12 mars 2007

Je vais bien, ne t'en fais pas - Philippe Lioret

medium_je_vais_bien.jpgDe retour de vacances, Lili, 19 ans, apprend que son frère jumeau a fugué du triste foyer familial et disparu sans laisser de mots. Pressentant une catastrophe, Lili tombe dans l’anorexie.

Sur un sujet grave pouvant donner lieu à des scènes dégoulinantes de sensiblerie pleurnicharde et de pathos, Philippe Lioret livre un film magnifique, pudique et sensible, évitant habilement les écueils du psycho-drame grâce à une mise en scène sans affect et une interprétation magistrale, tout en retenue. Dans cette famille dévastée par la disparition d’un des leurs, les mots sont rares, les émotions retenues, les secrets enfouis. Lili cherche à tirer son père d’un mutisme dans lequel il s’est enfermé depuis trop longtemps, à percer le mystère de cette disparition brutale. Mais le père ne fournit d’autre explication sur ce départ que celle d’une dispute banale à propos de tâche domestique et ce frère si proche ne donne aucun signe de vie. Les mois passant sans nouvelles, la douleur conduit à une violente dépression. Le film raconte le combat de cette jeune fille pour la vérité, pour la vie. L’espoir va renaître avec du courrier envoyé régulièrement et Lili va rejoindre le monde des vivants pour retrouver sa trace. Cette lente remontée vers la lumière va se faire au gré des cartes postales envoyés de différentes villes du pays par ce frère vagabond, au contact d’amis fidèles, d’un amoureux attentif et patient. On suit avec fébrilité l’enquête de cette jeune fille pour retrouver son double et son âme, délitée. Le parcours qui la conduira à réapprendre à vivre est long et difficile.

Lioret peint avec justesse et subtilité une chronique réaliste, intime, pudique, de l’apprentissage de la solitude, de l’émancipation inévitable et difficile d’un cercle familial où la parole est rare et les sentiments inavoués. Tout sonne vrai dans ce film au propos universel : de la difficulté de surmonter la disparition d’un être cher et d’avouer ses sentiments à ses proches.

La qualité du film repose sur une écriture remarquable privilégiant les silences et les non-dits et des acteurs remarquables, les parents blessés Kad Mérad et Isabelle Renaud, excellents dans le registre de la douleur muette et surtout l’extraordinaire Mélanie Laurent, véritable nœud émotionnel de ce drame bouleversant, dont le jeu nuancé entre fragilité et détermination mériterait un César.

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