiant l’esthétique sur une solide caractérisation des personnages (absence de motivations, de profil psychologique au profit de l’action) le film tourne à l’exercice de style certes brillant mais d’une radicalité vaine.

Domino - Tony Scott

medium_domino.jpgDe la vie très rockn’roll de Domino Harvey - une jeune fille de Beverly Hills devenue chasseur de primes- Tony Scott livre un film sous acide où le montage épileptique rend fatigante la vision de cette succession de scènes dialoguées avec des personnages hauts en couleur , de fusillades dantesques. En effet le frère de Tony, connu pour la stylisation extrême de ces films (filtres, ralentis, accélérés, jump-cut, flash-back), tend à faire, par un goût assumé pour l’urgence et les afféteries visuelles porté ici à un haut niveau d’incandescence, de cette biopic survoltée, une longue bande-annonce. Si Spy Game (2002), exploration palpitante des arcanes de la CIA sur 30 ans de conflits américain, séduisait par son rythme soutenu qui laissait exister les personnages de Pitt et Redford et sa vision acide de la politique étrangère du gouvernement US, Domino passe à côté d’un sujet fort en se concentrant sur l’expérimentation stylistique. Tony Scott confond dans les scènes d’action vitesse et précipitation et ferait bien de s’inspirer du travail de Michael Mann ou de John Woo dont les virtuoses scènes de fusillades sont toujours lisibles. Le montage au hachoir des scènes d’action et dialoguées constitue un style tape-à-l’œil et outrancier qui ne masque pas une vacuité scénaristique et l’absence de point de vue sur l'histoire incroyable de Domino Harvey. Keira Knightley est charmante, certaines scènes sont franchement hilarantes. Mais Tony Scott est passé à côte de son sujet plus préoccupé par la forme que par le contenu. De cette bouillie visuelle et sonore se dégage le sentiment désagréable de ne pas avoir vu une scène entière.

Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit - Gore Verbinski

medium_pirates.jpgDans ce nouvel opus de l'aventure Pirates des Caraïbes, le toujours aussi excentrique pirate Jack Sparrow est confronté subitement à son passé. Treize ans auparavant, Jack signait un pacte avec Davey Jones, le maître des sept mers, dont l'esprit maléfique n'a d'égal que son apparence tentaculaire. En échange de son âme, ce dernier lui promettait le commandement du mythique Black Pearl... Aujourd'hui, Jones vient donc récupérer sa dette. Mais donner son âme à Jones est sans issue, il n'y a pas de rédemption possible, c'est devenir comme tous les membres de son équipage maudit, un fantôme au physique aussi repoussant que terrifiant. Pour éviter ce sort funeste auquel Jack ne tient pas vraiment, il n'a qu'une solution retrouver le coffre maudit de Jones où sont cachés les âmes emprisonnées.

Sorti en 2003, Pirates des Caraïbes, la malédiction du black Pearl, adapté d’une attraction foraine, constituait un très agréable divertissement et un conséquent succès financier pour Disney et son producteur Jerry Bruckeimer (653 millions de dollars de recettes, cinq nominations aux oscars dont celle du meilleur acteur pour Johnny Depp). Deux ans après cette réussite d’un genre au point mort depuis l’échec retentissant de L’île aux pirates (1996) les producteurs ont décidé de tourner deux suites aux aventures de Jack Sparrow et de sa joyeuse bande (le troisième volet sortira en été 2007).

