30 déc. 2008

Amblin / Steven Spielberg

Le premier court-métrage en 35 mm complet de Steven Spielberg est Amblin. Réalisé en 1968 pour 15 000$, Amblin permit au jeune Spielberg de décrocher un contrat avec les studios Universal à la division télévision.

Le film d'une durée de 26 mn narre la rencontre d'un jeune couple de vagabond au bord d'une route désertique. Ils décident de voyager ensemble en auto-stop vers une plage du Pacifique.

Ce joli court sans paroles, avec quelques effets sonores et une musique acoustique pour raconter une simple histoire d'amour qui à la forme d' un road-movie annonce sur un mode plus léger son premier long Duel qu'il réalise en 1971 à seulement 25 ans.

Voici ICI enfin visible Amblin un court métrage inédit d'un des plus grands réalisateurs vivants d'Hollywood.

29 déc. 2008

Le chant des mariées / Karin Albou

Tunis, 1942. Nour et Myriam, 16 ans, sont amies depuis l'enfance. Elles partagent la même maison d'un quartier modeste où Juifs et Musulmans vivent en harmonie. Chacune désire secrètement vivre la vie de l'autre : tandis que Nour regrette de ne pas aller à l'école comme son amie, Myriam rêve d'amour. Elle envie les fiançailles de Nour avec son cousin Khaled, sorte de fantasme partagé de prince charmant. Malheureusement, Khaled ne trouve pas de travail. Les fiançailles se prolongent et la perspective d'une union charnelle s'éloigne.
En novembre 1942, l'armée allemande entre à Tunis. Poursuivant la politique de Vichy, les Nazis soumettent la communauté juive à une lourde amende. Tita, la mère de Myriam n'a plus le droit de travailler, criblée de dettes, elle décide de marier sa fille à un riche médecin. Myriam voit d'un seul coup ses rêves d'amour s'évanouir...


CINEMED 30ème édition-Compétition

Après un premier long très remarqué La petite Jérusalem avec Fanny Valette (prix SACD du scénario au festival de Cannes 2005, Prix Michel d'Ornano), Karin Albou raconte avec Le chant des mariées une histoire d’amitié entre deux jeunes femmes juives et musulmanes pendant l’occupation allemande à Tunis en 1942.

La jeune réalisatrice a choisi un traitement minimaliste de la guerre pour se consacrer à cette histoire d’amitié, d’amour fusionnel qui s’effrite au fil de leur émancipation et d’évènements dramatiques induits par ce contexte historique troublé.

Pour traduire cette relation forte, ce lien indéfectible qui semble lier les deux jeunes filles, Karin Albou les inscrit au début du film dans le même cadre, une option de mise en scène annulée plus tard par la mise en parallèle de leurs destins contrariés par la guerre et les allemands qui ont monté les communautés juives et musulmanes l’une contre l’autre via une propagande à base de tracts et annonces radio haineux.

Si le film est optimiste en montrant la cohabitation de familles de communautés différentes il montre aussi ce qui oppose les hommes aux femmes et dit la difficile condition de la femme pour échapper aux lois sclérosantes de l’homme et aux traditions et positions morales archaïques.

Mariage forcé, mise à distance par le père, Le chant des mariées illustre le rapport complexe homme-femme dans ces communautés. Le personnage de Myriam s’oppose par sa détermination et une incroyable volonté de s’affranchir dans un milieu répressif à l’égard des femmes à son amie Nour qui va perdre pied et être contaminé par la jalousie et la frustration de son amoureux, Khaled.

Le récit bouleversant de cette amitié mise à l’épreuve de l’amour et de la guerre multiplie les situations dramatiques avec une mise en scène qui oscille entre exigence documentaire (les scènes au hammam, la séquence de l’épilation du pubis/défloration de Myriam) et élans romanesques.

La caméra scrute les élans du cœur et la sensualité des corps. Lumière naturelle, durée des scènes, Albou filme de manière crue, sans fards la sexualité et la féminité.

Par ces nombreux thèmes dont la violence familiale (mariage arrangé) et sociale (société maghrébine structurée de manière féodale) et son traitement brut de la sexualité dans un milieu répressif à l’égard des femmes, Le chant des mariées se révèle être, en plus d’être riche sur le plan dramatique, un film politique percutant.

Les deux jeunes comédiennes, Lizzie Brocheré et Olympe Borval, incarnent avec conviction et justesse (comme la réalisatrice qui s'est réservé le rôle de la mère de Myriam) ces deux amies séparées par la guerre, l’Histoire.

Karin Albou a donc choisit judicieusement de la mettre à distance, de la représenter de manière fragmentaire via des tracts, des annonces radiophoniques, la silhouette de soldats et le bruit de leurs bottes pour se consacrer à une histoire intimiste qui échappe au schématisme (amitié entre deux jeunes filles de communautés différentes) pour toucher fort en terme d’émotions.


Lizzie Brocheré, Karin Albou, Olympe Borval (30ème CINEMED/photo F.B)

Rencontrée au 30ème festival du cinéma méditerranéen, Karin Albou déclare avoir effectué pendant plusieurs années beaucoup de recherches historiques, recueilli de nombreux témoignages et réalisé plusieurs réadaptations pour arriver à son scénario définitif.

Elle souligne n’avoir eu aucun souci au niveau des autorisations de tournage et le plaisir de retrouver, 10 ans après le décor principal de son moyen-métrage, le hammam, lieu de bien d’échanges amicaux et de tensions.

Le chant des mariées est une formidable histoire d’amitié entre deux jeunes filles juives et musulmanes mais évoque aussi à travers la relation de Myriam et de son époux médecin Raoul « la différence sociale entre les pauvres et les riches ». Il existait alors comme aujourd’hui d’ailleurs « un fossé énorme entre les juifs très riches et les juifs plus pauvres ». La réalisatrice précise qu’un mariage comme celui entre Myriam issu d’un milieu modeste et le médecin Raoul est très rare.

Sur le plan historique elle revient avec précision sur l’instauration d’amendes et du travail obligatoire par les allemands puis sur les lois de Vichy et le numerus clausus qui empêchait de nombreuses professions comme les médecins d’exercer.

Au sujet du rapprochement des communautés juives et musulmanes, Le chant des mariées est jugé par sa réalisatrice comme un « film assez optimiste quand on voit la réalité aujourd’hui ».

Concernant ses héroïnes et la féminité : « elles ont une relation charnelle très partagée » qui n’est pas de l’ordre de l’homosexualité mais comme exprimée par les adolescentes. Finalement « les deux filles sont modernes car elles veulent aimer ».

