30 avr. 2007

Demande à la poussière - Robert Towne

Los Angeles a toujours été la ville de tous les rêves. Même dans les années trente, alors que les Etats-Unis sombraient dans la grande Dépression, chacun s'y pressait, venu de tous les horizons, en espérant y saisir une chance de bonheur ou la fortune. Alors que le pays basculait dans la misère, la ville paraissait plus dorée que jamais... Pour la belle Camilla Lopez, le seul moyen d'échapper à sa condition est d'épouser un riche américain ; mais sa rencontre avec Arturo Bandini, fils d'immigrants italiens, va tout compliquer. Pour sa part, il rêve de devenir un romancier célèbre et d'épouser une superbe blonde... Elle, mexicaine, et lui, américain, voient leurs communautés prêtes à s'affronter pendant qu'ils se heurtent, combattant leur époque, la ville et leurs propres limites, à la poursuite de leur destin...

Scénariste entre autres des deux premiers Mission Impossible, Robert Towne adapte pour son quatrième film de réalisateur l'excellent Demande à la poussière (1939) de John Fante, un roman suitant la poussière, la chaleur, l'amour "écrit avec les tripes et le coeur" selon Charles Bukowski. Difficile de retrouver dans cette version académique assez ripolinée (reconstitution, lumières trop clinquantes) flirtant avec le mélo l'atmosphère rude et poétique de ce Los Angeles où s'est égaré le jeune Arthuro Bandini, écrivain en herbe en panne d'inspiration. Eloge de la débrouille et du vagabondage, réalisme poétique de la misère et de la dèche, sensualité des échanges amoureux font tout le sel de ce mythique roman qui a influencé Bukowski, Jim Harrison et qu'on peine à retrouver à l'écran malgré le savoir-faire de Towne et de son piquant duo Colin Farrell/Salma Hayek. Et quel dommage d'avoir changé la fin du roman, désabusée et mystérieuse pour cette conclusion mélodramatique digne d'un roman de gare. Le film de Towne, trop lisse et apprêté dans sa recréation d'un L.A des années 30 et des rapports amoureux pour rendre justice à un récit solaire et désespéré d'une liaison sulfureuse et d'un parcours existentiel plein de désenchantement et d'humour, constitue néammoins une piste agréable pour découvrir ou redécouvrir ce magnifique texte de John Fante, édité dans une très bonne édition 10/18 préfacée par Bukowski :"Je saute de ma fenêtre et je remonte la pente jusqu'en haut de Bunker Hill. Une nuit qu'il fait bon respirer, une vraie fête pour le nez, comme ça à sentir les étoiles, les fleurs, le désert, et la poussière qui joue les marchands de sable sur Bunker Hill".

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