11 juin 2007

Le scaphandre et le papillon - Julian Schnabel

Compétition officielle - 60 ème festival de Cannes

Peintre néo-expressionniste reconnu dès la fin des années 70, Julian Schnabel poursuit son travail, avec Le scaphandre et le papillon, sur la mise en scène du processus créatif amorcé avec
Basquiat et poursuivi avec Avant la nuit, 2 biopics consacrés respectivement au peintre américain Jean-Michel Basquiat et à l'écrivain cubain Reinaldo Arenas.
Prix de la mise en scène, Le scaphandre et le papillon est une adaptation du livre-témoignage éponyme de Jean-Dominique Bauby, ancien rédacteur en chef du magazine Elle, victime d'un locked-in syndrom. Suite à un accident vasculaire cérébral son corps est totalement paralysé : le tronc cérébral qui fait le lien entre le cerveau et la moelle épinière est atteint. Privé de l'usage de la parole il apprend à communiquer de l'oeil gauche et fait ainsi retranscrire le récit de son combat pour la vie. Il meurt 10 jours après la publication du livre.
Ce film est l'histoire poignante d'un homme prisonnier de son corps luttant pour la vie. La mémoire et l'imagination sont les seuls moyens de s'évader de ce scaphandre oppressant. Pour traduire cet enfermement Schnabel, en plasticien émérite, multiplie expériences narratives (caméra subjective, flash-backs) et visuelles (décadrages, flous, images d'archives). Dans le premier tiers est convoquée une narration subjective pour rendre compte de la torture quotidienne de Bauby. Avec des décadrages, des plans flous, le spectateur épouse le point de de vue de Bauby : une vision parcellaire, imprécise, inconfortable des êtres et les choses. Une voie intérieure accompagne ce calvaire. L'utilisation de la caméra subjective provoque un sentiment de claustration, d'étouffement à tel point que le retour à une narration objective avec des plans classiques est vécu comme un soulagement surtout après la couture d'une paumière nécrosée vécue de l'intérieur. Dès lors par petites touches sensualistes Schnabel peint le combat intérieur pour la vie, par la mémoire et l'imagination, de cet homme qui ne s'apitoie jamais sur son sort. Le film, à l'image du personnage, est dépourvu de pathos et traversé par des souvenirs, des fantasmes, de l'humour parfois. Comme dans Mar Adentro d'Ajelandro Aménabar sur un sujet similaire, des fenêtres s'ouvrent vers un quotidien meilleur, idéalisé, fait de souvenirs émouvants (échange père-fils), sensuels (une escapade amoureuse), de rêves (un ballet dans les couloirs de l'hôpital) et de fantasmes (un dîner rabelaisien). La beauté du monde, des femmes est magnifiée par la photographie éthérée du chef op de Spielberg Janusz Kaminsky et la composition plastique des plans : une forêt de cheveux s'agitant au vent, un paysage maritime comme un au-delà idéal. La vie s'engouffre, fait résistance à la morosité : la famille, les amis, les médecins apportent réconfort, apaisement, espoir. Comme le dit un personnage du film à Bauby "il faut se rattacher à l'humain pour survivre" : le rire des enfants, la majesté de la nature, la sensualité d'une femme sont autant de balises de vie rappelant le bonheur d'une existence passée à laquelles se raccrocher au fond de ce scaphandre filant vers les abysses. Au fil de nombreuses scènes de rééducation qui consituent le versant documentaire d'un film mobilisant par ailleurs de nombreuses ressources cinématographiques pour éviter la pesanteur, l'espoir renaît peu à peu mais une pneumonie terrasse Bauby 10 jours après la publication de son livre-témoignage. Un magnifique trio d'actrices Seigner-Croze-Consigny accompagne la prestation touchante d'Almaric. La palme de l'émotion, non forcée, revient à Max Von Sydow : le père âgé de Bauby, prisonnier de son appartement comme son fils l'est de son corps, dit par téléphone à ce fils qui ne peut lui répondre toute sa peine de ne pouvoir lui rendre visite et l'accompagner dans son calvaire.
Le scaphandre et le papillon constitue une bonne surprise de ce 60ème festival de Cannes : un poignant témoignage sur une maladie rare, jamais pesant grâce à une réalisation inspirée et une interprétation contenue, doublé d' une célébration de la vie.

1 commentaire:

Sandra.M a dit…

En tous points d'accord..sauf peut-être concernant Max Von Sydow dont j'ai trouvé le jeu un peu outrancier. Ta critique donne en tout cas envie de voir ou revoir le film... (mais je l'ai déjà vu et revu:-)). Aurait-il mérité la palme d'or? Autre question! En tout cas il méritait indéniablement son prix de la mise en scène...