31 déc. 2007

L'année cinéma 2007

L'année 2007 s'achevant vient l'heure des traditionnels bilans cinématographiques auxquels se livrent avec jubilation les passionnés du 7ème art
Mon top 10 des meilleurs films de 2007 (chroniqués dans ces pages) :
1. La nuit nous appartient / James Gray
2. L'assassinat de Jesse James... / Andrew Dominik
3. La vengeance dans la peau / Paul Greengrass
4. 7h58, ce samedi là / Sidney Lumet
5. Paranoid Park / Gus Van Sant
6. Zodiac / David Fincher
7. Dans la vallé d'Elah / Paul Haggis
8. Blood diamond / Edward Zwick
9. Sunshine / Danny Boyle
10. Les chansons d'amour / Christophe Honoré

Mon top 10 des meilleurs dvd de films de fiction :
1. Blade runner, édition ultimate 5 dvd
Ce chef d'oeuvre SF visionnaire de Ridley Scott est à voir et/ou revoir dans les meilleures conditions : image et son de toute beauté, film décliné en 5 versions dont le final cut de 2007 et une copie de travail remastérisée qui fut la première version montrée au public à l’occasion de projections-tests au début des années 80, passionnant making-of chapitré d'une durée de 3h30
2. Miami vice, édition collector avec la version longue du virtuose film de Michael Mann : un début moins abrupt que dans la version ciné, des scènes nouvelles ou rallongées développant la vie privée des infiltrés dont les relations sont désormais plus consistantes
3. Babel et son making-of de 90 min mettant en lumière la profonde générosité, patience et acharnement de son réalisateur Iñarritu à filmer sur plusieurs continents, avec des stars comme Brad Pitt et des acteurs non professionnels, des destins contrariés par la douleur, la souffrance, la solitude, la discrimination : puissant, émouvant, du grand cinéma humaniste et sensible
4. La science des rêves, riche interactivité pour ce film mélancolique sur un grand rêveur trouvant refuge dans un monde imaginaire délirant et poétique avec notamment une version B concoctée par Michel Gondry à partir des prises écartées au montage ciné et une BD sur les objets fantaisistes crées par son héros lunaire
5. Les tueurs, gros travail éditorial de Carlotta pour ce classique du film noir de Robert Siodmak avec Burt Lancaster et Ava Gardner : version remastérisée, étude d'universitaire, version radiophonique, court-métrage de Tarkowski adaptant la nouvelle éponyme d'Hémingway...
6. Inland empire, l'envoûtant et déroutant dernier opus de Lynch filmé en DV, une expérience sensitive hors norme comme une plongée dans un trou noir, une exploration de l'inconscient et des rêves, une déclaration d'amour d'un cinéaste à son actrice : dans les bonus le film est analysé par Michel Chion, spécialiste français de l'auteur de Mulholland Drive et évoqué, fait assez rare, par son créateur dans plusieurs interviews
7. Mémoires de nos pères / Lettres d'Iwo Jima, extraordinaire dyptique sur la bataille d'Iwo Jima vu successivement du côte américain et japonais : bonheur de voir l'immense Clint Eastwood au travail sur une oeuvre désormais phare du film de guerre (en complément du magnifique livre d'entretiens avec Michael Henry Wilson paru aux éditions Cahiers du cinéma!)
8. Taxi driver dans une édition définitive présentant un master numérique HD et 8 documentaires passionnants sur ce chef d'oeuvre de Martin Scorsese
9. Le labyrinthe de Pan, superbe conte poétique et effrayant évoquant Lewis Caroll, Lovecraft, l'Espagne francquiste, dans une édition ultimate à la hauteur du meilleur film de Guillermo Del Toro : le coffret déploie pas moins de 5 galettes dont le dvd du film, un hd-dvd, le cd audio de la bof intégrale et un livre exclusif de 64 pages
10. Casino Royale dans une édition collector 2 dvd sans doute pas définitive mais offrant un transfert royal pour ce meilleur opus de la saga James Bond

