10 févr. 2008

Détention secrète - Gavin Hood

Au Caire, un attentat terroriste a fait plus d'une trentaine de morts, dont un Américain. L'attentat a été revendiqué par Rashid Silime, terroriste bien connu à la tête de la brigade El-Hazim, une cellule dissidente du Hezbollah. En congrès en Afrique du sud, un scientifique américain d'origine égyptienne, est arrêté à sa descente d'avion aux Etats-Unis, accusé d'avoir participé à l'attentat. Ramené en Egypte, il est interrogé et torturé. Tandis qu’une jeune recrue de la CIA est chargée de superviser l’enquête, l’épouse du disparu le cherche activement au pays.


Après le bouleversant Dans la vallée d’Elah qui dénonçait les horreurs du conflit irakien arrive sur les écrans une nouvelle fiction axée sur les ravages de la politique étrangère de l’administration Bush à savoir les dérives de l’anti-terrorisme. Détention secrète (Rendition) prend pour sujet et pivot scénaristique le système de détention secrète, appelé "rendition", initié par l'administration Clinton. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, les agents de la CIA prennent la liberté d'arrêter des individus suspects et de les enfermer sans aucune procédure judiciaire. Ces prisonniers disparus sont ensuite déplacés dans différents centres de détention secrets se trouvant dans des pays tel l'Egypte, la Jordanie ou le Pakistan, où la torture n'est pas interdite.
Le film se veut engagé mais la charge est bien légère la faute à un poussif montage alternatif organisé autour de trois histoires entrelacées situées dans deux pays différents (l’enquête aux USA de l’épouse, les états d’âme du jeune agent de la CIA chargé de l’enquête, l’histoire passionnelle d’une jeune musulmane pour un djihadiste) qui dilue malheureusement la force du propos dans une artificielle recherche d’émotion universelle qu’est la peur, la douleur de perdre un être cher : le va-et- vient entre les micro fictions qui se révèlent vite pauvres en enjeux dramatiques a tendance à ralentir considérablement le rythme et atténuer la densité psychologique de chaque personnage. Le réalisateur sud-africain Gavin Hood, oscarisé en 2005 pour Mon nom est Tsotsi, passe à côté d’un film coup de poing la faute à un scénario trop alambiqué pour ce genre de projet (revoir plutôt sur ce sujet l’édifiant docu-fiction réalisé par Michael Winterbottom, The road to Guantanamo). De plus les deux têtes d’affiches, Jake Gyllenhall curieusement éteint, Reese Witherspoon en surjeu permanent, ne parviennent pas à rendre attachant les personnages principaux. Néanmoins les apparitions pétrifiantes de Meryl Streep, parfaite en chef glaçante de la CIA, réveillent un peu l’attention en sommeil jusqu’au twist scénaristique final.
Ce sujet passionnant, s’il n’est pas traité ici avec force conviction, a le mérite de soulever la polémique et de (ré)éveiller les consciences, une tâche louable à laquelle s’attelle Hollywood avec le retour des ces films politiques (les années 80 & 90 auront été l’ère du divertissement décomplexé) comme Syriana ou bien Michael Clayton qui traitent aussi bien de la collusion de la politique et des affaires, de la face cachée des multinationales pharmaceutiques, autant de sujets brûlants abordés avec un sens efficace du spectacle et de la réflexion.

Aucun commentaire: