30 mars 2008

MR73/Olivier Marchal

Un tueur en série ensanglante Marseille. Louis Schneider, flic au SRPJ, mène l'enquête malgré l'alcool et les fantômes de son passé. Le passé resurgit aussi pour Justine. 25 ans plus tôt, ses parents ont été sauvagement assassinés par Charles Subra. Schneider l'avait alors arrêté. Mais aujourd'hui, par le jeu des remises de peine et pour bonne conduite, Subra sort de prison. Cette libération anticipée va alors réunir Schneider et Justine, deux êtres qui tentent de survivre au drame de leur vie.

En 2004, 36 quai des orfèvres, axé sur le magnifique duel Auteuil/Depardieu, sonnait comme le renouveau du polar français. Marchal y alignait de beaux moments de cinéma grâce à un scénario solide, une direction d’acteurs irréprochable, une réalisation efficace marquée par une exigence documentaire et une volonté de stylisation de l’image proche du travail de Michael Mann sur Heat auquel le film emprunte sa colonne vertébrale. On retrouve dans ce nouveau film de l’ex-policier Olivier Marchal des qualités propre au film noir (atmosphère crépusculaire, poids de la fatalité, personnages en lutte à la fois contre leur hiérarchie et contre leurs démons intérieurs) malheureusement gâchés par une fâcheuse tendance au pathos et à la grandiloquence entrevue dans 36.
Inspiré de faits réels MR73 rassemble des thèmes présents dans les deux premiers polars de Marchal, Gangsters et 36, comme la solitude, le désespoir, la quête d’honneur et de rédemption, la trahison. Marchal y rend hommage à des flics intègres trahis par les leurs, broyés par la justice comme par leur passé. Auteuil, immense comme toujours, incarne dans ce nouveau film un policier alcoolique rongé par le remords et la culpabilité. Dans une atmosphère cafardeuse et poisseuse à souhait, le film conte la descente aux enfers d’un être brisé qui doit faire face à ses fantômes et ses démons pour continuer à exercer son noble métier et acquérir la rédemption en sauvant une jeune femme des griffes du meurtrier de ses parents fraîchement libéré. Manifestement, le parcours désespéré de ce flic a davantage attiré le réalisateur que la résolution de l’intrigue principale, l’arrestation vite expédiée d’un autre tueur en série. En effet pendant une bonne partie du film l’intrigue fait du surplace, les scènes éthyliques filmées à la limite de la complaisance se multipliant pour orchestrer la déchéance de Schneider. Dommage que le portrait tragique d’un personnage aussi fort marqué par la culpabilité à l’instar du personnage de Montand dans Le cercle rouge ou de Nicholson dans The Pledge soit noyé par une mise en scène boursouflée qui abuse des filtres, des ralentis, des longs flash-back explicatifs en n&b saturés d’une musique mélodramatique. Egalement témoins de cette tendance au pathos et à l’emphase les dialogues ampoulés où la recherche du bon mot sonne souvent faux et la plupart des scènes dramatiques comme la mort du collègue de Schneider qui ne brille pas par la retenue (c’est ce point précis relatif à la dramaturgie qui distingue précisément Marchal de James Gray, grand orfèvre du polar). Dans ce souci d’esthétisation de l’image qui lorgne ostensiblement vers le travail de Michel Mann et de David Fincher, Marchal adopte des choix artistiques douteux : la rutilance des berlines des policiers qui tranche avec la vétusté du commissariat, la pluie permanente sur Marseille comme une métaphore du tourment intérieur des personnages... Le dernier quart d’heure où Schneider, en quête de rédemption fait le sacrifice de sa personne pour sauver la jeune orpheline du meurtrier de ses parents, est de loin le plus réussi dans son jusqu’auboutisme suicidaire avec des éclairs d’une violence sèche qui tranche avec les effets pompeux du reste du film.
Déception donc pour ce nouveau long-métrage d’Olivier Marchal malgré la qualité générale d’interprétation, Auteuil et Catherine Marchal en commissaire mélancolique en tête : un polar à la réalisation empesée jusqu’au dernier plan, lourdement symbolique.

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