26 août 2007

Paranoiak - D.J Caruso

Après la mort de son père, Kale Brecht se referme sur lui-même, triste et déboussolé. Il devient voyeur et s'intéresse à la vie de ses voisins. C'est alors qu'il soupçonne l'un d'eux d'être un tueur en série...

Relecture moderne de Fenêtre sur cour, Paranoiak place les enjeux dramatiques du chef d'oeuvre d'Hitchcock dans un contexte adolescent. Après une brève exposition, le récit se poursuit agréablement, dans une banlieue aseptisée assez inquiétante, entre teen-movie (postures et préoccupations adolescentes bien incarnées par Shia LaBeouf) et huis-clos oppressant avec subtile montée de la paranoia et de l'angoisse. Puis, au dernier tiers, quand les certitudes sur l'identité du tueur en série se précisent, le film vire dans la série B tendance slasher éculé à coup de poursuites nocturnes et empoignades armées avec musique stridente et effets visuels chocs. Plutôt une bonne surprise dans ses deux premiers actes très bien écrits (personnages adolescents complexes, univers anxiogène) Paranoiak sombre pour son dénouement dans le produit calibré pour public amateurs de sensations fortes.
Succès surprise aux USA produit par Spielberg avec la star montante Shia LaBeouf (Transformers et bientôt Indiana Jones 4) Paranoiak constitue un divertissement efficace mais sans originalité, parfait pour l'été.

20 août 2007

10 ème édition du Festival International du Roman Noir

Samedi 30 juin. Table ronde : Le roman noir au cinéma
Participants : Stuart Kaminsky - Dennis Lehane. Animé par François Guérif

Les experts

Né en 1963 à Boston Dennis Lehane
s’est fait remarquer en 1994 avec la parution de son premier roman Un dernier verre avant la guerre qui lui a valu le Shamus Award aux Etats-Unis. Ce livre inaugure une série consacrée à un duo de détectives privés de Boston, Patrick Kenzie et Angie Gennaro. Mystic River, porté à l’écran par Clint Eastwood en 2003, lui vaut une reconnaissance internationale.

Depuis 1977, Stuart Kaminsky, né en 1934 à Chigago, a écrit soixante romans, quarante nouvelles et de nombreux scénarios. Il s’est vu décerner plusieurs récompenses prestigieuses, dont le Edgar Award aux Etats-Unis. Il a créé de nombreux héros récurrents, notamment le célèbre Toby Peters, détective privé à Los Angeles où il côtoie le milieu du cinéma, Lieberman, détective à Chicago, le policier russe Porfiry Rostnikov ou encore Lew Fonesca, quadragénaire veuf et dépressif qui arrondit ses fins de mois en jouant les enquêteurs à Sarasota (Floride). Stuart Kaminsky a également travaillé pour le cinéma et la télévision : dialoguiste du film Il était une fois l’Amérique de Sergio Leone (1984), il écrit actuellement la novellisation de la série TV Les Experts-Manhattan.

François Guérif en passionné de littérature et de cinéma a été critique de film dans plusieurs revues et est l'auteur de nombreuses monographies d’acteurs et deux ouvrages- références : Le cinéma policier français et Le film noir américain. Depuis 1986 il est directeur littéraire des collections Rivages/Noir, Rivages/Thriller, Rivages/Mystère et Écrits noirs.


Littérature et cinéma


En préambule François Guérif rappelle avec moult exemples combien le roman noir nourrit depuis des décennies le cinéma noir : un fait divers autour d'Al Capone a ainsi donné un roman Le petit César et un film Scarface réalisé par Howard Hawks en 1932. En effet 70-80 % des films noirs sont tirés de romans : Le faucon maltais, Laura, La nuit du chasseur, Mystic river...

Pour Dennis Lehane, auteur du splendide Mystic River, le style noir commence avec l'expressionnisme allemand, mouvement cinématographique développé dans les années 20 en Allemagne (Le cabinet du docteur Caligari, Nosferatu le vampire). Les décors abstraits aux formes géométriques torturées accueillaient des sujets divers comme la folie et les troubles mentaux, la trahison, ainsi que d'autres sujets spirituels. Fritz Lang (La rue rouge, Le secret derrière la porte) ou Michael Curtiz (Casablanca) ont introduit le style expressionniste dans les films policiers des années 40 et influencé les générations suivantes de cinéastes, en faisant ainsi survivre l'expressionnisme.
Ses films noirs préférés, adaptés de romans, sont La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955) Sweet smell of success (Alexander Mackendrick, 1957), Get Carter (Mike Odges, 1971). Il a dernièrement beaucoup apprécié Sexy Beast, un polar anglais sorti en 2001 non basé sur un livre.

Selon Stuart Kaminsky les films noirs jusqu'aux années 60 n'étaient pas référentiels, excepté La soif du mal (Orson Welles, 1958). Depuis les années 60 l'inspiration des scénaristes du fil noir serait à chercher principalement du côté du cinéma contre le roman auparavant.

Dennis Lehane, fier de ses deux adaptations par Clint Eastwood et prochainement Ben Affleck de Mystic River et Gone baby gone, parle avec malice de son rapport avec Hollywood: "Si le film est bon vous endossez la responsabilité et vous emportez l'argent, si le film est mauvais vous n'endossez pas la responsabilité et vous emportez l'argent". Eastwood a demandé à Lehane d'adapter son roman mais celui-ci jugeant son livre trop dense à adapter a refusé poliment préférant se consacrer à la littérature. Pour Lehane, le livre, une fois vendu, appartient au studio de cinéma. A noter que l'auteur de Mystic River a écrit, réalisé et produit un film Neighborhoods mais n'a pas trouvé de compagnie pour le diffuser.