29 déc. 2007

There will be blood / Paul Thomas Anderson

Après 5 ans d'absence, Paul Thomas Anderson (Magnolia, Punch-Drunk Love), semble revenir en grande forme avec There will be blood, une histoire de famille, de religion et de pétrole, porté par l'un des plus grands acteurs au monde, Daniel Day-Lewis.
Daniel Plainview, un prospecteur, achète les droits d'exploitation des puits de pétrole d'une famille vivant dans un ranch au Texas. Mais bien vite le prospecteur se rend compte que le pétrole va remettre en question le rêve américain...

Nominé dans la catégorie premier rôle masculin pour les screen actor guild's awards, la guilde des acteurs américains, qui seront décernés le 27 janvier, Daniel Day-Lewis parait, au vu des premières images totalement habité par son rôle qui pourrait lui valoir, aux dires des spécialistes, un nouvel oscar après celui remporté pour My left foot (1989).
Le film s'annonce comme un des premiers chocs cinématographiques de 2008, sur les écrans français le 27 février prochain.

18 déc. 2007

Je suis une légende / Francis Lawrence

A l'origine un roman culte de Richard Matheson contant le calvaire quotidien d'un survivant d'une terrible épidémie mondiale contraint de se terrer dans sa demeure pour échapper aux assauts nocturnes d'une horde de vampires aux visages familiers. Malheureusement l'adaptation hollywoodienne dirigée par Francis Lawrence prend beaucoup de libertés avec le matériau de départ et s'éloigne dangereusement des intentions de Matheson : les infectés ne sont plus des vampires mais ont désormais l'apparence de mutants animés par des images de synthèse d'une grande laideur dont le réalisateur privilégie le côté élastique et virevoltant au détriment du caractère tragique de leur condition, le héros est un spécialiste en biologie quand dans le texte il tatonne en autodidacte dans une recherche désespérée d'un vaccin ici de nature humaine et surtout la fin pessimiste du roman a été changée pour une conclusion porteuse d'espoir en phase avec l'ampleur d'une production très onéreuse contraint de rassembler le plus large public (la seule scène de l'évacuation et de l'explosion de Brooklyn a coûté la bagatelle de 5M de dollars). Les 2/3 tiers du film restent impressionnants : perdu dans un New-York fantôme vidé de ses habitants et de toute vie à l'exception d'animaux sauvages et envahi par la végétation, Will Smith, toutefois accompagné d'un chien assez bon acteur (le pendant canin du mutique Wilson, le compagnon d'infortune de Tom Hanks dans Cast Away, grand film sur l'abandon et la solitude qui parvenait à créer du suspense avec trois fois rien!), parvient à rendre par son jeu sensible basé sur l'introspection la détresse de ce survivant d'une apocalypse qui lui arraché sa famille. Le début du film multiplie avec inspiration les scènes d'un quotidien morne et inquiétant où le héros, seul au monde et contraint de se discipliner pour survivre à la horde de mutants se déchainant la nuit tombée, garde néammoins l'espoir de trouver un remède à ce virus en mobilisant ses connaissances scientifiques. L'angoisse nait justement de cet abandon absolu, de cette solitude oppressante et non des scènes de lutte avec la cohorte de mutants dont l'aspect numérique a pour effet de dématérialiser ce film bancal et finalement très décevant. En abandonnant la réflexion souvent teinté d'ironie de Matheson sur le mythe du vampire et le renversement final qui voit Néville, tueur acharné de morts vivants, devenir un monstre aux yeux de la majorité et donc le fléau à abattre, pour un survival spectaculaire tout numérique qui érige son héros en nouveau messie, le film s'enlise insolublement dans les travers du mauvais film hollywoodien où pyrotechnie et images de synthèse tiennent lieu de carburant à une machine pourtant prometteuse vidée d'émotion et de lyrisme par une direction qui ne restera pas dans la légende.

