19 juin 2007

Roman de gare - Claude Lelouch

60 ème festival de Cannes - Hors compétition
Jeudi 24 mai 2007 19h45 Salle du 60ème

Claude Lelouch présente en avant-première son nouveau film, tourné sous une fausse identité, Roman de gare pour lequel il demande aux spectateurs, comme Clouzot en son temps pour les Diaboliques, de ne pas dévoiler la solution aux différentes intrigues.
Le pitch lelouchien : "C'est l'histoire d'une auteur de best-seller en quête de personnages et d'un tueur en série qui vient de s'évader de la Santé. Leur rencontre avec Huguette, la coiffeuse midinette, va changer leur destin, fatalement".

Tourné en douce pour éviter la pression et les jugements préalables dont il estime être trop souvent la cible, ce Roman de gare de Claude Lelouch (palme d'or en 66 pr Un homme et une femme) convoque dans un curieux précipité cinématographique les ingrédients de genres aussi divers que le film noir, le thriller, la comédie romantique, le vaudeville. La première scène, dans un sompteux N&B, l' interrogatoire aux Quais des Orfèvres d'un personnage féminin mystérieux (Fanny Ardant) laisse augurer du mieux, un brillant thriller psychologique comme Garde à vue. Puis avec l'arrivée de nouveaux personnages comme celui d'Hugette, la coiffeuse agitée et naïve (Audrey Dana reste la révélation du film), le film s'enlise dans la comédie de moeurs, ses hasards et coïncidences. Mis à part le personnage de Dominique Pinon qui demeure le plus subtil et nuancé en terme d'écriture, le récit aligne les personnages archétypaux (Ardant en femme fatale très inspirée de l'écrivain mante religieuse Catherine Tramell de Basic Instinct), les erreurs de casting (le couple formé par Michèle Bernier et Zinedine Soualem, d'une grande indigence fictionnelle, ralentit le rythme déjà malmené par les scènes rurales romanticomiques du duo Pinon/Dana), les twists artificiels. Manquent une atmosphère oppressante, un suspense diabolique autour de personnages solides comme ceux de Clouzot ou d'Hitchcock vers lesquels lorgne manifestement Lelouch. Dommage que le réalisateur ait cédé aux sirènes de la comédie romantique (quiproquos, retrouvailles...), un genre chéri par l'auteur qui fait difficilement le liant avec le thriller psychologique annoncé. La sauce ne prend pas; il est difficile de se laisser emporter par cette histoire de manipulation, de dissimulation et de destins croisés malgré toute la bonne volonté de Lelouch de renouveler son cinéma.

Sortie française le 27 juin 2007


Retrouvez prochainement la suite de mon compte-rendu sur les films de la sélection officielle du 60ème Festival de Cannes : Boulevard de la mort de Quentin Tarantino, La fôret de Mogari de Naomi Kawase, Paranoid Park de Gus Van Sant, We own the night de James Gray, Promets-moi d'Emir Kusturica, Lumière silencieuse de Carlos Reygadas, Import export d'Ulrich Seidl sans oublier la leçon de cinéma de Martin Scorsese.

Suivez également le 60ème festival de Cannes sur le blog d'une jeune scénariste, l'incontournable In the mood for Cannes

1 commentaire:

Sandra.M a dit…

Avec le recul, je repense à toutes les qualités: une direction d'acteurs très lelouchienne et que beaucoup pourraient envier, une première partie qui nous tient quand même en haleine, quelques bons dialogues et surtout je pense qu'il est parfaitement conscient de sa fin abracadabrantesque qui nous avait un peu sidérés...après tout son film ne s'appelle-t-il pas "roman de gare" et tout n'est-il pas possible dans un roman de gare et surtout l'impossible qui parfois frôle volontairement le grotesque? Comme dirait ce bon Claude "le pire n'est jamais décevant"...finalement.