Dans ce nouveau chapitre dominé par la prestation jubilatoire de Johnny Depp qui atteint des sommets de cabotinage avec son look de rock-star tsigane, ses gestes maniérés, et son attitude ambiguë, le cocktail humour, aventure, horreur fonctionne toujours à merveille. Jouant avec la capacité d’émerveillement du spectateur le film ballade ses personnages dans des décors exotiques de rêve (jungle luxuriante, immense plage de sable fin, vastes étendues maritimes) les confrontant à un monstre mythologique, le Krakken, à des pirates maudits mi-homme mi-coquillage animés par des effets spéciaux plus convaincants que pour l’équipage de morts-vivants du 1er épisode dans des batailles époustouflantes. On retiendra particulièrement un duel ébouriffant réunissant les personnages de Depp, Orlando Bloom, très Errol Flynn, et le commodore déchu Norrington au sommet d’une roue géante dévalant les hauteurs de la jungle pour terminer sa course folle sur la plage où la confrontation reprend de plus belle commentée par la charmante Keira Knightley. Ce second volet alignent les scènes d’action incroyables rehaussées par des effets spéciaux impressionnants et met nettement l’accent sur un burlesque débridé (gesticulations, chutes, traits d’humour comme vecteurs d’un comique cartoonesque) assuré par un Johnny Depp très en forme dans ce rôle culte. En effet un grand vent de déconne souffle sur ces aventures où Depp bouffe toute les scènes. En multipliant les pistes narratives (de multiples personnages nouveaux, des têtes d’affiches séparées une grande partie du film) le film, d'une durée de 150 mn , accuse cependant quelques baisses de rythme et donc dilue la tension dramatique, certains personnages n’ont pas le temps d’acquérir une véritable substance dans ce grand manège qui carbure à une énergie folle. Mais dès que les facéties de Jack Sparrow envahissent l’écran un plaisir jubilatoire étreint l’aventurier des salles obscures qui voguera au bout des océans en 2007 avec ses flibustiers préférés.

Wolf Creek - Greg Mc Lean

medium_wolf_creek.jpgTrois jeunes gens, deux filles et un garçon, partent randonner dans le désert australien. Aux abords de Wolf Creek, un cratère causé par la chute d’une météorite des milliers d’année auparavant, leur voiture tombe en panne. Après quelques heures d’attente ils sont secourus par un routier qui leur propose de réparer chez lui la pièce défectueuse. Ils se croient sauvés. Le vrai cauchemar commence.

Si le résumé de Wolf Creek ne le distingue à priori pas d’un slasher classique tel le remake raté de Massacre à la tronçonneuse, son traitement réaliste en fait un objet horrifique singulier. Filmé en dv par un réalisateur australien fasciné par l’intrusion du Dogme dans le cinéma européen, le film présente une longue exposition de 45 mn : entre fête arrosée, confidences intimes autour d’un feu de camp, randonnée à l’ambiance fantasmagorique dans un cratère dans le désert australien, Greg Mc Lean prend le temps de doter ses trois héros d’une certaine épaisseur psychologique et d’un capital sympathie nécessaire pour l’identification avec le spectateur avant de les plonger dans l’horreur rustique à mi-chemin entre Délivrance et La colline a des yeux. Tombés en panne d’essence ils vont être secourus par un routier sympathique style Crocodile Dundee qui va, au cours d’une bonne scène de discussion décontractée au coin du feu virant progressivement aigre, révéler son vrai visage : la dégénérescence assoiffée de meurtre. La tension est maintenue jusqu’au bout par un souci de réalisme, cautionné par l’habile mention liminaire « inspiré de faits réel » : caméra portée, lumière naturelle, réelle densité des décors, des ambiances. La plongée dans l’horreur n’en est que plus effrayante. Et ce cauchemar Greg Mc Lean n’en montre que partiellement ou bien en prenant de la distance les évènements sanglants ; loin d’une violence gore inhérente au slasher se délectant des mutilations et déchirures sanglantes (Massacre 03, Hostel) il fait ressentir telle atrocité plus qu’il ne montre grâce à un montage cut jouant sur les effets sonores, choisit de montrer telle action du point de vue d’un personnage ou bien cadre en plan large tel meurtre.

Greg Mc Lean a bien assimilé les codes du film de terreur pour proposer un récit horrifique ancré dans une réalité douloureuse (sur les 30 000 personnes qui disparaissent chaque année en Australie seuls 10°/° sont retrouvés) via une caméra dv révélant la puissance dramatique du désert et doté d’un rythme singulier fait de respiration et de fulgurance.

The Constant Gardener - Fernando Meirelles

medium_constant_gardener.jpgAu Kenya, Tessa Kayle, l’épouse d’un diplomate anglais, est retrouvé sauvagement assassinée. Son mari, Justin, va reprendre son enquête concernent un médicament contre la tuberculose administrée à la population séropositive.

