18 déc. 2007

Je suis une légende / Francis Lawrence

A l'origine un roman culte de Richard Matheson contant le calvaire quotidien d'un survivant d'une terrible épidémie mondiale contraint de se terrer dans sa demeure pour échapper aux assauts nocturnes d'une horde de vampires aux visages familiers. Malheureusement l'adaptation hollywoodienne dirigée par Francis Lawrence prend beaucoup de libertés avec le matériau de départ et s'éloigne dangereusement des intentions de Matheson : les infectés ne sont plus des vampires mais ont désormais l'apparence de mutants animés par des images de synthèse d'une grande laideur dont le réalisateur privilégie le côté élastique et virevoltant au détriment du caractère tragique de leur condition, le héros est un spécialiste en biologie quand dans le texte il tatonne en autodidacte dans une recherche désespérée d'un vaccin ici de nature humaine et surtout la fin pessimiste du roman a été changée pour une conclusion porteuse d'espoir en phase avec l'ampleur d'une production très onéreuse contraint de rassembler le plus large public (la seule scène de l'évacuation et de l'explosion de Brooklyn a coûté la bagatelle de 5M de dollars). Les 2/3 tiers du film restent impressionnants : perdu dans un New-York fantôme vidé de ses habitants et de toute vie à l'exception d'animaux sauvages et envahi par la végétation, Will Smith, toutefois accompagné d'un chien assez bon acteur (le pendant canin du mutique Wilson, le compagnon d'infortune de Tom Hanks dans Cast Away, grand film sur l'abandon et la solitude qui parvenait à créer du suspense avec trois fois rien!), parvient à rendre par son jeu sensible basé sur l'introspection la détresse de ce survivant d'une apocalypse qui lui arraché sa famille. Le début du film multiplie avec inspiration les scènes d'un quotidien morne et inquiétant où le héros, seul au monde et contraint de se discipliner pour survivre à la horde de mutants se déchainant la nuit tombée, garde néammoins l'espoir de trouver un remède à ce virus en mobilisant ses connaissances scientifiques. L'angoisse nait justement de cet abandon absolu, de cette solitude oppressante et non des scènes de lutte avec la cohorte de mutants dont l'aspect numérique a pour effet de dématérialiser ce film bancal et finalement très décevant. En abandonnant la réflexion souvent teinté d'ironie de Matheson sur le mythe du vampire et le renversement final qui voit Néville, tueur acharné de morts vivants, devenir un monstre aux yeux de la majorité et donc le fléau à abattre, pour un survival spectaculaire tout numérique qui érige son héros en nouveau messie, le film s'enlise insolublement dans les travers du mauvais film hollywoodien où pyrotechnie et images de synthèse tiennent lieu de carburant à une machine pourtant prometteuse vidée d'émotion et de lyrisme par une direction qui ne restera pas dans la légende.

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