Sweeney Todd / Tim Burton

Entrez dans l'univers macabre de Sweeney Todd en arpentant le site officiel du film où sont mis à la disposition du public trailers, clips, wallpapers... en attendant la sortie française le 23 janvier 2008 pour ce qui s'annonce comme une nouvelle réussite éclatante du tandem Tim Burton/Johnny Depp, entre Les noces funèbres pour le côté musical et Sleepy Hollow pour l'univers gothique débordant de sombres desseins et d'hémoglobine.

17 déc. 2007

The Dark Knight / Christopher Nolan

Première bande-annonce de The Dark Knight, la suite de Batman begins, toujours réalisé par le petit prodige Christopher Nolan (Memento, Insomnia, the Prestige) qui a insufflé un nouveau souffle à la saga après les poussives troisièmes et quatrièmes aventures réalisées par Joel Schumacher. Sortie française le 20 août 2008 pour ce film tourné en IMAX mettant en scène Christian Bale dans le rôle titre face à son ennemi juré le Joker, interprété par Heath Ledger.

14 déc. 2007

Je suis une légende / Francis Lawrence

Adapté du chef d'oeuvre SF éponyme de Richard Matheson, Je suis une légende avec Will Smith déboule sur les écrans français le 19 décembre : mystérieusement immunisé contre un terrible virus d'origine humaine, le renommé scientifique Robert Néville est le dernier homme à errer dans les ruines de New-York, peut-être sur la Terre. Premières minutes de la séquence d'ouverture de ce film très attendu produit par la Warner .

"Chaque jour, il doit organiser son existence solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil...
Chaque nuit, les vampires le traquent jusqu'aux portes de sa demeure, frêle refuge contre une horde aux visages familiers de ses anciens voisins ou de sa propre femme.
Chaque nuit est un cauchemar pour le dernier homme, l'ultime survivant d'une espèce désormais légendaire."(4 ème de couverture du roman publié chez Folio SF)

11 déc. 2007

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal / Steven Spielberg

1ère affiche officielle d'Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal dans les salles françaises le 21 mai 2008.
Aux côtés d'Harrison Ford on trouvera dans cette nouvelle aventure l'excellente Cate Blanchett en méchante, Karen Allen qui reprend son rôle des Aventuriers de l'arche perdue, Jim Broadbent en collègue de Jones à l'université de Yale, Ray Winstone que le producteur Frank Marshall décrit comme étant à mi-chemin entre Belloq, le rival de Jones que l'on croise plusieurs fois dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue et Sallah, un adjuvant du même film, John Hurt que les rumeurs voient en Albert Einstein ou Abner Ravenwood.
Enfin le pitch:
Durant la Guerre Froide, Indiana Jones part pour une nouvelle aventure qui l'entraînera à travers le Nouveau Mexique, la jungle du Pérou ou encore le Connecticut. L'objet de ce nouveau périple : Mettre la main sur une relique sud américaine possédant des pouvoirs surnaturels. Il devra cependant déjouer les plans de la séduisante agent russe, Spalko, et d'un collègue archéologue quelque peu malhonnête.

4 déc. 2007

Dans la vallée d'Elah - Paul Haggis

De retour d'Irak, en permission, un jeune soldat disparaît. Son père, Hank - un ancien membre de la Police Militaire se lance à sa recherche avec le concours d'Emily Sanders, officier de police de la juridiction du Nouveau-Mexique où Mike a été aperçu pour la dernière fois. Face au silence et à l'hostilité croissante des autorités militaires, Hank et Emily soupçonnent bientôt un coup fourré. Les indices troublants s'accumulent, et la vérité sur le séjour en Irak de Deerfield finit par éclater, bouleversant à jamais la vie de Hank et ses croyances....

