12 mars 2007

Little Miss Sunshine- Jonathan Dayton & Valérie Faris

medium_40.jpegBienvenue dans l’iconoclaste et vraiment barrée famille Hoover dont les aventures tragi-comiques ont été récompensées au dernier festival américain de Deauville par le Grand Prix.
Autour de la mère Sheryl (Toni Colette) gravite une belle brochette de personnages déjantés: Franck (génial Steve Carrell), son frère suicidaire spécialiste de Proust fraîchement sorti de l’hôpital après une déception sentimentale, Richard (Greg Kinnear), son époux écrivain tentant désespérément de vendre son "Parcours vers le succès en 9 étapes" et son beau-père héroïnomane. Puis, parmi ses deux enfants rêveurs, le fils a fait vœu de silence jusqu’à son entrée dans une école de pilote et Olive, la fille de 7 ans binoclarde et un peu boulotte, s’imagine en reine de beauté, en l’occurrence détentrice du prestigieux titre de Little Miss Sunshine. Toute cette joyeuse équipée part, dans un vieux van, sur la route pour la Californie pour présenter la jeune fille au concours de Little Miss Sunshine.
Ce voyage va permettre de souder, au gré de péripéties plus ou moins dramatiques, cette famille non conformiste et légèrement dysfonctionnelle. Au rythme du van fatigué qui ne peut démarrer que par poussée collective (amusant ressort comique qui voit chacun des Hoover courir pour rattraper le véhicule lancé), le récit avance doucement mais avec sûreté entre des scènes drôlatiques explorant le potentiel comique de chacun des personnages à travers ses tares, ses obsessions et des moments d’émotion où se révèlent les failles personnelles entre crise identitaire, déception amoureuse et professionnelle et inhibitions. Les réalisateurs, pour leur premier film, ont réussi un habile dosage entre le rire et l’émotion proche du ton d’un Wes Anderson, un autre brillant cinéaste célébrant les marginaux, les anti-conformistes (voir absolument La famille Tennenbaum). Dans ce cinéma caustique qui érige la dérision en principe catégorique tout en cultivant une vraie tendresse pour ses personnages, l’émotion ne s’impose pas comme dans beaucoup de produits hollywoodiens formatés mais sourd doucement au détour d’un plan, d’un dialogue. Le film, très bien écrit, culmine avec un surréaliste concours de beauté où la jeune héroïne fait face à des concurrentes blondes et manucurées, vraies Barbies en miniature conditionnées militairement par leur entourage à la victoire. L’intrusion de la famille Hoover dans cet univers aseptisé et superficiel est irrésistible : un vent de douce folie bouscule le politiquement correct.
Ce road movie a la forme d’une thérapie familiale où l’amour triomphe in fine des tracas de la vie. En famille il n’y a pas de perdants mais des vainqueurs. Très drôle et touchant.

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