28 nov. 2007

Les prochains films de Scorsese & Spielberg

Des nouvelles de deux géants d'Hollywood, Steven Spielberg et Martin Scorsese.

Le prochain film de Scorsese est l'adaptation de Shutter Island, roman de Dennis Lehane paru en 2004.
1954, Teddy Daniels et Chuck Aule enquêtent sur la disparition d'une patiente échappée d'un hôpital psychiatrique à sécurité maximale. Ainsi comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. L'hôpital en question est basé sur Shutter Island, une île située à environ une heure au large de Boston.

Tournage en mars 2008 avec dans les rôles principaux l'incontournable Leonardo Di Caprio et Mark Ruffalo (In the cut, Collateral).

Nouvelles photos pour Indiana Jones et le royaume du crâne du cristal de Steven Spielberg dont la sortie française est programmée pour le 21 mai 2008.















Dans les années 60 le célèbre aventurier sera aux prises avec l'armée russe à la recherche d'un crâne de cristal au fin fond d'une jungle d'Amérique du sud dont il fut longtemps en quête et qu'il est sommé de retouver sous peine de voir exécuter son amour de jeunesse Marion Rawenwood (Les aventuriers del'arche perdue).

25 nov. 2007

La nuit nous appartient - James Gray

60 ème festival de Cannes - Compétition

New York, fin des années 80. Bobby est le jeune patron d'une boite de nuit branchée appartenant aux Russes. Avec l'explosion du trafic de drogue, la mafia russe étend son influence sur le monde de la nuit.Pour continuer son ascension, Bobby doit cacher ses liens avec sa famille. Seule sa petite amie, Amada est au courant : son frère, Joseph, et son père, Burt, sont des membres éminents de la police new-yorkaise...Chaque jour, l'affrontement entre la mafia russe et la police est de plus en plus violent, et face aux menaces qui pèsent contre sa famille Bobby va devoir choisir son camp...

