10 févr. 2008

Les liens du sang - Jacques Maillot

Lyon, à la fin des années 70. François, inspecteur de police, apprend la sortie de prison de son frère, Gabriel, qui vient de tirer dix ans pour meurtre. Entre le flic et son aîné, les retrouvailles ne sont pas évidentes, mais chacun a la volonté de tirer un trait sur le passé. Gabriel essaie de se ranger et François se met en quatre pour l'aider. Mais la réalité et les vieux démons finissent par les rattraper. Pour les deux frères, séparés par leurs choix, mais unis par le sang, le chemin parcouru semble étrangement aboutir à la même impasse.


Pour son deuxième film après Nos vies heureuses (1999), Jacques Maillot adapte l’autobiographie des frères Papet, Deux frères flic et truand. Au centre de cette histoire tragique de fratrie disloquée aux accents shakespeariens le récit oppose deux frères aux caractères et aux trajectoires dissemblables. L’un au service de la loi est introverti, en souffrance, confronté à nouveau, avec le retour au civil du frère rebelle, aux blessures douloureuses du passé (le mensonge lié à l’abandon de la mère, l’admiration incompréhensible du père pour les exploits criminels de son frère). L’autre aspiré par le banditisme est insouciant et grande gueule. Les scènes communes entre Guillaume Canet, le flic mélancolique et François Cluzet, le gangster fiévreux, sont intenses et réservent de beaux moments d’émotion. Illustration de cette opposition de pensée et de mode de vie un repas de famille tournant à l’affrontement verbal lors de la vision d’un reportage centré sur la mort de Jacques Mesrine vécue par l’aîné comme un assassinat et par le cadet comme un acte de bravoure de légitime défense. Pour la mise en image de ce polar psychologique Maillot privilégie un réalisme brut à une stylisation empreint de lyrisme (un traitement différent de cet autre récent grand polar français qu’est 36, quai des orfèvres). On y retrouve des ingrédients du cinéma de Melville comme les relations complexes entre flics et voyous (petite trace d’ambiguïté chez le flic, amoureux de la femme d’un malfrat qu’il a envoyé en taule), le poids de la fatalité qui broie les protagonistes ainsi qu’une qualité d’écriture des personnages principaux et secondaires propre au cinéma d’auteur français rayon études de mœurs dont Sautet et Téchiné sont les éminents spécialistes. La reconstitution minutieuse des années 70 (coiffures, pratiques sociologiques, techniques policières…), la représentation de la violence, sèche et brutale, participe également de cette recherche de réalisme documentaire qui exclut donc le spectaculaire mais pas une tension constante, après une exposition un peu étirée de 40 min, avec un bon dosage des évènements dramatiques jusqu’à un final bouleversant où le réalisateur a pris des libertés avec l’histoire des Papet. Si l’on peut regretter le manque de relief de la mise en scène, la qualité de l’interprétation du duo-duel Canet/Cluzet tous deux excellents dans des rôles sombres aux expressions différentes au centre d’une histoire forte (des retrouvailles face caméra après le réussi Ne le dis à personne) emporte définitivement l’adhésion.

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