A travers cette fiction inspiré de faits réels, Paul Haggis, réalisateur oscarisé de Collision et scénariste de Million Dollar Baby et Casino Royale, ausculte le traumatisme irakien vécu par les soldats et par ricochet les familles. Plus que l'enquête policière dont les ficelles sont parfois un peu grosses, l'intérêt du film est le deuil et le bouleversement des valeurs morales, politiques du personnage de Tommy Lee Jones, impeccable de douleur contenue, visage buriné et fermé, regard troublé où transparait une souffrance muette, celle d'un père qui a perdu son deuxième fils à la guerre. Rythmé par les vidéos envoyés du front irakien au père pour témoigner de l'expérience de l'horreur et les propos désabusés et amers de personnages broyés par cette croisade sanglante, le film engagé de Haggis ne sacrifie jamais ces personnages au profit d'une démonstration didactique sur les méfaits de la guerre ou de l'illustration d'une thèse. Sur le papier l'histoire pouvait prêter aux débordements lacrymals; Haggis qui a retenu les leçons de son mentor Clint Eastwood livre un film émouvant, toujours digne, à l'image de ce plan d'ensemble magnifique enregistrant à distance respectable la douleur d'une famille en deuil. Sobriété de la mise en scène, attention précise aux multiples personnages et lieux d'une Amérique profonde, primat donné à la suggestion dans le jeu d'acteur (compositions admirables de Jones, Sarandon et Théron), Haggis tend vers l'épure, après Collision qui flirtait souvent avec le pathos, pour mieux dénoncer ce bourbier irakien qui meurtrit des milliers de familles américaines comme irakiennes. Titre métaphorique qui fait référence au lieu où Saül envoya David avec seulement cinq pierres pour affronter le géant Goliath, relaté dans la Bible dans le premier Livre de Samuel (chapitre XVII), Dans la vallée d'Elah est le portrait déchirant d' une Amérique traumatisée par le sacrifice de ses enfants dans la vallée d'Irak. La bannière étoilée est sans dessus dessous.

1 déc. 2007

Paranoid Park - Gus Van Sant

60ème festival de Cannes - Compétition officielle

A Portland, Alex un jeune skateur tue accidentellement un agent de sécurité sur l'un des spots les plus malfamés. L'adolescent est tiraillé entre le besoin de se dénoncer et l'instinct de garder le secret de ce tragique évènement.


Avec Paranoid Park, Gus Van Sant poursuit son exploration des affres de l'adolescence initiée dès Mala Noche (1985) et qui est au centre de ses films hollywoodiens (Will Hunting, A la rencontre de Forrester) comme de ses oeuvres plus expérimentales (My own private Idaho, Elephant, Gerry, Last Days).
Période d'indécision identitaire et sentimentale, de révolte contre le monde souvent incompréhensible des adultes, l'adolescence ne cesse d'inspirer le réalisateur de Portland qui y voit matière pour ses expériences visuelles et sonores destinées à traduire un sentiment d'absence au monde, de trouble intérieur vécu par des personnages proches de ceux de la vie. Van Sant décrit son nouveau film comme un "Crime et châtiment dans le milieu du skate-board". Il parvient admirablement, par touches impressionnistes mobilisant les ressources multiples de l'image (ralentis, accélérés, textures variés en 35 mm et Super 8) et du son (dissonances, b.o hétéroclite) à traduire le désarroi de son jeune héros introverti rongé par la culpabilité, l'indécision mais néammoins porteur d'un désir de s'émanciper et de trouver sa place dans le monde. La mise en scène constamment en recherche de paysages sonores déroutants et d'images évanescentes et hypnotiques capte le moindre mouvement afin de l'inscrire dans une architecture visuelle et sonore dédiée au Beau (le corps, l'espace urbain). Comme le brillant Elephant, Paranoid Park est construit en flashs-back qui permettent de rejouer une même scène sous un autre angle et une autre perspective. Il adopte une narration plus classique que Last Days qui tirait par moment vers l'abstraction radicale. Et à l'inverse de Blake, autre personnage dégingandé en proie à un sévère tohu-bohu intérieur qui trouvait la paix avec le suicide, Alex chemine doucement vers la lumière en acceptant ses responsabilités et de s'ouvrir aux autres.