16 nov. 2007

Le Royaume - Peter Berg

Riyad (Arabie Saoudite). Un attentat des plus sanglants jamais perpétrés contre des Occidentaux fait plus 100 morts et 200 blessés parmi les employés de la société pétrolière Gulf Oasis et leurs familles. Tandis que les bureaucrates de Washington discutent "droit d'ingérence" et "territorialité", l'agent du FBI Ronald Fleury et les membres de sa section d'intervention négocient un discret voyage de cinq jours en Arabie Saoudite pour identifier le cerveau de l'attentat.Dès leur arrivée au Royaume, Fleury et les siens sont confrontés à l'hostilité des Saoudiens, qui prétendent mener seuls l'enquête. Entravés par un protocole tatillon et pressés par le temps, les quatre agents comprennent qu'ils doivent gagner au plus tôt la confiance de leurs homologues saoudiens, aussi décidés qu'eux à retrouver les terroristes...

Produit par Michael Mann, Le Royaume affiche la volonté de relater la tension entre Occident et Moyen-Orient à travers une fiction située en Arabie Saoudite où des militaires américains interviennent pour enquêter sur un attentat terroriste. Sous influence de son producteur-réalisateur de talent (Ali, Révélations), Peter Berg tente de donner de la densité et de la crédibilité à son histoire en filmant les évènements comme dans un documentaire : la caméra très mobile cadre très serré les personnages et l'action; en résulte un climat anxiogène où le hors-champ est constamment menaçant. En effet les personnages évoluent dans un milieu étranger et souvent hostile dont ils ne maîtrisent pas les codes. Mais sensation d'urgence couplée à une approche documentée (images d'archives, précision stratégique des militaires) ne parviennent pas à masquer l'absence de scénario et d'un véritable point de vue. Le déroulement de l'enquête n'est jamais palpitant : aucune péripétie dramatique ou de tension dramatique pour accrocher l'intérêt pour des personnages sans épaisseur. Dans un souci de tolérance le scénario voit un Arabe et un Américain s'associer pour arrêter un criminel. Si les personnages secondaires (Jennifer Garner, Chris Cooper) sont inexistants et Jamie Foxx mauvais l'acteur qui joue son homologue saoudien tire facilement son épingle du jeu avec un rôle plus nuancé. Film tape à l'oeil misant sur un procédé de mise en scène qui trouve vite ses limites en l'absence de scénario, ce Royaume affiche finalement un discours ambigu sur l'interventionnisme US au Moyen-Orient : illusion d'un appel à la fraternité, la tolérance entre les peuples et les religions marqué par le duo de flics oriental et occidental qui s'efface finalement au profit d'un discours revanchard ("On les tueras tous" murmure Foxx à Garner pour lui remonter un moral bien bas après avoir appris le décès d'un collègue dans l'attentat, avant leur départ pour Riyad) emplis de clichés sur le monde musulman et de représentations grotesques de la terreur islamiste depuis le 11/09 (scènes de tension ratées: des islamistes fondamentalistes tentent de mettre en scène dans l'urgence la décapitation d'un agent US/arrestation du cerveau de l'affaire, un vieux monsieur qui avait la mauvaise habitude de cacher une arme sous son oreiller!). En terme d'action, fusillades et pyrotechnie, la dernière demi-heure est impressionnante à défaut d'être incroyable : d'un explosif carambolage sur l'autoroute à de violents combats de rue pas de répit pour le spectateur réveillé qui a toutefois l'impression d'avoir déjà vu pareilles scènes d'action mais plus inspirées dans MI3, Bad Boys 2 ou la saga Bourne pour les scènes automobiles et La Chute du Faucon noir de Ridley Scott pour les conflits lourdement armés en milieu urbain.

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