12 mars 2007

Les fils de l'homme - Alfonso Cuaron

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Avec Alexandro Inarritu (Amores perros, 21 grammes), Guillermo Del Toro (L’échine du diable, Hellboy, Blade 2) et Alfonso Cuaron (Y tu mama tambien, Harry Potter et le prince d’Azakban) forment le trio de réalisateurs mexicains le plus passionnant du moment (Cuaron produit Le labyrinthe) : sans rien perdre de leurs exigences et de leurs ambitions ils ont réussi des œuvres puissantes au sein du système hollywoodien.


Après le road-movie romantique (Y tu mama tambien) et le fantastique gothique (Harry Potter) il livre une adaptation libre très réussie du roman d’anticipation de P.D James.

En 2027 l’humanité est en perdition. Les femmes sont devenues stériles. Aucune naissance n’a été enregistrée depuis 18 ans. Dans une Angleterre qui, pour se préserver du chaos mondial, a adopté un régime totalitaire, Théo (Clive Owen ), ancien activiste devenu bureaucrate, est kidnappé par une organisation révolutionnaire dirigée par son ex (Julianne Moore). Sa mission : aider une jeune femme enceinte à traverser la frontière.

De ce tableau apocalyptique du monde en 2027 se dégage d’emblée une grande crédibilité des décors, de l’environnement sombre, des costumes, du contexte politique, économique et social. A l’image pas de gadgets high-tech, de sophistication architecturale ou automobile mais un réalisme poisseux glaçant. L’Angleterre est un microcosme où s’agitent tous les problèmes actuels du monde : terrorisme religieux, immigration clandestine, épuisement des ressources. Le film dégage de fortes résonances avec notre actualité. Cuaron y critique subtilement les politiques du tout sécuritaire, de lutte contre l’immigration. Dans cet univers violent et désespéré où la tyrannie a pris le visage de la démocratie, une lueur d’espoir apparaît sous l’apparence d’une jeune réfugiée noire enceinte. Film politique ambitieux, militant (beaucoup de questions liées aux conditions de délabrement mondial restent en suspens) Les fils de l’homme est surtout un grand film de poursuite encadré par deux formidables plans-séquences où la caméra, alerte, à la manière d’un reportage de guerre, suit le héros dans son chemin de croix pour sécuriser celle qui incarne l’avenir du genre humain. D’un guet-apens sauvage en forêt vécu de l’intérieur d’un véhicule au chaos d’une guerre civile dans les ruines d’un camp de réfugiés où Théo (charismatique Clive Owen en héros fatigué) et la jeune femme tentent de se frayer un chemin entre les balles et les explosions, en passant par le refuge d’un hippie joué avec jubilation par Michael Caine, Cuaron orchestre de main de maître une course poursuite effrénée et palpitante. Décidemment à l’aise dans tous les registres, le réalisateur du meilleur Harry Potter de la série livre avec ces Fils de l’homme un grand film d’anticipation mêlant grand spectacle, parabole politique, archétype spirituel avec une exigence formelle et discursive ainsi qu'une force dramatique peu fréquentes dans le genre.

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