Adapté d’un des meilleurs romans de John Le Carré, The Constant gardener, réalisé par le brésilien Fernando Meirelles, constitue sous ses airs de thriller haletant et nerveux un vibrant réquisitoire contre les pratiques des laboratoires pharmaceutiques en Afrique. Meirelles utilise décoloration des pellicules et caméra très mobile au service d’une interprétation de grande classe dominée par l’excellent Ralph Fiennes, subtil et intense, et d’une démonstration politique qui fait froid dans le dos. La mise en scène nerveuse se fait aussi contemplative : magnifiques paysages et regards d’un continent et d’un peuple miséreux exploité par les occidentaux mais surtout superbes moments d’intimité d’une histoire d’amour éternel entre ce diplomate jardinier et sa jeune femme assassinée jouée avec talent par Rachel Weisz. En effet l'épine dorsale du film est constituée par la touchante romance, détaillée au gré de flash-back dont une sublime scène d'étreintes passionnées dans une lumière incandescente, entre ce diplomate secret et sa jeune épouse passionnée par un continent dont Meirelles restitue à merveille l'atmosphère, les sensations. Depuis La cité de Dieu (02) le style s’est affiné pour mieux servir un propos altermondialiste porté par une exigence de vérité, enrobé dans une singulière histoire d’amour.

Ce grand film aux ambitions stylistiques et politiques indiscutables bouleverse par son touchant chant d’amour pour l’Afrique, vaste continent ravagé par la famine et la maladie pour qui ces deux amants magnifiques ont lutté unis par un amour indéfectible.

Takeshi's - Takeshi Kitano

medium_takeshi_s.jpgLes trajectoires mêlées de Beat Takeshi, star du show-biz et de Mr Kitano, épicier apprenti acteur.

Takeshi Kitano, un des plus grands cinéastes japonais contemporains, a décidé avec ce Takeshi’s, initialement nommé Fractal, d’aborder un nouveau cycle de projets cinématographiques. Après des films aussi différents que Sonatine(93), Hana-Bi (97), L’été de Kijukiro(99), Dolls(02) ou bien encore Zaitochi(03), récits linéaires poétiques, violents, burlesques inscrits dans des genres divers comme le film de yakuzas, la chronique enfantine, l’hommage au théâtre Nô et au film de sabre, Beat Takeshi opère avec ce film déroutant une entreprise de déstructuration du récit, du temps. A la manière des surréalistes et des cubistes le matériau d’étude est le temps, le rêve, soi-même. Déstructuration du temps, du corps, du personnage de Beat Takeshi : le personnage public star du petit écran et du cinéma donc, un deuxième Takeshi épicier rêvant de devenir acteur, en fait un personnage rêvé par Takeshi puis le réalisateur nous livrant cet objet singulier, déstabilisant par l'absence de liant entre les scènes. En effet le film avance par ruptures temporelles, de genre, au gré de saynètes burlesques, d’éclats de violence, de numéros dansés, juxtaposition étrange, irrationnelle de situations parfois très étirées en longueur. On retrouve dans ce film-collage des acteurs fétiches du cinéaste interprétant plusieurs rôles, des figures de style et des thèmes propres à ce cinéma à la fois violent, burlesque et poétique qui vire ici vers l'expérience esthétique et la révélation d’un paysage mental travaillé par le rire, le désespoir, la peur. Takeshi Kitano a donc délaissé la narration traditionnelle pour une forme éclatée, instable, qui ne raconte pas une histoire comme le fait Kurosawa dans Rashomon par exemple à travers la description d'un événement selon différents points de vue, mais dit la dualité de l’être, la schizophrénie accentuée par l’état de rêve. Le cinéaste a puisé dans son univers de manière plus ou moins consciente pour livrer in fine une méditation sur soi-même, un exercice psychanalytique révélant noirceur, inquiétude et humour, politesse du désespoir, la mort courant souvent en filigrane dans son cinéma , dans cet objet singulier, un film « destructeur, pour casser un cinéma qui serait encore resté à l’ère impressionniste ».

