5 nov. 2007

L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford - Andrew Dominik

Tout en préparant son prochain hold-up, le charismatique et imprévisible desperado Jesse James se lance dans une guerre sans merci contre ceux qui se sont mis en tête de se couvrir d`argent - et de gloire - en lui trouant la peau. Mais la vraie menace pourrait bien venir de ses propres rangs, plus précisément de ce jeune flingueur, Robert Ford, qui vient de rejoindre son gang et dont l`admiration se teinte de jalousie...


Avec une star en tête d'affiche et une grande ambition, l'australien Andrew Dominik (Shopper) revisite la grande figure de l'Ouest dans ce western psychologique de 2h40 qui à la forme et la majesté d'un bouleversant requiem, d'une ballade funèbre emplie de mélancolie et de douleur.
Dans un processus de démystification Jesse James est présenté comme un personnage rongé par la maladie, la paranoia, la culpabilité, en proie à des pulsions violentes et morbides. Le film met brillamment dos à dos légende et réalité, examine, à la manière d'Eastwood dans Impitoyable, la question de la représentation et de la fabrication des mythes. Parabole sur la célébrité, il montre à travers le personnage de Robert Ford la fascination des foules pour la gloire et les stars. Première superstar américaine, le bandit de grand chemin à la fin de sa carrière nous est présenté comme un être tourmenté, délité, dépressif, bien loin de la représentation légendaire faconnée par les récits populaires dont s'abreuvait Robert Ford enfant : un Robin des Bois ennemi juré des banquiers et propriétaires de chemins de fer et généreux défenseur des petits fermiers exploités. Alors qu'il commet son dernier coup aux débuts des années 1880, l'attaque d'un train chargé d'argent, Jesse James est une bête traquée par les autorités, monomaniaque soupçonnant les membres de sa bande de le trahir pour empocher la récompense, un hors la loi défiant la mort, attendant en fait la personne qui le délivrera d'un mal-être existentiel profond et douleureux : le nouveau venu dans la bande, Robert Ford, un gamin frêle et admiratif de ses exploits depuis l'enfance, sera ce Judas qui mettre fin à cette fuite en avant intolérable.
Pour exprimer les tourments de cette figure iconique qui se révèle être un personnage complexe, capable des pires brutalités et émotif, une star, Brad Pitt, dans son meilleur rôle justement couronné par la coupe Volpi du meilleur acteur à la Mostra deVenise, joue de son regard mélancolique, reflet bleuté d'une âme tourmentée. Face à lui, dans le rôle difficile du lâche Robert Ford, Casey Affleck impose avec brio son personnage timide, admiratif de JJ et de ses exploits relatés dans des romans illustrés bon marché qu'il collectionne jalousement dans une boîte où est résumée toute sa vie, une vie par procuration, dans l'ombre d'un géant. Grand film sur le vampirisme qui voit glisser progressivement Ford de la fascination (JJ à Ford : " tu veux me ressembler ou être moi?") au ressentiment qui prend sa source dans les moqueries humiliantes de JJ à son égard et au meurtre, passeport espéré vers la gloire et la renaissance. In fine Ford jouera le rôle sur scène de son idole dans une mise en scène pathétique de son assassinat.
La mise en scène contemplative, poétique, languide donne beaucoup d'espace de jeu (beaucoup de scènes dialoguées notamment au début du film) aux acteurs conférant ainsi de la densité aux multiples personnages, prend le temps de détailler le cheminement progressif de Ford qui va le voir passer de l'admiration à la trahison, motivé par un besoin de reconnaissance comme une revanche sur une vie terne faite d'humiliations et de frustrations ainsi que le délabrement intérieur d'un homme qui attend une mort digne, dans sa maison (sublime scène de meurtre-suicide où Jesse James conscient de la trahison fatale tourne le dos à ses bourreaux, ceinturon dégrafé, pour remettre un tableau en place où se reflète l'image de la mort imminente). Afin d' illustrer le trouble intérieur qui agite les personnages et le caractère transitoire de la réalité les personnages sont examinés à plusieurs reprises derrière des vitres dépolies de verre épais ou bien saisis dans des plans alambiqués reproduisant la distorsion des appareils de l'époque.
Ambiance funèbre et oppressante (voix-off d'outre-tombe, paysages hivernaux loin des clichés du western, lumière irréelle, brume de l'enfer, pensées et actes morbides) pour un western original et précieux qui impose, sur un rythme hypnotique, la beauté et la poésie de plans extérieurs évoquant le travail de Terrence Malick (chant de blés caressés par le vent), une réflexion subtile sur la célébrité, la construction et la permanence des mythes US que l'on retrouve chez Ford (L'homme qui tua Liberty Valence) et Eastwood avec son tueur fatigué d'Impitoyable, des personnages complexes portés par un duo de comédiens épatants et la mélancolie et l' humeur languide d'une ballade rimbaldienne.

1 commentaire:

Dalva a dit…

You write very well.