Complice avec ses deux jeunes comédiennes, Karin Albou a vu Lizzie Brocheré dans Chacun sa nuit (2006) de Pascal Arnold et Jean-Marc Barr et a été séduit par « son côté petit chat bléssé ». Découverte au cours d’un casting sauvage dans la rue, Olympe Borval a appris l’arabe pour les besoins de son rôle.

Merci à Gaby Pouget & Jean-François Bourgeot du CINEMED

15 déc. 2008

Le bon, la brute et le cinglé / Kim Jee-Woon

Les années 30 en Mandchourie. Le Cinglé vole une carte aux trésors à un haut dignitaire japonais. La Brute, tueur à gages réputé, est payé pour récupérer cette carte. Le Bon veut retrouver le détenteur de la carte pour empocher la prime. Un seul parviendra à ses fins, s'il réussit à anéantir l'armée japonaise, les voyous chinois, les gangsters coréens... et ses deux adversaires.


61ème festival de Cannes-Hors compétition

Connu en France pour le fantastique 2 sœurs (2004) et le noir A Bittersweet life (2006), le coréen Kim Jee-Woon impressionne à nouveau avec ce western oriental déjanté et jubilatoire sous influence, Le Bon, la brute et le cinglé.

Avec un budget avoisinant les 17 millions de dollars, Le Bon, la brute et le cinglé est le film le plus cher de l'histoire du cinéma sud-coréen. A l’affiche 3 grandes stars dans leur pays : Jung Woo-Sung (Musa, la princesse du désert / le bon), Byung-hun Lee (A Bittersweet life / la brute), Song-Kang-Ho (Memories of murder, The host / le cinglé) qui ont exécuté eux-mêmes leurs cascades lors d’un long tournage dans de multiples décors naturels par des températures très variées (10°C le matin, 40° l’après-midi).

Projeté hors compétition au 61ème festival de Cannes Le Bon, la brute et le cinglé a offert aux festivaliers un moment de détente et de plaisir coupable durant 2h.

Influencé par Sergio Leone, John Woo et les cartoons, Kim Jee-Woon débute son récit par l’incroyable attaque d’un train où sont présentés avec humour et vitesse, grâce à des mouvements de caméra impressionnants de précision et d’ingéniosité pour lier les différents protagonistes dans l’action, les trois personnages principaux qui convoitent un trésor, un MacGuffin recherché également par des bandits mandchouriens et l’armée japonaise, un joyeux foutoir en somme.

Gorgé de références cinématographiques, de personnages hauts en couleur, d’action à tous les étages dans un cadre menaçant d’exploser, Le Bon, la brute et le cinglé est un hommage jubilatoire aux films de genre comme le western-spaghetti qu’il transpose en Mandchourie. S’il en respecte le schéma narratif et les codes il propose une vitesse d’exécution inédite et une ampleur visuelle époustouflante qui fera date.

Travellings avants furieux, gunfights homériques, bande-son énergique sont de la partie au cours de ce métrage au rythme infernal qui multiplie les moments de bravoure entre un affrontement musclé sur un marché qu’on croirait sorti de A toute épreuve et une course-poursuite finale d’anthologie mobilisant chevaux, tanks, motos et pistoleros à la gâchette facile.

Song-Kang-Ho, antihéros aux gesticulations et mimiques sortis d’un Tex Avery et Byung-hun Lee en tueur complètement allumé assurent le spectacle (Jung Woo-Sung a un peu de mal à faire exister son personnage de bon face à ces personnages exubérants) entre les nombreuses fusillades que Kim Jee-Woon étire avec générosité pour le plaisir des amateurs.

Il y a dans ce film un bonheur de filmer et de rendre hommage aux maîtres du cinéma (en vrac Leone, Woo, Tarantino, Miller) vraiment manifeste et communicatif et une virtuosité visuelle assez prodigieuse qui rend ce western coréen fortement recommandable pour lutter contre la morosité ou un blues passagers.



(sortie le 17/12/08)

Sherlock Holmes par Guy Ritchie

Premières photos officielles du nouveau film de Guy Ritchie (Snatch, Rocknrolla), Sherlock Holmes.







En tournage à Londres depuis le 06 octobre, cette adaptation de l'oeuvre de Arthur Conan Doyle est interprétée par Robert Downey Jr dans le rôle du célèbre détective et Jude Law dans celui de son assistant Watson.

A en juger par la seconde photo, Guy Ritchie compte autant à s'intéresser à l'esprit de déduction imparable de Holmes que de ses capacités athlétiques notamment dans la pratique des arts martiaux.

Au casting on retrouvera également Mark Srong (Body of lies), Rachel McAdams (N'oublie jamais, Red eye) et Kelly Reily (Les poupées russes).

Le Sherlock Holmes de Guy Ritchie qui risque d'être surprenant sera distribué courant 2009 par Warner Bros.

14 déc. 2008

Pour elle / Fred Cavayé

Lisa et Julien sont mariés et mènent une vie heureuse et sans histoire avec leur fils Oscar. Mais leur vie bascule, quand un matin la police vient arrêter Lisa pour meurtre.
Elle est condamnée à 20 ans de prison.

Persuadé de l'innocence de sa femme, Julien décide de la faire évader.

Jusqu'où sera-t-il prêt à aller "pour elle" ?

Pour son premier film, Fred Cavayé a placé son intrigue, selon ses propos à la presse pour schématiser ce projet, entre Claude Sautet et Jason Bourne. Pour elle réussit brillamment la balance entre l’étude de caractères centrée sur un couple aimant, ordinaire placé dans une situation extraordinaire et la course contre la montre haletante.

Le sentiment d’urgence face à une situation principale dramatique est bien rendu par un montage nerveux (on reste loin toutefois en terme d’enchaînement de plans de celui trépidant de Greengrass dans la trilogie Bourne) et le jeu solide et intense des deux comédiens principaux.

Diane Kruger est juste; Vincent Lindon qui est de quasiment tous les plans est remarquable, bloc de détermination et de douleur rentrée qui explose dans l’action violente au bord de l’illégalité. Via le personnage de Julien qui est résolu à faire évader sa femme à n’importe quel prix le film soulève la question suivante : qu’est-on capable de faire par amour ?

Si la résolution de la situation dramatique principale n’est pas exempt d’invraisemblances, l’histoire humaine de ce couple uni, charmant, dont les interprètes sont crédibles dans leurs moments de complicité comme dans des échanges dramatiques, est suffisamment forte pour accrocher le spectateur pendant 90 mn.

Le récit est bien tenu : après une exposition rapide, le développement des conséquences de cette situation dramatique est assuré grâce au talent des comédiens et la maîtrise d’une tension constante et d’émotions véritables à travers des scènes intimistes, familiales, alternant avec les préparatifs du plan d’évasion conçu par ce Monsieur Tout le monde que l’amour indéfectible pour sa femme pousse à envisager l’impossible et à s’engager dans un futur dangereux.


