31 mai 2007

Elle s'appelle Sabine - Sandrine Bonnaire

Quinzaine des réalisateurs

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, ce documentaire réalisé par l'actrice Sandrine Bonnaire est une bouleversante déclaration d'amour à une soeur malade diagnostiquée à 38 ans "psycho infantile avec comportements autistiques". Ce premier film a été tourné entre juin 06 et janvier 07 en Charente dans un centre d'accueil médicalisé où Sabine vit depuis quelques années. Bonnaire fait se succéder images d'aujourd'hui et vidéos de famille où Sabine qui n'était pas dépendante resplendit de joie, de grâce. Ce montage alterné entre passé et présent souligne la dégradation de l'état de santé de Sabine. L'émotion affleure dans ces plans enjoués du passé contrastant avec un quotidien difficile : Sabine rit, dit son bonheur d'être en vacances aux Etats-Unis avec sa soeur, joue en virtuose du piano. La caméra multiplie les gros plans sur Sabine désormais, grosse et amorphe, enfermée dans ce centre médicalisé et dans son univers, en proie à des accès de colère fulgurants, à des soliloques incessants (elle implore constamment sa soeur de venir "la voir demain") et des sommeils fréquents (la caméra aimante berçe Sabine dans ses rêves). Grave, quand il égratigne au passage les institutions psychiatriques où pendant cinq ans de traitement la santé de Sabine a considérablement décliné avant de remonter légèrement dans ce centre d'accueil médicalisé, le documentaire est également un hommage au métier difficile d'éducateur, vecteur de joie dans ce petit groupe de malades très attachants (comique des échanges verbaux entre Sabine et Olivier, jeune éplileptique). Pudique et digne, ce premier film d'une grande comédienne est un portrait de femme poignant
.

29 mai 2007

Le palmarès du 60e Festival de Cannes

Palme d'or : 4 mois, 3 semaines et 2 jours, de Cristian Mungiu (Roumanie).
Grand Prix : La Forêt de Mogari, de Naomi Kawase (Japon, France).
Prix d'interprétation féminine : Jeon Do-yeon dans Secret Sunshine, de Lee Chang-dong (Corée du Sud).
Prix d'interprétation masculine : Konstantin Lavronenko dans Le Bannissement, d'Andreï Zviaguintsev (Russie).
Prix de la mise en scène : Julian Schnabel pour Le Scaphandre et le papillon (France).
Prix du scénario : Fatih Akin pour son film De l'autre côté (Allemagne, Turquie).
Prix du jury (ex aequo) : Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Parronaud (France), et Lumière silencieuse, de Carlos Reygadas (Mexique, France, Pays-Bas).
Prix du 60e anniversaire : Gus Van Sant pour Paranoid Park (Etats-Unis, France).
Caméra d'or : Les Méduses, d'Etgar Keret et Shira Geffen (Israël). Mention spéciale à Control, d'Anton Corbijn (Royaume-Uni, Australie).
Palme d'or du court-métrage : Voir pleuvoir, d'Elisa Miller (Mexique).

20 mai 2007

Zodiac - David Fincher


60ème Festival de Cannes -
Compétition officielle


Adapté du best-seller de Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal), un ancien illustrateur qui a participé à cette enquête, Zodiac voit le retour de David Fincher à un univers familier : le film de serial-killer.

Si Seven affiche une atmosphère poisseuse et crépusculaire sublimée par une mise en scène virtuose, trop démonstrative pour certains, Zodiac est un récit très documenté à la réalisation sobre sur l’obsession de 3 hommes : un flic, un journaliste et un dessinateur, à résoudre une série de crimes qui plongea pendant plusieurs années l'Amérique, la population de San Francisco plus précisément
dans la peur (Fincher, gamin de San Francisco à l'époque des faits, a-t-il fait ce film pour exorciser ses démons révélés dans une filmographie très noire ?). Au spectaculaire, Fincher privilégie l’étude de caractère : point de descente de police musclée, de folle course-poursuite sous la pluie, mais l’acharnement qui vire à l’obsession au détriment de la santé mentale, physique et d'une vie de couple équilibrée, le découragement face au manque de preuves, le combat quotidien d’une poignée d’individus pour arrêter un tueur en série, véritable croque-mitaine insaisissable. Etalé sur 156 minutes, cette enquête qui renvoie aux meilleurs films politiques et policiers des 70’s (Les hommes du président, L'inspecteur Harry) tient en haleine par son scénario très documenté (nombre impressionnant de faits, de personnages) et ses acteurs (Gyllenhaal en tête) très convaincants.

Soom - Kim Ki-Duk


60ème Festival de Cannes - Compétition Officielle

Tourné en 10 jours, le nouveau film de Kim Ki-Duk est une romance passionnée entre une jeune femme mal en ménage et un prisonnier dans le couloir de la mort.

Traversé à la fois d'éclairs de poésie et de violence, Soom met en scène la brève rencontre – idylle entre deux êtres brisés : une femme trompée et un assassin dans le couloir de la mort.
Kim Ki-Duk aborde les thèmes de l’enfermement, de la claustration avec la mise en parallèle des deux destins (la cellule familiale, la prison), de la puissance implacable du désir avec une poésie visuelle et une sensualité dans la direction artistique prégnantes : nombreux cadres dans le cadre, plans serrés sur les visages pour capter les émotions. Soom qui n’a pas la beauté langoureuse de Locataires et la majesté solennelle de Printemps... déçoit par un symbolisme trop appuyé, surtout à la fin et un scénario bancal (l’ambiguïté sexuelle du détenu, le profil psychologique du mari cocufié).

En direct de la croisette

7 mai 2007

Kantoku Banzai - Takeshi Kitano

Après le déconcertant Takeshi's, vertigineux kaléidoscope quasi-autobiographique, Takeshi Kitano poursuit dans cette veine expérimentale avec Kantoku Banzai, hommage à priori jubilatoire aux divers genres cinématographiques nippons. En attendant impatiemment la sortie française de ce nouveau film et la découverte à Cannes du segment réalisé par Beat Takeshi de Chacun son cinéma, film à sketchs réalisé à l'occasion des 60 ans du Festival de Cannes où 35 cinéastes, issus de 25 pays, ont réalisé chacun un court métrage de 3 minutes autour du thème de la salle de cinéma, la bande-annonce hallucinée de Kantoku Banzai c'est ici.


3 mai 2007

Spiderman 3 - Sam Raimi

Si Peter Parker a enfin réussi à concilier son amour pour M.J. et ses devoirs de super-héros, ce n'est pas pour autant que les problèmes sont loin, bien au contraire. Depuis la brutale mutation de son costume, qui devient noir, Peter voit ses pouvoirs décupler mais parallèlement, ce sont les aspects les plus sombres de sa personnalité qui surgissent. Sous l'influence de son étrange costume, Peter devient trop sûr de lui et commence à négliger ses proches.Contraint de choisir entre le séduisant pouvoir que ce nouveau costume lui procure et la compassion qui le caractérisait, Peter va devoir faire face à ses pires démons et aux deux plus puissants adversaires qu'il ait eu à combattre. Face à l'Homme-Sable et à l'extraordinaire puissance de Venom, Peter doit à tout prix échapper à ses tentations destructrices s'il veut sauver ceux qui lui sont chers...

Troisième et ultime? volet des aventures de l'homme araignée, Spiderman 3, toujours réalisé par Sam Raimi (Evil dead, Intuitions, Un plan simple), tient toutes ses promesses en combinant action décoiffante, émotion diffuse grâce à une caractérisation psychologique fouillée de ses multiples personnages et une certaine jubilation dans les changements de ton (mélancolie, gravité et humour avec le caméo de Bruce"Evil Dead"Campbell et le numéro Cure du nouveau Parker, ).
Tout en délivrant moultes scènes d'action aériennes décapantes, dans un New-York en proie à la criminalité et à la violence où veille notre héros, Raimi parvient, sur 140 min, à donner une grande densité à ces multiples personnages, pas moins de quatre méchants (Harry le frère ennemi fils du Bouffon vert, l'Homme sable, Venom) dont Spiderman lui-même confronté à des démons intérieurs de plus en plus envahissants. Le début du film voit Peter Parker en plein bonheur, au faite de sa popularité. Adulé par le peuple en quête de héros, amoureux, ça plane pour lui. Mais, grisé par le succès, tiraillé entre son désir d'épouser la belle Mary-Jane et sa soif de vengeance (l'identité de l'homme qui a tué son grand-père quelques années puls tôt est subitement mise à jour) il devient peu à peu étranger à lui-même et aux autres. Contaminé, âme tourmentée et corps souillé par une mystérieuse matière noire d'origine extra-terrestre, il arbore un costume noir du plus bel effet. Pour illustrer ce délitement Raimi orchestre même un inattendu pétage de plomb sous forme de numéro musical où Parker débride ses pulsions les plus viles. L'étudiant timide et maladroit fait place à un dandy goujat et grotesque.
Plus sombre, grave est ce troisième volet où nos personnages doivent faire face entre déboires sentimentaux, rivalités fraternelles, remise en cause existentielle à des maux contemporains comme le chômage, la menace terroriste. Au coeur d'un divertissement de masse, en véritable auteur, Raimi aborde longuement, en évitant parfois de justesse un ton moralisateur, la question du passage à l'âge adulte, du libre arbitre, du pardon. De tous les super-héros de comics, avec le darknight Batman qui lui il est vrai n'a pas de super-pouvoirs, Spiderman/Peter Parker est de loin le plus intéressant : un adolescent confronté à des problèmes identitaires, sentimentaux, familiaux et à la responsabilité de sauver son prochain. Le choix de l'acteur Tobey Maguire, gabarit moyen, physique anodin, pour incarner ce super-héros mythique dans lequel se projettent des millions de fans dans le monde depuis des dizaines d'années est parfait de même que l'ensemble du casting, Kirsten Dunst, un peu de douceur dans ce monde de brutes et James Franco, un charisme indéniable davantage exploité dans ce troisième volet.
Grand spectacle bourré d'effets spéciaux incroyables (les 300 M de budget s'étalent à l'écran), récit initiatique mélancolique parfois grave d'un passage à l'âge adulte où intervient des choix difficiles et de nouvelles responsabilités, Spiderman 3 prolonge intelligemment une saga fascinante et incontournable.