Troisième film de James Gray après les sublimes Little Odessa et The Yards, La nuit nous appartient, formidable titre emprunté à la devise de l'unité criminelle de la police de New York chargée des crimes sur la voie publique, reçut un accueil mitigé au dernier festival de Cannes. Injustement absent d'un palmarès rassembleur préférant par exemple récompenser le contemplatif et neurasthénique La forêt de Mogari avec le Grand Prix du Jury, ce nouveau film de James Gray fut perçu comme un objet d'un classicisme compassé appelant aux vertus de l'ordre et de la loi. Depuis son premier film, Gray n'a jamais caché son amour pour la tragédie classique qui utilise systématiquement le motif de la famille. Brassant des thèmes universels propres à la condition humaine comme la difficulté d'échapper à son destin, la rédemption ou le pardon, le réalisateur new-yorkais entend donner à La nuit nous appartient une dimension mythologique. En cela le film relève du classicisme, "ensemble des caractères propres aux grandes oeuvres littéraires et artistiques de l'Antiquité et du XVII éme siécle" (Le Robert) mais un classicisme hautement inventif où sont convoqués des élans emphatiques (scène de poursuite automobile d'anthologie faisant la part belle aux plans subjectifs pour renforcer une tension dramatique insoutenable), une précision documentaire quant à la description des communautés étudiées (la pègre russe, la police new-yorkaise), une rigueur dans l'écriture de ses personnages complexes pour un résultat hautement qualitatif qui renvoie au cinéma des années 70, l'âge d'or du cinéma américain, sous influence Coppola et Friedkin. D'autre part le choix de la légalité broie tous les personnages de cette famille disloquée. En résulte frustration et mélancolie. Au final pas d'héroïsme conquérant mais un sentiment d'amertume et de tristesse. De plus on est bien loin du cynisme, de la fascination nauséabonde pour la violence souvent au coeur des grosses productions hollywoodiennes. Comme pour The Yards, présenté et chroniqué avec frilosité à sa sortie de Cannes en 2000, La nuit nous appartient est, à la veille de sa sortie dans les salles françaises le 28 novembre, ré-évalué à la hausse par la presse hexagonale et espérons-le, car il le mérite grandement, sera un succès public.
Gray comme dans ses précédents films traite avant tout d'une histoire de famille, celle d'un père et de frères dont les têtes-à têtes intenses évoquent East of eden de Nicholas Ray. Filiation désagrégée, recherche de reconnaissance et de rédemption, quête d'identité sont autant de motifs travaillés depuis le magistral Little Odessa (1994), véritable coup d'essai coup de maître pour le jeune James Gray alors âgé de seulement 25 ans récompensé par le Lion d'argent à Venise. La figure paternelle y est encore écrasante : Robert Duvall incarne un membre éminent de la police new-yorkaise en désaccord avec la vie de voyou de son fils, un directeur de boîte de nuit appartenant à une famille russe liée à la mafia. Les situations dramatiques se multipliant, le personnage de Bobby va devoir choisir entre sa famille de sang, père et frère flics intègres représentant la loi et la morale et sa famille d'adoption, la mafia russe à qui il doit la prospérité. Un choix radical pour un personnage délité, écartelé entre ses désirs et la morale, un choix aux conséquences forcément tragiques. Le récit hyper-tendu est axé autour du conflit psychologique et du trouble intérieur qui agite Bobby. Dans La nuit nous appartient qui représente la quintessence du cinéma de Gray, un mélange de film noir et de tragédie familale, il est question, à travers le personnage de Bobby, de sacrifice, de recherche de rédemption, de respect, d'amour, autant de thèmes présents dans nombre de situations dramatiques recensées par Georges Polti pour le théâtre en 1936 que Gray illustre avec une puissance et une conviction remarquables : sauver, venger un proche, se révolter, être traqué, résoudre une énigme, se sacrifier aux proches...
Le récit épouse ainsi l'itinéraire tortueux de Bobby, écartelé entre deux univers, le monde de la nuit aux couleurs chaudes et le monde policier d'un bleu minéral. Le contexte du film se situe à la fin des années 80 dans un New-York dangereux, avant la reconstruction de Giulianni, où le crack affluait, le taux de suicide grimpait en flèche et le taux de criminalité était 73% au-dessus de la moyenne nationale. Le NYPD enterrait alors deux de ses policiers chaque mois. A l'origine du scénario, Gray évoque une photo émouvante en une du New-York Times montrant les funérailles d'un policier tué dans l'exercice de ses fonctions :"On y voyait des hommes s'étreindre, en larmes, effondrés par la mort de leur collègue. Il se dégageait une émotion intense de ce cliché. J'ai su alors que je voulais faire un film abordant les choses sous cet angle, celui des émotions. Je désirais y retrouver ce que j'éprouvais en regardant cette photo ". De plus, dans un souci d'authenticité, le film fut tourné dans le Bronx, à Manhattan, Brooklyn et dans le Queens, souvent dans les quartiers les plus dégradés. Cette sensation permanente de danger culmine dans une scène de traquenard particulièrement oppressante mobilisant Duvall et Phoénix, deux acteurs exceptionnels dont les scènes communes sont intenses et bouleversantes.
La qualité de l'interprétation dominée par Joaquin Phoénix, fiévreux, époustouflant en homme blessé, est encore au rendez-vous de ce troisième film de James Gray, assurément un grand directeur d'acteurs. Autour de Duvall, d'une classe et d'un charisme impériaux et de Phoénix dont le talent n'est plus à vanter, Walhberg, volontairement en retrait et Eva Mendes, touchante en petite amie de Bobby, livrent leur meilleure prestation.
La nuit nous appartient constitue donc une nouvelle variation éblouissante de rigueur scénaristique et de force dramatique sur les thèmes de prédilection de Gray empruntés à la tragédie classique et au film noir. Lutte traditionnelle entre la police et la pègre à première vue, ce film conte avant tout une histoire familiale extrêmement émouvante aux personnages très bien écrits et interprétés en proie aux passions humaines, en quête de reconnaissance, de rédemption et d'amour. C'est réalisé avec une telle maestria, une telle majesté, un tel sens de la dramaturgie et une telle admiration pour les codes du film noir et de la tragédie classique que c'en est profondément admirable. Du très grand cinéma.

Sortie le 28 novembre 2007

19 nov. 2007

Tim Burton et la 3D

Alors que son Sweeney Todd avec son alter-égo Johnny Depp est prévu le 23/01/08 dans les salles françaises on apprend que Tim Burton vient de signer chez Disney, chez qui il avait ses premières armes, pour deux films en 3D.

Le premier projet est une version longue de son excellent court métrage Frankenweenie (disponible en bonus sur le dvd de l'édition spéciale de L'Etrange Noël de Mr Jack) réalisé en stop-motion : Victor Frankenweenie décide de ramener à la vie son chien. Il emploie pour ça les techniques scientifiques les plus avancées, et souvent les plus terrifiantes...
Le second est une nouvelle version d'Alice au pays des merveilles mélengeant prise de vue réelles et motion-capture. Le tournage est prévu de janvier à mai 2008 et le film sera présenté en salles tout comme Frankenweenie dans une version 3D.