Pour elle est donc une très bonne surprise à voir avant tout pour lui, Vincent Lindon dont le charisme viril et la sensibilité rentrée font merveille dans ce drame policier français de belle facture dont le réalisateur Fred Cavayé est à surveiller de près.

11 déc. 2008

Terminator Salvation / McG

En 2018, après l'apocalypse qui a vu s'affronter les hommes et les robots, John Connor est devenu le chef de la résistance humaine contre Skynet et son armée de Terminators. Sa vision du monde est pourtant remise en cause par l'apparition de Marcus Wright, un inconnu qui se souvient seulement de s'être trouvé dans le quartier des condamnés à mort. Connor doit découvrir si Marcus a été envoyé du futur ou s'il est un rescapé du passé. Alors que Skynet prépare l'assaut final, Connor et Marcus s'engagent dans une odyssée qui va les mener au coeur même des opérations de Skynet. Ils y perceront le terrible secret qui se cache derrière l'annihilation programmée de l'humanité tout entière...

4ème opus de la franchise Terminator initiée par James Cameron en 1985, Terminator Salvation: The Future Begins (Terminator Renaissance) dévoile de nouvelles images dans ce trailer explosif à visionner ICI.

Réalisé par McG (Charlie’s Angels) et interprété principalement par Christian Bale dans le rôle de John Connor, ce nouveau volet de la saga culte de S-F Terminator sera distribué par Sony Pictures sur les écrans français le 03 Juin 2009.

8 déc. 2008

Two Lovers / James Gray

New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra,la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...

Après une exceptionnelle trilogie de polars avec des relents de tragédie grecque (Little Odessa/The Yards/La nuit nous appartient), James Gray aborde un genre, la tragi-comédie romantique, à priori éloigné de ses préoccupations auteuristes et de la tonalité sombre imprimée à son œuvre. Résultat, Two Lovers est un drame formidable à la beauté crépusculaire qui aborde des thèmes récurrents de la filmographie du réalisateur new-yorkais et met en vedette Joaquin Phoenix, une nouvelle fois excellent en héros tourmenté.

Le début de ce nouveau film est captivant : les premiers plans intrigants distillent une atmosphère cafardeuse, fantomatique avec cet homme à la démarche hésitante s’extirpant de la brume pour se jeter dans les eaux sombres de l’Hudson River.

Personnage principal original pour cette romance contrariée, Leonard est un amoureux torturé souffrant d’un problème psychologique lié à son code génétique. Le cœur ravagé par une déception amoureuse il est, au début du film, au plus bas mais va retrouver peu à peu goût à la vie grâce à deux jeunes femmes dissemblables : sa voisine de palier, la blonde Michelle à la vie sentimentale agitée (liaison avec un homme marié) et à l’esprit libre et fantasque et la brune Sandra, la fille sage et rangée du patron de son père.

Différente elle aussi par son comportement borderline et un caractère fantasque exquis qui contraste avec sa blondeur angélique, Michelle partage bien des points communs avec Leonard qui s’éprend vite d’elle. Mais après se pose le problème de la réciprocité et de l’image, de la vérité, de la personne aimée via cette question engendrée par le rapport de Leonard avec Michelle : n’est-elle pas uniquement celle qu’il voudrait qu’elle soit ? Si Michelle, le coup de foudre, représente la Passion, littéralement la souffrance, Sandra incarne la Raison, la promesse d’une vie rangée et casanière que refuse de prime abord Leonard.

La présence à l’écran de ces deux couples (Leonard/Michelle, Leonard/Sandra) est fonction de l’hésitation de Leonard dont les parents le presse de se caser avec l’amie de la famille. Le personnage de Paltrow, assez fragile, est touchant dans ses névroses et sautes d’humeur dans lesquelles Leonard se retrouve sans doute ; son instabilité sentimentale s’oppose à la solidité des sentiments de la douce Sandra.

Tous les personnages ont une forte densité et nous suivons leur parcours compliqué avec empathie. En effet Gray infuse à ses scènes intimistes une vérité émotionnelle forte grâce à une écriture ciselée pour ses acteurs exceptionnels (Phoenix, Paltrow, Rossellini) qu’il met en valeur, par une mise en scène touchant au classicisme par la précision des cadrages et du jeu des comédiens, exemple ces inoubliables rencontres chargées en émotions diverses sur le toit où Leonard et Michelle ont l’habitude de se donner rendez-vous.

On retrouve dans Two Lovers de nombreux thèmes récurrents chez Gray comme le poids de la famille, réconfortante mais aussi peut-être néfaste à l’émancipation personnelle, de la fatalité, des trajectoires complexes cherchant l’apaisement mais toujours contrariées par le sort. Une nouvelle scène de danse traverse le récit : Leonard se lâche sur les dance-floor pour épater Michelle et son personnage de renaître, de gauche et hésitant il se métamorphose en séducteur. On y retrouve aussi l’alter-égo de Gray, Joaquin Phoenix, un regard intense et si expressif qui charrie des émotions en pagaille (même de dos l’acteur est émouvant c’est dire le talent des deux hommes). L’histoire de Two Lovers n’est rien d’autre qu’une renaissance, qui s’accomplit dans la douleur.

En apparence Two Lovers est le film le plus optimiste de James Gray (thème du romantisme, absence de coup de feu et de mort), l’épilogue voit un couple s’étreindre après s’être juré amour. Néanmoins le dernier plan avec le regard ambigu de Leonard qui dit que l’amour est affaire de compromis propose une fin désabusée à l’image de la conclusion de La nuit nous appartient où le bonheur, relatif ou dirions nous un certain apaisement, ne s’accomplissait pas sans renoncements et sacrifices.

2 déc. 2008

Lola Montès / Max Ophüls

Anoblie par le roi de Bavière, Lola Montès était l'une des courtisanes les plus en vue de son époque. Dans ce cirque de New Orleans, sa déchéance ne lui permet d'être qu'une artiste de second plan.

Cette année les festivaliers ont pu assisté à la projection en copie neuve du chef d’œuvre de Max Ophuls, Lola Montès qui ressort en fin en salles dans toute la France le 3 Décembre.

