12 mars 2007

Miami Vice - Michael Mann

medium_miami_vice.jpg20 ans après avoir crée et produit la série Miami Vice, Michael Mann transpose pour le grand écran les aventures des policiers Sonny Crockett et Ricardo Tubbs, joués par Colin Farell et Jamie Foxx, infiltrés pour démanteler un trafic de drogue international.

Avec sa coutumière exigence documentaire le réalisateur raconte une opération undercover très dangereuse conduisant le duo de flics amis de Floride au Paraguay, en Uruguay en passant par La Havane sur la piste d’un puissant et redoutable seigneur de la drogue et des taupes responsables de la mort de plusieurs policiers infiltrés. Mais ce qui intéresse Michael Mann semble moins être l’intrigue policière, assez décousue, que cet état undercover et ses répercussions sur la vie sentimentale, familiale et professionnelle de ces agents très spéciaux, condamnés à l’invisibilité. Dissimulation des corps, des mouvements dans cette nuit, magnifiée par l’utilisation de la HD comme pour le chef d’œuvre Collateral, où l’on glisse, silencieux, vers son objectif : sauvetage virtuose de la petite amie de Tubbs, retenue prisonnière dans un mobil-home sous haute surveillance, superbe ballet de off-shore fonçant sur une mer noire. Se pose également la nécessité d’effacer les frontière entre le flic et son ennemi : manoeuvrer de l’autre côté de la loi nécessite de grands talents de comédien et un sang froid à toute épreuve. Dans cette société high-tech régie par l’ultra-visibilité (satellite, caméras de surveillance, portable, sont autant d’outils de contrôle et d’armes pour faire tomber les masques) la dissimulation est une gageure. Ruse et vitesse d'exécution sont les conditions de cette invisibilité. Mann montre des flics tendus, ultra-préparés, condamnés à maintenir la perfection du simulacre : importants moyens logistiques (voiture, avion, off-shore, jouets mécaniques filmés avec emphase), comportement agressif, apparence soignée conditionnent la crédibilité de la couverture et leur survie dans cet univers violent. Cette infiltration en profondeur n’est évidemment pas sans poser des dangers physiques pour soi et ses proches (l’enlèvement de la petite amie de Tubbs) et des problèmes moraux (se prendre au jeu de l’invisibilité pour Crockett qui fricote avec la petite amie du trafiquant ). Comme souvent Mann troue son récit de pause méditative (Crockett contemplant la mer par la fenêtre lors d’une réunion de travail). Dans ce film de genre à la facture classique (exposition, déroulement, résolution) le nombre de plans contemplatifs et la place accordée à la pause romantique des personnages de Farrell et de Gong Li dévient le récit de sa linéarité. En effet, au coeur de l'intrigue policière, Mann consacre beaucoup de temps à l’escapade amoureuse de Crockett et de Gong Li à La Havane : le flic, sans oublier les objectifs de sa mission, goûte au sentiment amoureux sous sa nouvelle identité. Mais comme l’avoue, après une nuit d’amour, Farrell à Gong Li, cette relation n’a pas de passé et pas d’avenir. La mission est prioritaire: à la pause romantique romance succèdent les coups de feu. Le dernier tiers du film est le temps de l’action : après un certain flottement de l’intrigue policière Mann enchaîne deux virtuoses séquences d’actions. La parfaite composition des plans, les mouvements de caméra rapides et précis, le superbe travail sur les effets sonores, le montage nerveux où l’action est toujours lisible, témoignent encore de l’excellence de ce cinéma à l'ambition esthétique et narrative sans cesse renouvelée. Les séquences de fusillade de Collateral, une série de meurtres durant une nuit, s’enchainaient de manière plus fluide ; dans Miami Vice, Mann reprend au 2/3 du film le fil de son intrigue policière juxtaposant brutalement les tours de force dont une fusillade dantesque aussi réussie que celle opposant, dans les rues de Los Andeles de Heat, les collègues de Al Pacino et les hommes de De Niro : un essaim de balles s’abat sur les corps, déchirant la nuit dense et profonde. Les masques tombent.

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