Les fêtes de fin d'année approchant, il est de bon goût de recommander 2 ouvrages passionnants consacrés à l'univers excentrique, gothique, délirant, fantastique de Tim Burton, personnage à part dans le paysage du cinéma américain capable de concilier un univers personnel traversés de personnages en marge saisis avec une poésie funèbre et un humour macabre irrésistibles avec des figures iconiques de la culture populaire US (Batman, Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie) pour un résultat toujours enthousiasmant touchant un large public.
Tout d'abord le recueil de nouvelles écrit et illustré par Burton, La Triste fin du petit enfant huître (édition bilingue 10/18). 23 histoires poétiques, drôles, macabres réunissant des enfants-monstres dans un univers étrange et original très attachant : L'enfant robot, La fille faite d'ordures, La fille avec plein d'yeux, autant de freaks, d'exclus, de solitaires à découvrir d'urgence en pensant à Edward aux mains d'argent ou bien encore au Pingouin de Batman.


Autre achat indispensable la nouvelle édition augmentée de Tim Burton par le critique et historien du cinéma Antoine de Baecque (éditions Les Cahiers du cinéma) : analyse de la filmo, anecdotes, croquis de Tim Burton...

16 nov. 2007

Walkyrie - Bryan Singer

Première bande-annonce de Walkyrie de Bryan Singer (sortie prochainement).
Réalisateur très inégal capable du très bon (Usual Suspects) comme du franchement passable (X-Men 1 & 2, Superman returns) Singer délaisse l'univers fantastique où il s'est enfermé pendant de nombreuses années pour relater l'un des épisodes les plus héroïques mais aussi l'un des plus méconnus de la Seconde Guerre mondiale
, le "Complot du 20 juillet", secondé par Tom Cruise qui peut être exceptionnel si bien dirigé (Né un 4 juillet, Magnolia, Collateral) dans le rôle d'un héros de la résistance allemande, le colonel Claus von Stauffenberg.

Gravement blessé au combat, le colonel Claus von Stauffenberg revient d'Afrique et rejoint la Résistance allemande pour aider à mettre au point l'Opération Valkyrie, un plan complexe qui va permettre d'abattre Hitler et de mettre en place un gouvernement d'opposition. Mais le destin et les circonstances vont s'allier pour forcer Stauffenberg, qui n'était qu'un des nombreux conspirateurs, à jouer un rôle de premier plan dans la conspiration. Il va non seulement devoir diriger le coup d'Etat pour prendre le contrôle du gouvernement, mais c'est aussi lui qui sera chargé de tuer Hitler...

Le Royaume - Peter Berg

Riyad (Arabie Saoudite). Un attentat des plus sanglants jamais perpétrés contre des Occidentaux fait plus 100 morts et 200 blessés parmi les employés de la société pétrolière Gulf Oasis et leurs familles. Tandis que les bureaucrates de Washington discutent "droit d'ingérence" et "territorialité", l'agent du FBI Ronald Fleury et les membres de sa section d'intervention négocient un discret voyage de cinq jours en Arabie Saoudite pour identifier le cerveau de l'attentat.Dès leur arrivée au Royaume, Fleury et les siens sont confrontés à l'hostilité des Saoudiens, qui prétendent mener seuls l'enquête. Entravés par un protocole tatillon et pressés par le temps, les quatre agents comprennent qu'ils doivent gagner au plus tôt la confiance de leurs homologues saoudiens, aussi décidés qu'eux à retrouver les terroristes...

