23 févr. 2010

Taxi driver / Martin Scorsese

Avant de collaborer une quatrième fois avec Leonardo DiCaprio sur Shutter Island, Martin Scorsese avait trouvé en Robert De Niro un alter-égo de génie qui s'est exprimé dans 8 films remarquables dont Taxi Driver, sans doute l'un de leur meilleur film en commun récompensé par une Palme d'Or.

Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs.


Palme d'or au festival de Cannes 1976, Taxi Driver, le chef d'oeuvre de Martin Scorsese, est disponible en dvd dans une édition collector présentant outre de nombreux suppléments une copie restaurée de belle facture.

D'après un script de Paul Schrader donné par son ami Brian De Palma, Taxi Driver est la seconde collaboration après Mean Streets entre les new-yorkais Martin Scorsese et Robert De Niro. Scorsese avait tourné auparavant un film indépendant avec Harvey Keitel, Who's knocking at my door (1967), un bide commercial, un film d'exploitation Boxar Bertha (1973) et surtout Mean Streets (1976) dont la vision d'un bout à bout a enthousiasmé le couple de producteur Philips au point de produire le prochain Scorsese.

Même si le projet s'inscrit dans une période de renouveau du paysage cinématographique américain avec l'éclosion de jeunes cinéastes comme Coppola, Lucas, Spielberg, Friedkin soucieux de rénover les genres, le sujet est délicat pour un studio et le potentiel commercial du film quasi nul. Le film assez noir, l'étude d'un homme malade, anonyme, est empreint d'une violence étouffante et explosive. Enfermé dans l'engrenage de la solitude, un moyen de défense contre un environnement hostile et dangereux, Travis déambule en noctambule au volant de son taxi dans les rues de N-Y à la recherche d'une rédemption (thème récurrent de la filmo scorsesienne) qu'il trouvera en sauvant une jeune prostituée (Jodie Foster) de sa condition.

De Niro, tendu comme un arc, est d'une intensité incroyable dans ce rôle d'écorché vif, un étranger déçu de la société. Sa performance est inoubliable, à l'image de ses futures collaborations avec Scorsese.

Le script de Schrader brille par sa précision dans le rendu des pensées, de la psychologie de Travis notamment par l'utilisation de la voix-off. Shrader décrit, dans les bonus du dvd, le personnage de Travis comme "un type dans un cercueil en métal, flottant sur les égoûts, une espèce de Nosferatu, dans les rues de N-Y. Quelqu'un qui semble entouré par les gens mais qui est totalement seul". Le scénariste a d'ailleurs relu L'étranger de Camus et La nausée de Jean-Paul Sartre pour se mettre dans la peau du personnage. Pickpocket de Robert Bresson, The Searchers de John Ford, le récit d'une poursuite obsessionnelle par un héros psychotique et monomaniaque, tout comme bon nombre de films noirs réalisés entre 1945 et 1955 (Double indemnity, Kiss me deadly) ont constitué des sources d'inspiration pour l'écriture de ce film qui fait le lien entre le film noir et le cinéma européen.

Pour Scorsese le défi visuel était de percevoir tout du point de vue de Travis pour mieux l'isoler et mettre le spectateur à sa place. Même si le personnage n'est pas particulièrement sympathique de prime abord on le suit tout au long de son calvaire et on s'y intéresse tant la plongée dans l'esprit de cet homme souffrant relève de la condition humaine.
Parmi ses influences le cinéphile Scorsese, auteur d'un passionnant Voyage à travers le cinéma américain sur support livre et dvd (édition Les cahiers du cinéma), cite Godard pour sa liberté de filmer, Fassbinder (The Merchant of 4 seasons) "à la mise en scène sincère", Francesco Rossi (Salvatore Giuliano) ainsi qu'Alfred Hitchcock (The Wrong man) loué pour l'efficacité de ses mouvements de caméra dans la traduction de sensations comme la culpabilité ou la paranoia justement au coeur de Taxi Driver.
En exergue de cet immense film à posséder dans toute dvdthèque qui se respecte, une citation de Thomas Wolfe issu de Le solitaire de Dieu :
"Je suis maintenant convaincu que la solitude, loin d'être un phénomène rare ou étrange, est le fait central et inévitable de l'existence humaine".

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