14 janv. 2008

Bug - William Friedkin

Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s'attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu'ils découvrent de mystérieux insectes capables de s'introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s'il s'agit d'une folie partagée ou d'un secret d'Etat..

Bug, le nouveau film de William Friedkin, après l'efficace Traqué centré sur un face-à-face tendu et implacable entre Tommy Lee Jones et Benicio del Toro, est adapté d'une pièce de théâtre montée-off Broadway en 2004. L'acteur Michael Shannon, face à une exceptionnelle Ashley Judd, y reprend son rôle d'un homme mystérieux atteint de paranoia délirante.
Très tôt, grâce à une mise en scène d'une grande précision (Friedkin a fait storyboarder l'intégralité du scénario), le réalisateur de l'
Exorciste installe une ambiance anxiogène et claustro autour de son duo enfermé dans un motel à l'abandon, métaphore de leur âme fêlée rongée par les névroses et une paranoïa galopante. Agnès, femme à l'abandon, mère endeuillée, femme battue, devient peu à peu contaminée par l'esprit dérangé de son nouveau compagnon, un soldat déserteur victime d'expérimentations perpétrées en secret par l'armée US. Des insectes contenues dans une poche, grouillante de vies prêtes à se répandre, qui lui aurait été gréfée sous la peau, envahissent bientôt la chambre. Le bug, l'insecte, c'est la folie, le délire qui s'empare de vous. Le bug peut être également perçu comme la métaphore d'une Amérique post 11 septembre repliée sur elle même dont le gouvernement entretient une paranoïa accrue, comme la métaphore du couple fatalement emmené à se déchirer, à s'entredévorer. Le bug c'est aussi ce film dérangeant contant une possession fatale d'un auteur du Nouvel Hollywood (l'Exorciste est l'autre grand film de possédé de Friedkin) dans une industrie hollywoodienne formatée. Friedkin d'une main de maître retouvée y organise la montée en puissance de l'horreur et de la paranoïa qui culminent dans une demi-heure éprouvante et d'une incroyable intensité : convulsions frénétiques, scarifications, arrachage de dents sans anesthésie, enfin transe hallucinée où le verbiage dévastateur des personnages se déverse dans l'espace confiné d'une chambre bientôt dévastée par des flammes infernales, illustration liminale de l'enfer intérieur de ces deux êtres perdus contaminés par un mal-être insurmontable.
Redoutable, inconfortable mais saisissant portrait psychologique de deux êtres contaminés par la folie incarnés par des acteurs remarquables, le
Bug de William Friedkin, aux multiples lectures, laisse chez le spectateur une trace persistante une fois la projection terminée comme une piqûre d'insecte dont a du mal a atténuer les effets.

Sortie en dvd zone 2 le 15/02/08 chez Métropolitan, inclus interview de William Friedkin (28'), making-of (12'), commentaire audio du réalisateur

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