17 févr. 2008

Benjamin Gates et le livre des secrets - Jon Turteltaub

Lorsque réapparaît une page manquante du journal de John Wilkes Booth, l'assassin d'Abraham Lincoln, tout indique que l'arrière-arrière-grand-père de Benjamin Gates a joué un rôle clé dans la conspiration qui a conduit au meurtre de l'ancien Président américain. Déterminé à prouver l'innocence de son ancêtre, Ben remonte la piste tracée par une série d'indices, qui va le mener à Paris et à Londres avant de le ramener aux Etats-Unis. Ce périple, marqué par de surprenantes révélations, le conduira vers les secrets les mieux gardés de notre monde.

Après l’énorme succès du premier volet centré sur le trésor des Templiers, toute l’équipe de Benjamin Gates, augmentée d’Helen Mirren en mère du héros, remet le couvert pour de nouvelles aventures rocambolesques où il est question du Livre des Présidents et d’une cité d’or inca : 2 équipes (en bad guy pas si machiavélique que ça Ed Harris), de nombreuses énigmes à résoudre pour enfin accéder au trésor fabuleux selon le principe bien connu de la chasse au trésor ici aux dimensions mondiales. Mais l’équipe menée par le producteur Bruckheimer, maître d’œuvre de la fantastique saga Pirates des Caraïbes, ne parvient pas à proposer une suite plus stimulante et livre un film agréable et divertissant si on oublie les incohérences du scénario, un humour poussif et des scènes d’action peu spectaculaires. Malgré une mise en place longuette, un défaut dont était paradoxalement dépourvu le premier volet, le récit, en accumulant les péripéties assez invraisemblables à travers le monde (intrusion en un temps record de BG dans le bureau de la Reine à Buckingham Palace, dans le bureau ovale de la Maison Blanche avant de kidnapper le Président des Etats-Unis dans les caves de Mount Vernon!) maintient un bon rythme, à défaut de soutenu, où souffle un esprit d’aventure qui appelle à notre enfance et que la saga Indiana Jones convoquait pour un résultat bien plus jouissif. Le duo comique Jon Voight/Helen Mirren reste la bonne idée de Benjamin Gates et le livre des secrets, riche en objets et lieux historiques plus ou moins connus mais à la mise en scène indigente jusqu’à un final enlevé au mont Rushmore, que l’on a plaisir à revoir après La mort aux trousses, sous inspiration Indiana Jones : cavernes recelant chausse-trappes, pièges en tout genre et énigmes à résoudre pour progresser vers le trésor merveilleux. Lorgnant en effet du côté des aventures du baroudeur passionné d’art mises en image avec panache et virtuosité par Spielberg ainsi que des missions impossibles high-tech de la bande à Ethan Hunt à travers le globe, Benjamin Gates ne parvient pas à se hisser à côté de ses aînés : jamais jubilatoires ni vraiment trépidantes ces nouvelles aventures constituent un divertissement familial sympathique pour patienter avant le nouvel opus d’Indiana Jones prévu dans quelques mois et qui s’annonce au vu des premières images décoiffant.

14 févr. 2008

Indiana Jones 4 - Steven Spielberg

Retrouver ici sur le site officiel du film le trailer d'Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal sur les écrans le 22 mai 2008.

10 févr. 2008

Les liens du sang - Jacques Maillot

Lyon, à la fin des années 70. François, inspecteur de police, apprend la sortie de prison de son frère, Gabriel, qui vient de tirer dix ans pour meurtre. Entre le flic et son aîné, les retrouvailles ne sont pas évidentes, mais chacun a la volonté de tirer un trait sur le passé. Gabriel essaie de se ranger et François se met en quatre pour l'aider. Mais la réalité et les vieux démons finissent par les rattraper. Pour les deux frères, séparés par leurs choix, mais unis par le sang, le chemin parcouru semble étrangement aboutir à la même impasse.