Réalisé en 1955 Lola Montès est le dernier film de son auteur, en couleur.
Echec commercial à sa sortie, cette histoire de la vie scandaleuse de la comtesse de Landsfeld dite Lola Montès a subi de nombreux remontages. Ainsi il existe 3 versions de ce film jugé trop scandaleux : la version originale de 1955, celle de 1956 où les dialogues allemands sont remplacés par des voix françaises postsynchronisées et enfin la version de 1957 où l’histoire est racontée de manière chronologique avec une voix off sans l’aval d’Ophuls. La Cinémathèque française et les Films du Jeudi, avec l’aide de Marcel Ophuls, ont restauré le montage initial de Lola Montès avec couleurs (procédé Eastmancolor), son stéréophonique et format d’origine en Cinémascope. La copie sublime permet d’apprécier à sa juste mesure ce beau mélodrame sur la cruauté et l’indécence de spectacles qui puisent l
eur matière première dans les scandales.
Si les couleurs éclatantes, les décors chargés et les costumes flamboyants sont d’un autre âge Lola Montès conserve un côté intemporel par son sujet fort autour d’une industrie du spectacle prompte à s’emparer des destins incroyables, à récupérer de vieilles gloires pour faire un spectacle divertissant de leurs amours, de leurs réussites et de leurs déchéances. Ainsi la femme libre amoureuse qu’était Lola Montès (superbe Martine Carol) courtisée par les plus grands, épisodes amoureux racontées en flash-back, est condamnée par l’exil à revivre chaque soir sa vie dans un numéro de cirque pathétique.

Grandeur et décadence d’une femme hors du commun, Lola Montès s’achève par un travelling arrière magistral laissant la baronne exposée dans une cage, telle une freak, à la vue d’une foule masculine désireuse de toucher moyennant finances celle que des hommes de pouvoir comme le roi de Bavière (épisode central du récit) se sont disputés la beauté, la fougue et la liberté.

30 nov. 2008

Taken / Pierre Morel

Taken de Pierre Morel (Banlieue 13) avec Liam Neeson vient de sortir en Blu-ray chez Fox Pathé Europa.

Que peut-on imaginer de pire pour un père que d'assister impuissant à l'enlèvement de sa fille via un téléphone portable ? C'est le cauchemar vécu par Bryan, ancien agent des services secrets américains, qui n'a que quelques heures pour arracher Kim des mains d'un redoutable gang spécialisé dans la traite des femmes. Premier problème à résoudre : il est à Los Angeles, elle vient de se faire enlever à Paris.


Co écrit par Luc Besson et Robert Mark Kamen (L’arme fatale 3, Le cinquième élément, Le baiser mortel du dragon, Le transporteur 1 & 2), Taken décrit avec efficacité la traque sanglante d’un ex-agent des services secrets américains à la poursuite d’un gang albanais spécialisé dans la traite des blanches qui a kidnappé sa fille en vacances à Paris. Homme méthodique aux principes musclés, il va mettre son savoir-faire en termes de renseignement, appréhension et interrogatoire du suspect au service d’une vendetta personnelle brutale et sanglante.

Taken flirte en effet par son sujet avec le genre du vigilante développé dans les années 80 avec des films comme Un justicier dans la ville avec Charles Bronson et le pur film d’action tendance Commando avec Arnold Scharzenegger. Personnage principal imposant avare en dialogue, enlèvement d’un proche, ambiance glauque (ici un Paris interlope gangrené par la prostitution et la corruption au plus haut sommet de l’état), Taken a tout du polar poisseux et buriné propre à séduire les amateurs du genre. D’autant plus que le casting international est séduisant et la mise en scène percutante.

Autour d’un Liam Neeson imposant, très crédible en ex-agent et touchant en père de famille rongé par l’angoisse, Pierre Morel organise une course-poursuite effrénée dans Paris où la violence des affrontements se veut ultra-réaliste : en privilégiant les combats rapprochés et les fusillades à bout portant la mise en scène lorgne vers le traitement énergique et viscéral de l'action des deux derniers volets de la trilogie Bourne mis en scène par Paul Greengrass. S’il reste bien en deçà de ce modèle, question budget et talent également (pas de Dan Bradley en seconde équipe pour chorégraphier des cascades inventives ni de bon directeur d’acteur pour insuffler une réelle profondeur à ses personnages), Taken constitue un divertissement appréciable grâce à son rythme soutenu et la présence d’un acteur charismatique dans la peau d’un personnage peu séduisant de brute épaisse au cœur tendre, une machine à tuer contraint de reprendre du service pour une affaire personnelle censée émouvoir le spectateur (l’enlèvement de sa fille, Maggie Grace qui joue très bien la jeune femme naïve). En plaçant son héros dans une situation de crise en quelques heures le scénario cherche à instaurer un sentiment d’urgence que le montage relaie très bien.

Si on peut reprocher à son scénario son lot d’invraisemblances, des élans sirupeux en début et fin de métrage et un sous-texte idéologiquement douteux (la sainte Amérique vs une Europe débauchée) Taken constitue une bonne surprise eu égard au niveau des productions Besson en bannissant l’humour foireux et l’action cartoon ou encore les stéréotypes policiers à l’œuvre dans les produits maison comme Taxi ou le Transporteur pour un traitement nerveux de la chasse à l’homme (le personnage de Neeson laisse derrière lui une pagaille indescriptible) et une ambiance malsaine inattendue pour scotcher le spectateur à son fauteuil pendant 90 minutes.


Caractéristiques techniques

Copie d’une netteté remarquable. En privilégiant le DTS HD Master audio en VO et en VF le déchainement de violence qui parcourt tout le film prend toute son ampleur sonore.

Bonus

Visant l’efficacité et ne s’embarrassant pas de fioritures à l’image du personnage de Liam Neeson, les bonus de cette édition Blu-ray, identiques au DVD, sont constitués de modules assez courts donnant un rapide aperçu de ce tournage parisien. Outre un commentaire audio, le disque haute-définition propose un making of (18min20), très promo, avec images du tournage et interventions des membres l’équipe. Puis s’ajoutent des bonus sur L'entrainement de Liam Neeson (1min45), très convaincant en agent secret, Les répétitions de scènes de combats (2min), un comparatif story-board (3min03) et un sujet sur l'avant première du film à Paris à l'UGC Ciné cité (4min35).

29 nov. 2008

A bord du Darjeeling Limited / Wes Anderson

Cette semaine est sorti en DVD chez 20th Century Fox le dernier film de Wes Anderson, A bord du Darjeeling Limited.


Un savoureux trio d'acteurs, Owen Wilson, Jason Schartzmann et Adrien Brody pour une nouvelle comédie familale douce amère, original cocktail composé de burlesque, loufoquerie, mélancolie et émotion dont Wes Anderson a le secret depuis La famille Tenenbaum.

Le DVD comprend outre un making-of, l'excellent court-métrage Hôtel Chevalier avec Jason Schartzmann et Natalie Portman que Anderson a tourné en préambule à son nouveau film.