Produit par Michael Mann, Le Royaume affiche la volonté de relater la tension entre Occident et Moyen-Orient à travers une fiction située en Arabie Saoudite où des militaires américains interviennent pour enquêter sur un attentat terroriste. Sous influence de son producteur-réalisateur de talent (Ali, Révélations), Peter Berg tente de donner de la densité et de la crédibilité à son histoire en filmant les évènements comme dans un documentaire : la caméra très mobile cadre très serré les personnages et l'action; en résulte un climat anxiogène où le hors-champ est constamment menaçant. En effet les personnages évoluent dans un milieu étranger et souvent hostile dont ils ne maîtrisent pas les codes. Mais sensation d'urgence couplée à une approche documentée (images d'archives, précision stratégique des militaires) ne parviennent pas à masquer l'absence de scénario et d'un véritable point de vue. Le déroulement de l'enquête n'est jamais palpitant : aucune péripétie dramatique ou de tension dramatique pour accrocher l'intérêt pour des personnages sans épaisseur. Dans un souci de tolérance le scénario voit un Arabe et un Américain s'associer pour arrêter un criminel. Si les personnages secondaires (Jennifer Garner, Chris Cooper) sont inexistants et Jamie Foxx mauvais l'acteur qui joue son homologue saoudien tire facilement son épingle du jeu avec un rôle plus nuancé. Film tape à l'oeil misant sur un procédé de mise en scène qui trouve vite ses limites en l'absence de scénario, ce Royaume affiche finalement un discours ambigu sur l'interventionnisme US au Moyen-Orient : illusion d'un appel à la fraternité, la tolérance entre les peuples et les religions marqué par le duo de flics oriental et occidental qui s'efface finalement au profit d'un discours revanchard ("On les tueras tous" murmure Foxx à Garner pour lui remonter un moral bien bas après avoir appris le décès d'un collègue dans l'attentat, avant leur départ pour Riyad) emplis de clichés sur le monde musulman et de représentations grotesques de la terreur islamiste depuis le 11/09 (scènes de tension ratées: des islamistes fondamentalistes tentent de mettre en scène dans l'urgence la décapitation d'un agent US/arrestation du cerveau de l'affaire, un vieux monsieur qui avait la mauvaise habitude de cacher une arme sous son oreiller!). En terme d'action, fusillades et pyrotechnie, la dernière demi-heure est impressionnante à défaut d'être incroyable : d'un explosif carambolage sur l'autoroute à de violents combats de rue pas de répit pour le spectateur réveillé qui a toutefois l'impression d'avoir déjà vu pareilles scènes d'action mais plus inspirées dans MI3, Bad Boys 2 ou la saga Bourne pour les scènes automobiles et La Chute du Faucon noir de Ridley Scott pour les conflits lourdement armés en milieu urbain.

5 nov. 2007

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Andrew Dominik

Tout en préparant son prochain hold-up, le charismatique et imprévisible desperado Jesse James se lance dans une guerre sans merci contre ceux qui se sont mis en tête de se couvrir d`argent - et de gloire - en lui trouant la peau. Mais la vraie menace pourrait bien venir de ses propres rangs, plus précisément de ce jeune flingueur, Robert Ford, qui vient de rejoindre son gang et dont l`admiration se teinte de jalousie...


