1 déc. 2007

Paranoid Park - Gus Van Sant

60ème festival de Cannes - Compétition officielle

A Portland, Alex un jeune skateur tue accidentellement un agent de sécurité sur l'un des spots les plus malfamés. L'adolescent est tiraillé entre le besoin de se dénoncer et l'instinct de garder le secret de ce tragique évènement.


Avec Paranoid Park, Gus Van Sant poursuit son exploration des affres de l'adolescence initiée dès Mala Noche (1985) et qui est au centre de ses films hollywoodiens (Will Hunting, A la rencontre de Forrester) comme de ses oeuvres plus expérimentales (My own private Idaho, Elephant, Gerry, Last Days).
Période d'indécision identitaire et sentimentale, de révolte contre le monde souvent incompréhensible des adultes, l'adolescence ne cesse d'inspirer le réalisateur de Portland qui y voit matière pour ses expériences visuelles et sonores destinées à traduire un sentiment d'absence au monde, de trouble intérieur vécu par des personnages proches de ceux de la vie. Van Sant décrit son nouveau film comme un "Crime et châtiment dans le milieu du skate-board". Il parvient admirablement, par touches impressionnistes mobilisant les ressources multiples de l'image (ralentis, accélérés, textures variés en 35 mm et Super 8) et du son (dissonances, b.o hétéroclite) à traduire le désarroi de son jeune héros introverti rongé par la culpabilité, l'indécision mais néammoins porteur d'un désir de s'émanciper et de trouver sa place dans le monde. La mise en scène constamment en recherche de paysages sonores déroutants et d'images évanescentes et hypnotiques capte le moindre mouvement afin de l'inscrire dans une architecture visuelle et sonore dédiée au Beau (le corps, l'espace urbain). Comme le brillant Elephant, Paranoid Park est construit en flashs-back qui permettent de rejouer une même scène sous un autre angle et une autre perspective. Il adopte une narration plus classique que Last Days qui tirait par moment vers l'abstraction radicale. Et à l'inverse de Blake, autre personnage dégingandé en proie à un sévère tohu-bohu intérieur qui trouvait la paix avec le suicide, Alex chemine doucement vers la lumière en acceptant ses responsabilités et de s'ouvrir aux autres.

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