En outre l 'éditeur propose pour les inconditionnels du réalisateur et ceux qui voudraient découvrir son univers décalé un coffret Wes Anderson regroupant les trois pépites que sont A bord du Darjeeling Limited, La famille Tenenbaum et la Vie aquatique avec l'incontournable Bill Murray.

28 nov. 2008

Deux soeurs pour un roi / Justin Chadwick

Le drame historique, 2 sœurs pour un roi, avec Scarlet Johansson et Nathalie Portman, est sorti en DVD le 26 novembre chez Wild Side. Le test complet à lire plus bas.

Quand la rumeur se répand que le roi Henry VIII ne partage plus la couche de la reine Catherine, son épouse incapable de lui donner un héritier mâle, Sir Thomas Boleyn rêve de gagner la faveur royale grâce à sa fille aînée, Anne. L'ambitieux projet de Sir Thomas est cependant quelque peu contrarié quand le roi s'éprend de son autre fille, Mary.

Première réalisation de Justin Chadwick 2 sœurs pour un roi aborde l’histoire d’Henri VIII et des Tudor sous l’angle du drame intimiste via la rivalité de deux sœurs pour l’amour du roi.

Adapté du roman The Other Boleyn Girl de Philippa Gregory, cette production britannique grand luxe (décors, costumes, comédiens) joue la carte des intrigues de palais où sont à l’œuvre rivalités, jalousies et scandales. Plutôt que la fresque historique, Chadwick a choisi de polariser son intrigue sur le drame familial vécue par deux sœurs que tout oppose, par extension leur famille, à la cour du roi.

A l’époque, le XVIème siècle, les mariages d’intérêt étaient plus courants que les mariages d’amour et l’intérêt de figurer à la cour énorme afin de s’élever dans la société. Ici la douce et blonde Mary est préférée, malgré les plans de son père et de son oncle, par le roi à sa sœur, la brune et passionnée Anne, pour être à ses côtés à la cour. En résulte jalousie tenace et coups bas de cette dernière pour inverser la tendance une fois dans le cercle royal. L’implacable cheminement du récit montre les dangers de l’attrait du pouvoir, comment il peut pervertit les âmes et détruire les individus les plus fragiles, ceux là n’étant pas forcément ce qu’ils paraissent.

Le film, fidèlement adapté du livre de Philippa Gregory, donne de l’importance au personnage de Mary que l’histoire avait oublié mais qui pourtant eu un rôle clé dans l’Histoire. Interprétée avec justesse par Scarlett Johansson dans un registre moins glamour qu’à l’accoutumée, Mary vécut dans l’ombre de sa sœur, l’impétueuse et ambitieuse Anne incarnée avec force tragique par Nathalie Portman qui vole la vedette à sa camarade de jeu. Avec ce magnétique duo d’actrice Chadwick évoque avec empathie la difficile condition de la femme à la cour, femme objet résumée à son pouvoir de séduction et sa capacité à enfanter un garçon. Eric Bana campe un souverain séduisant, solitaire et rongé par son désir.

Ce triangle amoureux se tient en quasi huis-clos dans une ambiance étouffante exacerbée par l’architecture du décor principal avec ses longs couloirs, ses recoins sombres tranchant avec la flamboyance des costumes et une mise en scène où la vue est rarement dégagée.

Très convaincant sur le plan de l’interprétation, 2 sœurs pour un roi est également une réussite au plan esthétique avec sa photo inspirée des tableaux d’Holbein aux couleurs intenses, ses décors naturels monumentaux et ses costumes royaux.

En se concentrant sur la tragédie des sœurs Boleyn, littéralement sacrifiées par leur père à des fins intéressées, pour évoquer une figure marquante de l’histoire britannique, le film gagne en intensité dramatique grâce au jeu bouleversant de ces deux interprètes ce qu’il perd en portée historique, la mise en scène volontairement intimiste manquant d’ampleur pour hisser cette production au-delà d’un bon premier film. Mais le destin incroyable et tragique de ces deux sœurs envoyées à la cour pour assurer la survie de leur famille et devenues ennemies au contact d’un pouvoir attrayant (le roi Henri VIII, loin de la représentation repoussante du souverain à la fin de sa vie) trouve un puissant relais avec le duo/duel Johansson/Portman qui donne de la fièvre et du piquant à ce film qui en manque souvent (décadence contrôlée), la faute à une réalisation sans relief consacrée exclusivement à mettre en valeur ces actrices formidables au détriment du développement du socle historique sur lequel évolue ce métrage qui de fait ressemble plus à un très bon téléfilm de luxe, ce qui est déjà pas si mal.


Caractéristiques techniques

Le master est tout simplement royal et la compression très bonne. Les contrastes et les couleurs sont superbes. Sur les deux pistes audio en 5.1 privilégier l’originale, plus dynamique. Les conditions de visionnage sont optimales.


Bonus

Scènes coupées et alternatives (20’)

Pour la majorité de ces 12 scènes, le spectateur peut visionner des versions étendues de scènes figurant dans le montage final ou filmées avec des points de vue sensiblement différents. De petites informations sont ajoutées mais elles ne sont pas indispensables à l’évolution du récit. Une poignée de scènes coupées sont axées sur le personnage de Scarlett Johansson et sa vie à la campagne, des digressions qui auraient pu nuire au rythme du film. La scène rejetée de loin la plus intéressante, émouvante et cruelle à la fois met en scène tous les personnages principaux à la cour : la famille Boleyn au complet voit Anne instrumentaliser un enfant pour attendrir le roi Henri VIII en désir d’un héritier.


Making of (19’)

Nous avons à faire de prime abord à un making-of promo alternant interview des acteurs et images de tournage. Passés l’évocation de la complicité entre les deux actrices et les compliments d’usage, l’attention est relevée avec une séquence sur les costumes réalistes inspirés par le travail de Holbein. Chaque protagoniste disposait de 15 costumes chacun, notamment Eric Bana qui campe un Henri VIII séduisant et dynamique loin du monstre ventru qu’il fut à la fin de sa vie. Cette folie est esquissée à la fin du métrage. Enfin un dernier segment de ce making-of est consacré à la mise en scène et à la méthode du « cadrage brouillon » du réalisateur Justin Chadwick qui cachait les caméras sur le plateau : en mettant un obstacle entre le sujet et la caméra il donne l’impression que ses personnages sont épiés, surveillés, en résulte un sentiment anxiogène et paranoïaque.


Les membres de la Cour (16’)

Panorama intéressant mais trop rapide des principales figures historiques vues dans le film.

Anne y est présentée comme une personne ambivalente, têtue, ambitieuse, instruite et courageuse qui se sert de sa sensualité pour arriver à ses fins ; sa sœur Mary est décrite comme son opposée dont la vie s’est construite dans l’ombre de Anne. On rappelle que Henri VIII, un souverain sportif et intelligent dans le film, a marqué l’église anglicane : il s’est séparé de l’église catholique et a crée l’Eglise anglicane. En enlevant l’autorité du Pape à l’Angleterre il s’est assuré tous les pouvoirs.