Pour son deuxième film après Nos vies heureuses (1999), Jacques Maillot adapte l’autobiographie des frères Papet, Deux frères flic et truand. Au centre de cette histoire tragique de fratrie disloquée aux accents shakespeariens le récit oppose deux frères aux caractères et aux trajectoires dissemblables. L’un au service de la loi est introverti, en souffrance, confronté à nouveau, avec le retour au civil du frère rebelle, aux blessures douloureuses du passé (le mensonge lié à l’abandon de la mère, l’admiration incompréhensible du père pour les exploits criminels de son frère). L’autre aspiré par le banditisme est insouciant et grande gueule. Les scènes communes entre Guillaume Canet, le flic mélancolique et François Cluzet, le gangster fiévreux, sont intenses et réservent de beaux moments d’émotion. Illustration de cette opposition de pensée et de mode de vie un repas de famille tournant à l’affrontement verbal lors de la vision d’un reportage centré sur la mort de Jacques Mesrine vécue par l’aîné comme un assassinat et par le cadet comme un acte de bravoure de légitime défense. Pour la mise en image de ce polar psychologique Maillot privilégie un réalisme brut à une stylisation empreint de lyrisme (un traitement différent de cet autre récent grand polar français qu’est 36, quai des orfèvres). On y retrouve des ingrédients du cinéma de Melville comme les relations complexes entre flics et voyous (petite trace d’ambiguïté chez le flic, amoureux de la femme d’un malfrat qu’il a envoyé en taule), le poids de la fatalité qui broie les protagonistes ainsi qu’une qualité d’écriture des personnages principaux et secondaires propre au cinéma d’auteur français rayon études de mœurs dont Sautet et Téchiné sont les éminents spécialistes. La reconstitution minutieuse des années 70 (coiffures, pratiques sociologiques, techniques policières…), la représentation de la violence, sèche et brutale, participe également de cette recherche de réalisme documentaire qui exclut donc le spectaculaire mais pas une tension constante, après une exposition un peu étirée de 40 min, avec un bon dosage des évènements dramatiques jusqu’à un final bouleversant où le réalisateur a pris des libertés avec l’histoire des Papet. Si l’on peut regretter le manque de relief de la mise en scène, la qualité de l’interprétation du duo-duel Canet/Cluzet tous deux excellents dans des rôles sombres aux expressions différentes au centre d’une histoire forte (des retrouvailles face caméra après le réussi Ne le dis à personne) emporte définitivement l’adhésion.

Quantum of Solace

Voici la première affiche teaser du prochain James Bond.

Découvrez également ici une featurette incluant les interventions du réalisateur Marc Forster, du producteur Michael G. Wilson et de Daniel Craig ainsi qu'un aperçu de scènes d'action.

Détention secrète - Gavin Hood

Au Caire, un attentat terroriste a fait plus d'une trentaine de morts, dont un Américain. L'attentat a été revendiqué par Rashid Silime, terroriste bien connu à la tête de la brigade El-Hazim, une cellule dissidente du Hezbollah. En congrès en Afrique du sud, un scientifique américain d'origine égyptienne, est arrêté à sa descente d'avion aux Etats-Unis, accusé d'avoir participé à l'attentat. Ramené en Egypte, il est interrogé et torturé. Tandis qu’une jeune recrue de la CIA est chargée de superviser l’enquête, l’épouse du disparu le cherche activement au pays.


Après le bouleversant Dans la vallée d’Elah qui dénonçait les horreurs du conflit irakien arrive sur les écrans une nouvelle fiction axée sur les ravages de la politique étrangère de l’administration Bush à savoir les dérives de l’anti-terrorisme. Détention secrète (Rendition) prend pour sujet et pivot scénaristique le système de détention secrète, appelé "rendition", initié par l'administration Clinton. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les agents de la CIA prennent la liberté d'arrêter des individus suspects et de les enfermer sans aucune procédure judiciaire. Ces prisonniers disparus sont ensuite déplacés dans différents centres de détention secrets se trouvant dans des pays tel l'Egypte, la Jordanie ou le Pakistan, où la torture n'est pas interdite.
Le film se veut engagé mais la charge est bien légère la faute à un poussif montage alternatif organisé autour de trois histoires entrelacées situées dans deux pays différents (l’enquête aux USA de l’épouse, les états d’âme du jeune agent de la CIA chargé de l’enquête, l’histoire passionnelle d’une jeune musulmane pour un djihadiste) qui dilue malheureusement la force du propos dans une artificielle recherche d’émotion universelle qu’est la peur, la douleur de perdre un être cher : le va-et- vient entre les micro fictions qui se révèlent vite pauvres en enjeux dramatiques a tendance à ralentir considérablement le rythme et atténuer la densité psychologique de chaque personnage. Le réalisateur sud-africain Gavin Hood, oscarisé en 2005 pour Mon nom est Tsotsi, passe à côté d’un film coup de poing la faute à un scénario trop alambiqué pour ce genre de projet (revoir plutôt sur ce sujet l’édifiant docu-fiction réalisé par Michael Winterbottom, The road to Guantanamo). De plus les deux têtes d’affiches, Jake Gyllenhall curieusement éteint, Reese Witherspoon en surjeu permanent, ne parviennent pas à rendre attachant les personnages principaux. Néanmoins les apparitions pétrifiantes de Meryl Streep, parfaite en chef glaçante de la CIA, réveillent un peu l’attention en sommeil jusqu’au twist scénaristique final.
Ce sujet passionnant, s’il n’est pas traité ici avec force conviction, a le mérite de soulever la polémique et de (ré)éveiller les consciences, une tâche louable à laquelle s’attelle Hollywood avec le retour des ces films politiques (les années 80 & 90 auront été l’ère du divertissement décomplexé) comme Syriana ou bien Michael Clayton qui traitent aussi bien de la collusion de la politique et des affaires, de la face cachée des multinationales pharmaceutiques, autant de sujets brûlants abordés avec un sens efficace du spectacle et de la réflexion.