14 avr. 2008

Sans arme, ni haine, ni violence / Jean-Paul Rouve

Appréhendé en 1977 pour avoir conçu, organisé et réussi le célèbre casse de Nice, Albert Spaggiari s'évade du bureau du juge d'instruction. Pendant des années, il va rester insaisissable, résistant à toutes les tentatives de la police. Au cours de sa cavale fabuleuse en Amérique du Sud, il multiplie les rencontres avec des journalistes, fait des photos en forme de pied de nez facétieux au public français.
Vincent, reporter, réussit à l'approcher pendant quelques jours dans une ville d'Amérique du Sud et découvre un être qui n'a rien à voir avec le grand banditisme, une sorte de Cyrano de Bergerac, généreux et fauché, souffrant de ne pas profiter davantage de sa gloire, looser grandiose, vantard plein d'humour et de contradictions mais qui reste traqué par la police française.

Comédien de grand talent très demandé depuis son César pour Mr Batignole en 2002, Jean-Paul Rouve a choisi pour son premier film en tant que réalisateur de porter à l’écran la vie du célèbre escroc Albert Spaggiari via un portrait personnel loin du biopic traditionnel.
Plutôt que de dérouler le canevas narratif classique du biopic, Rouve qui à la base ne devait être que scénariste choisit comme colonne vertébrale de ce portrait véridique et fantasmé de Spaggiari la relation particulière faite de méfiance puis de complicité entre l’escroc et un journaliste de Paris–Match venu l’interviewer dans son exil en Amérique du Sud.
Les premiers échanges entre les deux hommes conduisent le film vers une construction décousue : allers retours entre le passé et le présent au gré des confidences de Spaggiari recueillies par le personnage du journaliste qui devient l’œil du spectateur. L’histoire est vécue selon son point du vue : un portrait tout en nuances entre sa perception de la vie d’un homme à la fois fantasque et mélancolique dans un exil pas si doré que ça et ce que lui raconte Spaggiari sur son passé rocambolesque et flamboyant.
S’appuyant sur un gros travail de documentation, Rouve a ajouté ce personnage fictif du journaliste pour mettre en lumière la face cachée de Spaggiari, un perdant magnifique qui vit dans la nostalgie de son unique tube, le casse de la Société générale. En fuite dans une dictature d’Amérique du Sud, l’homme est motivé par l’idée paradoxale de s’exposer, une vedette auteur d’un casse-tube d’anthologie rongé de l’intérieur par un besoin dévorant d’être aimé et adulé comme une rock star. Nous découvrons en effet un être complexe et attachant, un magnifique personnage de cinéma : un escroc en cavale en quête permanente de reconnaissance et de célébrité, un vantard truculent amoureux d’une femme sublime qui a quitté une vie bourgeoise pour le suivre,
un flambeur qui monnaye ses interviews et vit modestement loin des palaces où il s’affiche pour cultiver une image de dandy, un hôte généreux aux prises de positions extrêmes (propos racistes liées à la nostalgie de l’empire colonial français, exil dans une dictature), une personnalité fantasque adepte des déguisements et de la dissimulation (à propos de sa compréhension des véritables motivations de son interlocuteur/de son état de santé).
Jean-Paul Rouve traduit magnifiquement, par des sourires enfantins et des regards blessés, l’extravagance et la malice comme les zones d’ombres de Spaggiari. Pour lui donner la réplique Rouve a trouvé en Gilles Lellouche un excellent interprète, mélange de virilité et de sensibilité, pour ce personnage de journaliste également aux multiples facettes allant de la méfiance à la complicité. Le lien qui se noue entre les deux hommes comme la belle histoire d’amour de Spaggiari et de sa femme, véritable gravure de mode aimante et attentionnée incarnée par la sublime et émouvante Alice Taglioni, apportent au film une touchante mélancolie. Ajoutée à un trio d’acteurs parfaits, la réalisation très maîtrisée pour un coup d’essai multiplie les qualités : magnifique lumière du Portugal, plans serrés caméra à l’épaule pour mettre en valeur le jeu des comédiens dans les scènes dialoguées comme dans les deux scènes d’action encadrant le récit (l’évasion spectaculaire du bureau du juge d’instruction, la longue scène du casse débutant par une visite anxiogène des égouts), raccords astucieux, touches élégantes et glamours (le split screen du début du film, les tenues de Taglioni) au fil d’allers et retours entre passé et présent bien rythmés autour d’un personnage très attachant.
Réaliser Sans arme, ni haine, ni violence constituait pour le réalisateur débutant un choix courageux en ce qui concerne le défi technique de récréer, avec des moyens limités, l’ambiance des années 70, de filmer en décors naturels à l’étranger, de planifier des scènes d’action (l’évasion du bureau du juge d’instruction, le fameux casse repoussé à la fin du film) pour relater une vie rocambolesque faite de coups d’éclat et de coups de blues. Le pari est largement gagné : Jean-Paul Rouve est un cinéaste à suivre.

(Sortie le 16 avril 2008)

1 commentaire:

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