12 mars 2007

Apocalypto - Mel Gibson

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Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation Maya.
Jeune chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d'un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux Dieux de la Cité Maya, il découvre un monde régi par la peur et l'oppression, dans lequel une fin déchirante l'attend inéluctablement. Poussé par l'amour qu'il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à coeur.


Tout comme le précédent, La Passion du Christ, gros succès mondial en 2004, le dernier film de Mel Gibson, Apocalypto, une fresque pleine de bruit et de fureur sur la décadence de la civilisation maya, est la cible de controverses. Après avoir réalisé Braveheart (1995), un chef d’œuvre épique couronné par les Oscars dont l’intense réalisme des batailles constituent une référence inégalée, Gibson déçoit avec sa lecture de la Passion du Christ, un interminable défilé de scènes de tortures que l’usage abusif de ralentis rend complaisantes et éprouvantes doublé d’une représentation nauséabonde du peuple juif.

Apocalypto a pour ambition d’orchestrer, en langue yucatèque, une chasse à l’homme haletante dans une fresque épique tout en évoquant une civilisation disparue. Selon les historiens Gibson a pris des libertés avec l’histoire en présentant le peuple maya comme des sauvages sanguinaires et en occultant le raffinement d’une civilisation qui connaissait les mathématiques, l’astronomie. Il lui est également reproché d’utiliser un mélange de yucatèque ancien et contemporain et d’avoir fait tourné dans l’Etat de Véracruz (au lieu du Mexique) des acteurs non-maya dans les premiers rôles aux côtés de figurants mayas. Les critiques américains n’ont bien sûr pas épargné Gibson, après sa gore Passion, pour la sauvagerie et la brutalité d’Apocalypto qui, remettons les choses en place, n’est pas le film le plus violent jamais vu ni digne de la barbarie nazi comme des journalistes du N-Y Times et du Los Angeles Times l’ont perçu. Rappelons que la violence est un sujet majeur du cinéma américain (de Naissance du Nation en 1915 à Gangs of N-Y en 2002 par exemple) et un fonds de commerce plus que jamais lucratif : voir le succès de Saw et Hostel où la torture est le sujet du film, un spectacle proche des snuff-movies. La filmographie de Gibson (L’arme fatale, Payback, Patriot: pulsions autodestructrices, mutilations, torture, vengeance) et sa biographie certes révèle une certaine fascination pour la violence mais cette violence qui est au cœur de ses personnages et à l’écran est sans doute l’expression d’un désarroi profond face à la force des démons intérieurs à combattre, le produit de la peur, sentiment que doit combattre dans Apocalypto notre héros pour se réaliser en tant qu'homme et accomplir sa destinée.

medium_11.6.jpegApocalypto est un thriller historique relatant le déclin d’une civilisation précolombienne très évoluée mais coutumière de sacrifices humains. Dans le cadre d’un divertissement et non un documentaire anthropologique, Gibson rappelle (animé par une foi chrétienne proche des fondamentalistes pour qui l’Apocalypse menace toute civilisation même les cultures les plus civilisées) que toute civilisation porte en elle les germes de sa propre destruction : croyances, cupidité, excès de consommation, dégradation de l’environnement. Les passerelles avec l’Histoire passée comme contemporaines sont diverses. Il est également question dans cette épopée ambitieuse comme dans l’épique et puissant Braveheart de fraternité, d’amour, d'héritage paternel, de sacrifice. Avec un grand souci d’authenticité (langue, costumes, architecture) Gibson orchestre, dans de splendides décors et avec une puissance visuelle impressionnante, une fresque violente sur la déchéance de la civilisation maya par le prisme des aventures épiques d'un jeune chasseur enlevé à sa famille pour être offert en sacrifice aux dieux et acteur d'une des plus intense chasse à l’homme du cinéma. Le morceau central est une traque effrénée dans la forêt sublimée par la caméra numérique Génésis. Apocalypto constitue un spectacle efficace avec une mise en scène constamment en mouvement, une aventure palpitante au casting réussi qui nous conduit des pyramides protohonduriennes à une luxuriante forêt et des chutes vertigineuses, de processions martiales et rites sacrificiels à un sprint infernal avec une fureur et une viscéralité peu communes.

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