Les femmes au XVI ème siècle (10’)

Module passionnant en complément du film qui souligne les conditions difficiles de la femme au XVI via les interventions de l’écrivain Philippa Gregory et de Retha Warnicke, professeur et spécialiste des Tudor. Sont évoquées notamment les coutumes, convenances, pratiques vestimentaires en usage à l’époque ainsi que la difficulté d’accéder à l’instruction pour les femmes qui ne sont pas de haut rang. Un mariage d’intérêt permet alors de consolider des alliances pour l’obtention de terres par exemple, la présence à la cour est un moyen de s’élever dans la société.


L’adaptation du roman (10’)

L’écrivain Philippa Gregory insiste sur le rôle important, souvent méconnu, de Mary dans l’Histoire et approuve le choix du scénariste Peter Morgan (The Queen, Le dernier roi d’Ecosse) qui a su tirer de son roman politique complexe (600 pages) le sujet-clé : la relation entre deux sœurs et un homme.


Enfin un module de 2’ sur les essais de caméra commentés par le réalisateur, des caméras GENESIS en HD, clôt cette interactivité bien choisie.

19 nov. 2008

George Clooney en super soldat

What else au rayon photo de la semaine ?
Le nouveau look de George Clooney, chevelu et barbu, pour son prochain film Men who stare at goats.

Dirigé par Grant Heslov d’après le roman du journaliste britannique Jon Ronson sur le Premier Bataillon Terrestre de l'armée américaine, Men who stare at goats, en cours de tournage, comporte dans ses rangs autour de Clooney : Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey, Robert Patrick ou bien encore Rebecca Mader (Lost).

Le pitch plutôt original

Un reporter en Irak (McGregor) pense avoir trouvé l’histoire de sa vie quand il rencontre Lyn Cassady (Clooney), un individu qui déclare avoir appartenu au Premier Bataillon Terrestre de l'armée américaine, une unité qui emploie des pouvoirs paranormaux dans leurs missions.

18 nov. 2008

Mesrine : L'ennemi public numéro 1

Les spectaculaires actions criminelles de Jacques Mesrine que les médias introniseront "Ennemi public n°1" et que toutes les polices de France traqueront sans répit jusqu'à sa mort.

30 ème édition CINEMED -Avant-première


Avec L’instinct de mort Jean-François Richet a posé avec un savoir-faire assez magistral les bases de ce portrait nuancé du bandit Jacques Mesrine.

Campé par un Vincent Cassel impressionnant Mesrine y apparaît comme un voyou et un époux violent, un fils et un père absent mais aimant, un gangster idéaliste en quête de reconnaissance médiatique, un cambrioleur charismatique avec un sens de l’honneur porté en étendard, un rebelle épris de liberté qui s’avance inéluctablement vers sa mort.

Point négatif du premier volet de nombreuses ellipses frustrantes : Richet ne s’attarde pas assez sur les jeunes années de Mesrine et les évènements, les rencontres qui ont forgé son caractère survolté et violent (l’Algérie, le basculement dans le banditisme sont trop vite abordés).
Mais Richet parvient brillamment à étaler par petites touches les zones d’ombre de Mesrine qui deviennent envahissantes à la fin de cette cavale hallucinante et très rythmée.

La conduite de ce dyptique est en effet remarquable en terme de narration, essentiellement linéaire qui voit les actions armées et les situations dramatiques (l’expérience traumatisante des QHS) se succéder avec abondance, de mise en scène, nerveuse et frénétique (les spectaculaires évasions de prison deviennent instantanément des modèles du genre) et d’interprétation, Cassel dévore l’écran. Trouvant sans doute ici le rôle de sa carrière, il livre une performance qui fera date, jouant avec son corps imposant, tendu, prêt à exploser, il est L’ennemi public numéro 1 qui se joue de la justice et de la loi avec un panache et une morgue qu’il va payer cher.

La précision du découpage des scènes d’action déjà manifeste dans l’aventure américaine de Richet, Assaut sur le central 13, a son acmé avec la scène de l’arrestation de Mesrine révélant la fébrilité des forces de police en planque devant son domicile, une peur dévorante, inacceptable, forcément frustrante, qu’il faut évacuer sans s’embarrasser de la morale et du règlement (Langmann et Richet proposent leur version de la fin de Mesrine, porte de Clignancourt).

Evidemment cet imposant personnage à facettes, extrême et charismatique, laisse peu de place aux autres personnages pour exister : si, dans le premier volet, la relation à la Bonnie & Clyde entre Cassel et Cécile de France aurait mérité d’être développée tout comme la prestation marquante de Depardieu en parrain-mentor, Almaric, Sagnier et Gourmet parviennent dans cette seconde partie plus tragique à tirer leur épingle du jeu avec des prestations intenses que Richet met en valeur lors de scènes intimes et dialoguées, entre deux fusillades et autres coups d’éclat, toutes marquées par la fébrilité et l’urgence d’un parcours promis à une fin funeste.


Après des années de gestation le projet de Mesrine a donné lieu à un dyptique d’une redoutable efficacité porté par un acteur qui s’est fondu avec brio dans la peau de ce personnage médiatique détestable et fascinant et une mise en scène d’une remarquable précision qui n’a rien à envier aux productions hollywoodiennes comme American gangster de Ridley Scott, une production récente au sujet voisin autour du crime et de la violence, des sujets hautement cinématographiques qui ont inspiré des cinéastes de premier plan comme Hawks (Scarface), Melville (Le cercle rouge) ou bien Scorsese (Les affranchis) pour n’en citer que quelques uns d’une liste en perpétuel renouvellement.

Johnny Depp en Chapelier Fou pour Tim Burton

Première photo à apparaître sur la Toile de Johnny Depp dans le costume du Chapelier Fou dans l’adaptation cinématographique d’Alice au Pays des Merveilles que tourne actuellement l’excellent Tim Burton.

Inspiré du célèbre classique de Lewis Carroll le scénario est signé Linda Woolverton (La Belle et la Bête, Le roi lion) pour le compte des studios Disney.

Jeune fille curieuse, aimable mais dissipée, Alice est prête à tout pour sortir de son quotidien mortellement ennuyeux. Même à suivre un étrange lapin blanc...

Produit par Joe Roth, Richard D. Zanuck, Jennifer et Suzanne Todd, ce nouveau film de Burton sortira en France courant 2010.