The Descent - Neil Marshall

medium_the_descent.jpgEn plein milieu du massif des Appalaches, six jeunes femmes se donnent rendez-vous pour une expédition spéléologique. Soudain, un éboulement bloque le chemin du retour. Alors qu'elles tentent de trouver une autre issue, elles réalisent qu'elles ne sont pas seules. Quelque chose est là, sous terre, avec elles... Quelque chose de terriblement dangereux décidé à les traquer une à une...

Porté par un charmant casting féminin, ce deuxième long métrage du réalisateur britannique Neil Marshall (Dog Soldiers) épate par la subtile montée de la tension orchestrée durant 45 mn avant une seconde partie efficace à défaut d’être originale qui lorgne du côté du fantastique avec un récit de survival brutal. En effet le film, après une présentation rapide des protagonistes axée autour du trauma de l’héroïne, prend le temps de distiller un climat oppressant durant cette descente au cœur des ténèbres : situations acrobatiques périlleuses, environnement sonore étrange, apparition furtive monstrueuse. De cette forêt brumeuse inquiétante jusqu’aux entrailles de la terre où personne ne vous entendra crier, une sensation de danger, un trouble anxiogène plane, jouant habilement avec les nerfs du spectateur grâce à une mise en scène élégante fascinée par l’obscurité et un hors champ de plus en plus inquiétant. Puis l’horreur présente son visage le plus terrifiant et le montage des tendances épileptiques : des cannibales aveugles attaquent avec rapidité et avidité nos héroïnes devant composer avec un terrain dangereux, obscur et leur propre part d’ombre; entre actes de trahison, éclairs de pure sauvagerie, la morale est mise à mal. Mélangeant habilement horreur et psychologie ce film d'angoisse fait appel à nos phobies profondes (obscurité, claustrophobie), met à jour des pulsions primitives enfouies en chaque être humain et réveillées en situation extrême, de survie, pour un voyage au bout de la nuit éprouvant dont la remarquable montée en puissance de la terreur en fait un sommet du film d’épouvante.

Nobody knows - Kore, Eda Hirokazu

medium_nobody_knows.jpgQuatre enfants vivent avec leur mère dans un petit appartement à Tokyo. Ils sont tous de pères différents et ne sont jamais allés à l’école. Un jour leur mère disparaît…Ainsi commence une nouvelle vie pour ces enfants livrés à eux-mêmes, une vie que « nobody knows ».

S’inspirant d’un fait divers Hirokazu filme comme un documentaire cette lente descente aux enfers de ces enfants livrés à eux-mêmes suite au départ d’une mère infantile et insouciante. Le cinéaste enregistre en de courtes scènes, répétitives, le moindre instant du quotidien de ces quatre enfants ; le film aurait gagné à être plus resserré mais sans doute la profonde empathie avec les personnages est à ce prix : chaque jour est un combat pour survivre. Le passage du temps est marqué par la détérioration progressive des habits, chaussures, des conditions de vie et d’hygiène dans cet appartement qui d’un terrain de jeu au départ (bonheur de la transgression suite au départ de l’autorité parentale : sortie dans les rues de Tokyo, jeux vidéo en nocturne…) devient un sanctuaire. Sur quatre saisons le film raconte le combat desespéré de ces petits fantômes oubliés dans un purgatoire par la négligence, l’égoïsme des adultes (mère et pères, voisins) pour exister. Fuyant tout sentimentalisme ou mièvrerie, ce conte cruel sur l’enfance brisée bouleverse par ses silences, des regards mélancoliques qui disent l’infinie tristesse d’être abandonné et privé d’amour et de joie.Un film qui s’accroche à la mémoire.

MI3 - JJ Abrams

medium_MI3.2.jpgEthan espérait avoir tourné une page en quittant le service actif de la Force Mission Impossible pour un poste de formateur ; pouvoir enfin mener une vie "normale", se consacrer tout entier à sa ravissante épouse, Julia...Mais lorsque Lindsey, la plus brillante recrue de l'IMF "tombe" à Berlin, Ethan se sent moralement obligé de lui porter secours. Assisté de ses fidèles coéquipiers Luther, Zhen et Declan, il infiltre le repaire du trafiquant Owen Davian et arrache la jeune femme des mains d'une quinzaine de ses sbires. Trop tard : quelques instants plus tard, une mini-capsule de magnésium explose dans la tête de Lindsey, la tuant sur le coup. Davian avait tout prévu...Pour Ethan, c'est bien plus qu'un ratage - c'est une faillite personnelle dont il lui faut au plus vite se racheter.