Inspiration - création

Pour Stuart Kaminsky qui a été dialoguiste d'Il était une fois en Amérique et travaille actuellement sur la novellisation de la série TV Les experts -Manhattan le livre et le film sont deux produits différents et complémentaires. Le roman a l'avantage de laisser le lecteur entrer dans la tête du personnage. James Ellroy, plusieurs fois adapté pour le grand écran avec plus au moins de succès (Cop, L.A Confidential, Dark Blue, Le dahlia noir) est un des ses auteurs favoris qui utilise avec virtuosité des techniques cinématographiques de manière littérale (travelling, flash-back).

Parmi les sources d'inspiration de Dennis Lehane se trouvent le romancier Norman Mailer et le cinéaste David Fincher, auteur de grandes tragédies grecques et films noirs modernes parfaits comme Zodiac aux images captivantes. Ainsi quand il rédige Lehane juxtapose les images et donne sa préférence, pour la gradation de la violence, aux scènes courtes comme celles de la fin du Parrain de Coppola. S'il n'a besoin que de quelques heures pour rédiger des scènes d'action, Lehane consacre beaucoup plus de temps à la mise en forme des scènes de la vie mormale.


Les noces de la littérature et du cinéma très fécondes depuis les années 30 ont encore de beaux jours devant elles à en juger par la sortie prochaine de films noirs adaptés d'oeuvres crépusculaires de talents certifiés comme Dennis Lehane (
Gone baby gone) ou James Ellroy (The night watchman, White Jazz, My Dark places).

James Bond

1 ère photo du 22 ème James Bond réalisé par l'éclectique Marc Foster (Neverland, A l'ombre de la haine, Stay) : Daniel Craig, toujours dans le rôle du célèbre agent secret après l'excellent Casino Royale, assiste à une course de chevaux en Italie, la"Madonna dell'Assunta Palio di Siena" qui se tient deux fois par an dans la ville de Sienne en Toscane. Cette course réputée périlleuse voit concourir dix-sept couples cavalier/cheval représentants chacun un des dix-sept quartiers de la ville.
Le film sortira en France en novembre 2008.

6 août 2007

Hot Fuzz - Edgard Wright

En 2005 le duo Edgard Wright (réalisateur-scénariste) / Simon Pegg (acteur-scénariste) rendait hommage au film de zombie avec Shaun of the dead, une comédie sentimentale horrifique mettant en scène les pérégrinations rocambolesques d'un anglais pour reconquérir sa belle en dépit d'une invasion de zombies dans la capitale. Alliance incongrue de Romero (La nuit des morts vivants, Land of the dead) et de Richard Curtis (4 marriages et un enterrement, Coup de foudre à Notting Hill), Shaun of the dead est une parodie désopilante à l'humour potache toujours respectueuse des genres tournés en dérision.
Hot Fuzz transpose cette fois les codes du film d'action et du buddy-movie dans un environnement rural : le superflic londonien Nicholas Angel au taux d'arrestation record propre à ridiculiser ses collègues est muté dans le petit village tranquille de Sandford où un Comité de Surveillance veille à la préparation du concours du village le plus fleuri du royaume. Aux côtés du policier local Danny Butterman qui rêve de devenir un superflic à la hollywoodienne, Nicholas règle quelques contraventions sans grand intérêt. Une série de crimes étranges va le remettre dans l'action...

Tous les ingrédients du film d'action et particulièrement du buddy-movie, un sous genre qui voit un duo aux tempéraments opposés résoudre une enquête policière, sont passés à la moulinette du duo Wright/Penn dans un hommage jubilatoire et sincère à ces pop-corn movies à haute teneur en testérone et explosions : L'arme fatale, Le dernier samaritain, Point Break ou bien encore Bad Boys 2 ont ainsi servi de références aux réalisateurs fous de joie dans l'idée de mettre un maximum de flingues dans les mains de bobbys et de transformer un petit village en champ de bataille. Ultra référencé (allusion à Shaun, Shinning ou bien encore Léon, citation de Point Break et Bad Boys 2) Hot Fuzz témoigne d'une bonne connaissance du genre, de la structure narrative et des situations dramatiques du genre parodié.
On retrouve avec plaisir dans ce nouveau film l'humour irrévérencieux et potache mâtiné de non-sense de
Shaun. Les gags se révélent in fine moins nombreux que précédemment par le souci prédominant du duo raconter une histoire policière menée tambour battant. Le montage très rythmé, parfois épuisant dans les scènes de fusillades en écho aux pulsations épileptiques au coeur du cinéma de Tony Scott et de Michael Bay, propulsent un casting parfait composé de natures comiques montantes (Simon Pegg et son acolyte Nick Frost déjà présent dans Shaun) et de comédiens bitanniques de premier plan (Timothy Dalton, Jim Broadbent, Bill Nighy) dans des situations hilarantes et effrayantes toujours jubilatoires bâties autour d' un amour respectueux du cinéma de genre et une belle inventivité dans l'association d'éléments hétéroclites.
Le duo Wright / Pegg, muni d'un budget conséquent et d'idées à la pelle, aligne avec succès rire et action à l'image dans une nouvelle parodie irrésistible qui fait souffler un vent frais sur le cinéma de genre britannique.