Autour de Johnny Depp le casting est composé de la jeune comédienne australienne Mia Wasikowska dans la peau d’Alice, Anne Hathaway (Le diable s'habille en Prada) dans celle de la Reine Blanche, Helena Bonham Carter (Sweeney Todd) dans le rôle de sa sœur, la Reine Rouge. Michael Sheen (le Chat du Cheshire), Crispin Glover (le Valet de Coeur), Alan Rickman (la Chenille) et Christopher Lee dans un rôle encore défini complètent le casting de ce long-métrage qui combinera prises de vues réelles et Motion Capture.

13 nov. 2008

Up

Second trailer à apparaître sur la toile pour le nouveau Pixar, Up : après un rappel des plus célèbres productions maison quelques images de ce nouveau film en 3-D après l’excellent Wall-E.

Co-réalisé par Pete Docter (Mosters, Inc) et Bob Peterson, Up sera sur les écrans français le 29 juillet 2009.

Le trailer est à visionner ICI

Le pitch

Carl Fredricksen a passé sa vie entière en rêvant d’explorer le globe et de profiter pleinement des jours passés sur Terre. Mais à l’âge de 78 ans, il semble avoir subi cette vie jusqu’à ce qu’un coup du destin (et un scout collant de 8 ans prénommé Russell) lui donne de nouvelles perspectives. Up se déroule lors d’une intense journée où ce duo inédit va affronter sur un terrain sauvage des méchants inattendus et des créatures de la jungle.

10 nov. 2008

L'échange (The Changeling ) / Clint Eastwood

Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils...

Adapté d’un fait divers survenu dans les années 20, The Changeling relate une histoire incroyable : quelques mois après l’enlèvement de son fils, une mère célibataire se voit rendu son enfant par la police…mais elle assure aux autorités qu’il ne s’agit pas du sien.


A bientôt 80 ans, Clint Eastwood revient, après un formidable dyptique sur la bataille d’Iwo Jima, à un genre policier qu’il a si bien abordé dans Un monde parfait ou Mystic River.
Comme dans ce dernier film interprété par l’oscarisé Sean Penn il est question de la perte d’un enfant, un sujet proche des films réalisés par Penn ce qui en fait outre ses grandes qualités dramaturgiques et visuelles un candidat sérieux à la Palme.

De forme classique, The Changeling sidère par la précision de sa mise en scène (pas un plan à jeter), la beauté de la photographie qui travaille le motif du clair-obscur, ses nombreux thèmes déjà présent dans une filmographie passionnante propices à la réflexion (la perte d’un être cher, le poids et la valeur de la justice des hommes, la peine de mort, le Mal qui gouverne certains êtres) et son interprète principale, Angelina Jolie, que l’on n’avait pas vu aussi convaincante depuis Une vie volée.

Polar poisseux, drame familial, film de procès, The Changeling est la somme réussie de tous ces genres regroupés dans une histoire humaine universelle : le portrait bouleversant d’une mère courage qui attend le retour de son fils disparu. Angelina Jolie est particulièrement juste et délivre de beaux moments d’émotion à la fin du récit. En lutte contre une police corrompue qui ne veut pas admettre son erreur (question d’image à sauvegarder à n’importe quel prix) son personnage reste digne tout le long de ce parcours de ce combat titanesque, une recherche de vérité parsemée d’embûches où l’espoir permet de tenir, et de cette attente intolérable que vit également le spectateur en profonde empathie pour ce nouveau personnage de femme forte qu’Eastwood met au centre d’un long métrage après la boxeuse de Million Dollar Baby.

Grand film politique également avec une critique de l’institution policière qui broie la liberté et les droits des citoyens, pratique les exécutions punitives avec la complicité du corps médical, ce nouveau film d’Eastwood situé dans le passé a des résonances avec l’Amérique post-11 via l’effritement des libertés individuelles et les mensonges d’Etat ; il invite subtilement avec le personnage d’Angelina Jolie à pratiquer la résistance et à garder intacte sa capacité d’indignation et de révolte contre les injustices de toutes sortes.

De plus la reconstitution des années 20 tant au niveau des décors que des costumes impressionne par sa qualité plastique.


The Changeling
est un film à la dramaturgie puissante (plusieurs films en un au fil de nombreuses péripéties), souvent dur mais très fort, remarquablement mis en scène par un maître qui n’a plus rien à prouver sinon qu’il a sa place parmi les plus grands palmés aux côtés de Scorsese, Coppola, une place qu’il mérite amplement au regard de l’ambition scénaristique et de l’ampleur d’une mise en scène qui écrasent la grande majorité de la concurrence de cette 61ème édition.

(Critique cannoise - Sortie du film le 12 novembre 2008)

4 nov. 2008

My magic / Eric Khoo

Depuis que sa femme l'a quitté, Francis est au bout du rouleau.
Il travaille comme serveur dans une boîte de nuit, et noie son chagrin dans l'alcool.
Son fils de 10 ans se débrouille seul, mais reproche à son père de se laisser aller.
Par amour pour son enfant, Francis décide de renouer avec son ancien métier : magicien...

61ème festival de Cannes - Compétition officielle

Avec cette histoire touchante d’un père de famille alcoolique, en quête de rédemption, qui est prêt à mettre en danger sa vie en renouant avec son ancien métier de fakir, le singapourien Erik Koo parvient en un temps restreint (1h15) à provoquer d’intenses émotions.

Tourné en seulement 9 jours, My Magic, en mariant réalisme brut (les performances de plus en plus dangereuses) et poésie lyrique (les tours de magie exécutés en famille), traite avec une incroyable densité pour un film aussi modeste de sujets forts comme le pardon, le sacrifice, le respect avec humilité, simplicité et tendresse.

Acquérir le respect de l’autre avec un esprit combatif, révéler et accepter une vérité douloureuse, pardonner bref apprendre à se connaître et à s’aimer tel est le cheminement personnel de ce formidable duo père-fils soudé comme jamais au terme de cette belle découverte de cette compétition officielle.

Interprété par l’imposant Francis Bosco dans son propre rôle de fakir, illustré musicalement par le fils âgé de seulement 10 ans d’Eric Khoo (le plus jeune compositeur de l’histoire du Festival de Cannes) ce film magique est une affaire de famille, une histoire d’amour filial très recommandable à la petite musique douce et bouleversante.

30ème festival du cinéma méditerranéen de Montpellier

La 30ème édition du CINEMED s’est terminé dimanche dernier sur des éclats de rire avec la projection de deux films du génie Blake Edwards, Qu’as-tu fait à la guerre, Papa ? (1966) et Victor Victoria (1982).

Le Palmarès complet où figure le coup de cœur de Boulevard du cinéma, Le chant des mariées de Karin Albou (dont je vous reparlerai bientôt avant sa sortie en salles en décembre), est à consulter ci-contre.