Après Brian De Palma et John Woo, le petit prodige de la série US (Alias, Lost) JJ Abrams est aux commandes de cette nouvelle mission impossible et propose au spectateur un concentré d’action pure : Cruise plus physique et invulnérable que jamais court, saute, tire, dans des aventures plus explosives que celles des deux volets réunis.

Là où De Palma instaurait une tension paranoïaque, un climat anxiogène par une mise en scène fluide et élégante(les scènes à Prague et à Langley constituent de grand moments de suspense) et John Woo faisait montre d’un lyrisme échevelé par un montage virtuose dont il a les secrets (superbe utilisation de l’espace lors des scènes de combats), JJ Abrams monte très cut l’action au point que l’on a désagréable impression de se trouver par moments devant un film de Michael Bay.
Dans sa tentative d’humaniser le personnage de Tom Cruise, le réalisateur intercale, entre les nombreux gunfight, poursuites et explosions s’enchainant à un rythme métronomique,des scènes intimes, romantiques, assez laborieuses, entre Ethan Hunt et sa fiancée qui ignore tout de ses activités d’espion. On pense bien sûr à True Lies, Mr & Mrs Smith mais surtout à Alias où JJ Abrams parvenait sur la durée à rendre touchante la vie de son espionne de choc écartelée entre obligations professionnelles et vie amoureuse.
En changeant de format, tenu de respecter un cahier des charges particulièrement lourd en scènes d’action, suite oblige, le réal ne dispose que peu de temps pour croquer ses personnages et leur donner une épaisseur psychologique. En effet le personnage de Michelle Monaghan est sacrifié de même que les membres de l’équipe Mission impossible relégués au rang de faire-valoir d'un Tom Cruise de tous les plans. Reste le méchant assez savoureux joué par l’excellent Philip Seymour Hoffman, à la recherche de la Patte de Lapin, mystérieux Mc Guffin prétexte à de rocambolesques aventures : entre le sauvetage d’un agent dans un hangar à Berlin, l’attaque d’un convoi sur un pont par un groupe armé à la technologie militaire, une glissade sur le toit d’un building et une course-poursuite dans les rues de Shangaï, missions orchestrés à l’aide de gadgets à faire rougir Q, les amateurs d’action survitaminée seront comblés.

Renaissance - Christian Volckman

medium_renaissance.jpgEn 2054, à Paris, une jeune scientifique, Ilona Tasuiev est enlevée. L’inspecteur Karas mène l’enquête.Il se retrouve vite plongé au cœur d’un complot, dont l’enjeu est la survie du genre humain.

Le monde de l’animation 3D dont les studios Pixar et Dreamworks constituent le parangon devra désormais compter avec l’équipe d’Attitude, jeune studio français. Renaissance est en effet une réussite technique incontestable : graphisme somptueux, un N&B contrasté digne de Frank Miller et son Sin City, animation hyperréaliste grâce au procédé de motion capture appliqué pour la première fois au cinéma avec réussite au rendu des regards sont convoqués pour offrir au spectateur une aventure magique. Jamais des personnages humains en 3D n’ont été aussi convaincants. Les scènes d’action dans un Paris labyrinthique et pluvieux sont bluffantes de même que les scènes plus intimes, psychologiques où les regards, les gestes, les non-dits prennent le pas sur les dialogues souvent laborieux. Le décor, un Paris étagé et surpeuplé où les riches s’offrent des nids d’aigle (superbe scène d’interrogatoire-séduction entre Karas et Ilona, la sœur de Ilona, où les reflets, la pluie sur les vitres du loft de cette dernière ajoutent à l’ambiguité des personnages), est un impressionnant terrain de jeu pour des courses poursuites en voiture ou à pied. Si l’intrigue paraît assez convenue, empruntant aux codes du polar (flic solitaire, femme mystérieuse) et convoquant un pan conséquent de la S-F(un soupçon de Bilal et d’Oshii, une louche de K-Dick) la maîtrise technique inscrit le film comme une réussite majeure du film d’animation 3D mondial.