Avec une star en tête d'affiche et une grande ambition, l'australien Andrew Dominik (Shopper) revisite la grande figure de l'Ouest dans ce western psychologique de 2h40 qui à la forme et la majesté d'un bouleversant requiem, d'une ballade funèbre emplie de mélancolie et de douleur.
Dans un processus de démystification Jesse James est présenté comme un personnage rongé par la maladie, la paranoia, la culpabilité, en proie à des pulsions violentes et morbides. Le film met brillamment dos à dos légende et réalité, examine, à la manière d'Eastwood dans Impitoyable, la question de la représentation et de la fabrication des mythes. Parabole sur la célébrité, il montre à travers le personnage de Robert Ford la fascination des foules pour la gloire et les stars. Première superstar américaine, le bandit de grand chemin à la fin de sa carrière nous est présenté comme un être tourmenté, délité, dépressif, bien loin de la représentation légendaire faconnée par les récits populaires dont s'abreuvait Robert Ford enfant : un Robin des Bois ennemi juré des banquiers et propriétaires de chemins de fer et généreux défenseur des petits fermiers exploités. Alors qu'il commet son dernier coup aux débuts des années 1880, l'attaque d'un train chargé d'argent, Jesse James est une bête traquée par les autorités, monomaniaque soupçonnant les membres de sa bande de le trahir pour empocher la récompense, un hors la loi défiant la mort, attendant en fait la personne qui le délivrera d'un mal-être existentiel profond et douleureux : le nouveau venu dans la bande, Robert Ford, un gamin frêle et admiratif de ses exploits depuis l'enfance, sera ce Judas qui mettre fin à cette fuite en avant intolérable.
Pour exprimer les tourments de cette figure iconique qui se révèle être un personnage complexe, capable des pires brutalités et émotif, une star, Brad Pitt, dans son meilleur rôle justement couronné par la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra deVenise, joue de son regard mélancolique, reflet bleuté d'une âme tourmentée. Face à lui, dans le rôle difficile du lâche Robert Ford, Casey Affleck impose avec brio son personnage timide, admiratif de JJ et de ses exploits relatés dans des romans illustrés bon marché qu'il collectionne jalousement dans une boîte où est résumée toute sa vie, une vie par procuration, dans l'ombre d'un géant. Grand film sur le vampirisme qui voit glisser progressivement Ford de la fascination (JJ à Ford : " tu veux me ressembler ou être moi?") au ressentiment qui prend sa source dans les moqueries humiliantes de JJ à son égard et au meurtre, passeport espéré vers la gloire et la renaissance. In fine Ford jouera le rôle sur scène de son idole dans une mise en scène pathétique de son assassinat.
La mise en scène contemplative, poétique, languide donne beaucoup d'espace de jeu (beaucoup de scènes dialoguées notamment au début du film) aux acteurs conférant ainsi de la densité aux multiples personnages, prend le temps de détailler le cheminement progressif de Ford qui va le voir passer de l'admiration à la trahison, motivé par un besoin de reconnaissance comme une revanche sur une vie terne faite d'humiliations et de frustrations ainsi que le délabrement intérieur d'un homme qui attend une mort digne, dans sa maison (sublime scène de meurtre-suicide où Jesse James conscient de la trahison fatale tourne le dos à ses bourreaux, ceinturon dégrafé, pour remettre un tableau en place où se reflète l'image de la mort imminente). Afin d' illustrer le trouble intérieur qui agite les personnages et le caractère transitoire de la réalité les personnages sont examinés à plusieurs reprises derrière des vitres dépolies de verre épais ou bien saisis dans des plans alambiqués reproduisant la distorsion des appareils de l'époque.
Ambiance funèbre et oppressante (voix-off d'outre-tombe, paysages hivernaux loin des clichés du western, lumière irréelle, brume de l'enfer, pensées et actes morbides) pour un western original et précieux qui impose, sur un rythme hypnotique, la beauté et la poésie de plans extérieurs évoquant le travail de Terrence Malick (chant de blés caressés par le vent), une réflexion subtile sur la célébrité, la construction et la permanence des mythes US que l'on retrouve chez Ford (L'homme qui tua Liberty Valence) et Eastwood avec son tueur fatigué d'Impitoyable, des personnages complexes portés par un duo de comédiens épatants et la mélancolie et l' humeur languide d'une ballade rimbaldienne.

1 nov. 2007

7h58, ce samedi là - Sidney Lumet

Ce samedi matin-là, dans la banlieue de New York, tout semble normal dans la vie des Hanson. Alors que Charles, le père, passe un test de conduite, sa femme Nanette ouvre la bijouterie familiale. Leur fils aîné, Andy, s'inquiète pour le contrôle fiscal qui débute lundi. Et comme d'habitude, Hank, son frère cadet, se noie dans ses problèmes d'argent. Mais à 7h58, ce samedi-là, tout va basculer dans la vie des Hanson.

Histoire de famille, huis-clos étouffant ce 7h58, en convoquant des thèmes cher à sa filmo de Family Business à Un après-midi de chien, rappelle quel grand réalisateur Sidney Lumet demeure à 80 ans passés.
Le titre original Before the devil knows you're dead fait référence au toast irlandais: "May you be in heaven half an hour... before the devil knows you're dead" (Puisses-tu atteindre le paradis une demi-heure avant que le diable n'apprenne ta mort).
L' atout principal de ce film magistral est un scénario déstructuré qui multiplie les allers-retour narratif, temporalité bousculée par d'incessants changements de points de vue, matérialisés par les variations d'angle des caméras à partir d'une même scène. La réalisation d'une remarquable précision met en valeur les acteurs de ce drame familial aux résonnances bibliques (rivalité d'Abel et Caïn). La tragédie en marche enferme ses protagonistes dont les âmes étouffent sous le poids de la fatalité dans une spirale de violence et de monstruosité implacables. Crime et châtiment sur un ton pessimiste et cynique qui constate, sans juger ses personnages qui rêvent tous d'une vie meilleure, l'individualisme et l'appât du gain au mépris des rapports familiaux et amoureux, 7h58 est d'une noirceur totale et d'une force incroyable, une tragédie grecque puissante où se débat un Philip Seymour Hoffman grandiose dans l'expression de la panique et du désarroi d'un homme incapable d'arrêter la machine infernale qu'il a lui même enclenché sans en mesurer les conséquences funestes.