Palmarès 2008

30e Festival Cinéma Méditerranéen Montpellier
24 octobre-2 novembre 2008

Longs métrages

Antigone d'or de la Ville et de l’Agglomération de Montpellier
Jury : Danielle Arbid (réalisatrice, Liban), Florence Colombani (réalisatrice, écrivain, France), Philippe FauconDominique Fernandez (écrivain, Membre de l’Académie française, France), Henry-Jean Servat (journaliste, écrivain, France)
décernée à
Tournée, de Goran Markovic ( Serbie/Bosnie-Herzégovine)
Dotation de 15 000 € par la Ville et l’Agglomération de Montpellier
Aide à la diffusion CINECINEMA : dotation de 30 000 € en messages publicitaires pour la sortie du film
Aide à la distribution Titra Film : dotation de 2 500 € pour le sous-titrage

Mentions spéciales à :
Le Chant des mariées, de Karin Albou ( France/Tunisie)
et
Change, de Nicolae Margineanu ( Roumanie)

• Prix de la critique Crédit coopératif
Jury : Amélie Dubois (Les Inrockuptibles, France), Barbara Lorey de Lacharrière (journaliste indépendante, membre du jury FIPRESCI, France), Angel Comas (Dirigo por, Espagne), Salah Hashem (Cinemaisis, Egypte), Alain Masson (Positif, France), Alex Masson (Radio Nova, France), Richard Pevny (L’Indépendant, France), Umberto Rossi (Cineforum,Italie), Milan Vlajcic (Blic, Serbie)
décerné à
Pranzo di ferragosto, de Gianni Di Gregorio ( Italie)
Dotation de 2 000 € au réalisateur par le Crédit coopératif

• Prix du public Midi Libre
Un fiancé pour Yasmina, de Irene Cardona ( Espagne/Maroc)
Dotation de 4 000 € au réalisateur par Midi Libre

• Prix JAM de la meilleure musique
Jury : Geneviève Davasse (violoniste, orchestre national de Montpellier LR), Gérard Pansanel (musicien, compositeur), Jean-François Fontana (président du JAM), Jean Peiffer (directeur du JAM)
à Mazlum Cimen pour la musique du film
Dot, de Dervis Zaim ( Turquie)
Dotation de 1 200 € par le JAM

• Prix Nova
Tournée, de Goran Markovic ( Serbie/Bosnie-Herzégovine)
Dotation de 4 800 € en messages publicitaires pour la sortie du film

• Prix du soutien technique Eclair Laboratoires
Le Chant des mariées, de Karin Albou ( France/Tunisie)
Dotation de 4 500 € en services techniques par Eclair Laboratoires

• Prix jeune public du CMCAS Languedoc
Kino Lika, de Dalibor Matanic ( Croatie/Bosnie-Herzégovine)
Dotation de 2 000 € au réalisateur par le CMCAS Languedoc
(réalisateur, France),


Courts métrages

Grand prix du court métrage de la Ville et de l’Agglomération de Montpellier
Jury : Fejria Deliba (actrice et réalisatrice, France), Juliette Sol (productrice, France), Philippe Germain (directeur de l’Agence du court métrage, France), Gjergj Xhuvani (réalisateur, Albanie)
décerné à
Wolfly, de Matevz Luzar ( Slovénie)
Dotation de 4 000 € au réalisateur par la Ville et l’Agglomération de Montpellier

Mentions à :
Escaliers, de Ilir Harxhi ( Albanie)
et
Houria, de Mohamed Yargui ( Algérie)

Prix spécial du jury à :
Valses et tangos du village de Whitewater, de Ivan Vladimirov ( Bulgarie)

• Prix du public Eclair - Kodak - Titra Film
Le Responsable, de Sergio Barrejón ( Espagne)
Dotation de 1 500 € en prestations laboratoire, de 10 bobines 122 m de film négatif et de 500 € en prestations de sous-titrage

• Prix jeune public Ville de Montpellier
Ex æquo :
C'est dimanche !, de Samir Guesmi ( France)
et
Insights, de Dana Keidar ( Israël)
Dotation de 1 000 € à chaque réalisateur

• Prix Association Beaumarchais
C'est dimanche !, de Samir Guesmi ( France)
Dotation de 1 500 € au réalisateur et 2 500 € d’aide complémentaire pour l’écriture d’un long métrage

• Prix Cine Cinecourt CINECINEMA
La Route du Nord, de Carlos Chahine ( Liban/France)
et
Racines, de Eileen Hofer ( Suisse/Turquie)
Achat des films pour diffusion à l'émission Cine Cinecourt

• Prix Canal+
Madame, de Cyprien Vial ( France)
Achat du film pour diffusion sur Canal+


Documentaires

Jury : Linda Ferrer-Roca (réalisatrice, France), Samuel Douhaire (journaliste, France), Claude-Timon Gaignaire

• Prix Ulysse
Pour voir si je souris, de Tamar Yarom ( Israël)
Dotation 3 000 € par la Médiathèque centrale d’Agglomération Emile-Zola Médiathèque Federico-Fellini de Montpellier

Mention spéciale à :
Le Pont des fleurs, de Thomas Ciulei ( Roumanie/Allemagne)
(réalisateur, France)


Bourse d’aide au développement

Jury : Présidente : Monique Carcaud-Macaire, maître de conférence en cinéma et audiovisuel, Université Paul-Valéry Montpellier ; Fabienne Aguado, responsable du Département cinéma du Moulin d’Andé ; Yasmina Nini-Faucon, productrice Istiqlal Films ; Stéphanie Roux, managing Director Insomnia world sales ; Franck Salaün (Memento films, acquisitions et direction de la distribution).

7 000 euros
décernés par le Ministère des Affaires étrangères, Bureau de la coopération du cinéma
au projet
Moskvitch, mon amour de Aram Shahbazyan, réalisateur et Lévon Minasian, auteur (Arménie)

7 000 euros
décernés par l’ Organisation internationale de la francophonie
au projet
Tombés du ciel de Wissam Charaf, réalisateur et Charlotte Vincent, productrice
(Liban)

Une résidence d’écriture
offerte par le Centre des écritures cinématographiques Le Moulin d’Andé
au projet
Les Uraniens de Giani Gatti, réalisateur et Antonio Cecchi, producteur (Italie)

4 000 euros
décernés par la Région Languedoc-Roussillon
au projet
Fille de bonne famille de Omar Mouldouira, réalisateur (France/Maroc)

Dotation Kodak
de 3000 mètres de pellicule de tirage ou 1000 mètres de pellicule négative
au projet
L’Homme sans portable de Sameh Zoabi, réalisateur et Marie Gutmann, productrice (France/Israël/Palestine).