20 mai 2008

61ème festival de Cannes

Le Festival de Cannes a débuté le 14 mai. Boulevard du cinéma est sur la Croisette depuis samedi dernier. Retrouvez durant cette semaine mon compte-rendu de ce 61ème festival.
A suivre mon avis sur Le silence de Lorna des frères Dardenne, en lice pour une troisième Palme d'or, L'échange de Clint Eastwood, le magistral dernier opus du maître, Une histoire italienne avec Monica Bellucci présenté en séance spéciale et l'hommage à Manuel de Olivieira.


Samedi 17 Mai-Cannes Classics

Le festival de Cannes permet outre de voir des films de tous horizons en compétition officielle et dans les sections parallèles, en avant-première mondiale, de redécouvrir des longs-métrages qui ont fait l’histoire du cinéma en copies restaurées.
Cette année les festivaliers ont pu assisté à la projection en copie neuve du chef d’œuvre de Max Ophuls, Lola Montès. Réalisé en 1955 Lola Montès est le dernier film de son auteur, en couleur. Echec commercial à sa sortie, cette histoire de la vie scandaleuse de la comtesse de Landsfeld dite Lola Montès a subi de nombreux remontages. Ainsi il existe 3 versions de ce film jugé trop scandaleux : la version originale de 1955, celle de 1956 où les dialogues allemands sont remplacés par des voix françaises postsynchronisées et enfin la version de 1957 où l’histoire est racontée de manière chronologique avec une voix off sans l’aval d’Ophuls. La Cinémathèque française et les Films du Jeudi, avec l’aide de Marcel Ophuls, ont restauré le montage initial de Lola Montès avec couleurs (procédé Eastmancolor), son stéréophonique et format d’origine en Cinémascope. La copie sublime permet d’apprécier à sa juste mesure ce beau mélodrame sur la cruauté et l’indécence de spectacles qui puisent leur matière première dans les scandales.
Si les couleurs éclatantes, les décors chargés et les costumes flamboyants sont d’un autre âge Lola Montès conserve un côté intemporel par son sujet fort autour d’une industrie du spectacle prompte à s’emparer des destins incroyables, à récupérer de vieilles gloires pour faire un spectacle divertissant de leurs amours, de leurs réussites et de leurs déchéances. Ainsi la femme libre amoureuse qu’était Lola Montès courtisée par les plus grands, épisodes amoureux racontées en flash-back, est condamnée par l’exil à revivre chaque soir sa vie dans un numéro de cirque pathétique. Grandeur et décadence d’une femme hors du commun Lola Montès s’achève par un travelling arrière magistral laissant la baronne exposée dans une cage, telle une freak, à la vue d’une foule masculine désireuse de toucher moyennant finances celle que des hommes de pouvoir comme le roi de Bavière (épisode central durécit) se sont disputés la beauté, la fougue et la liberté.

Dimanche 18 Mai-Compétition officielle

Outre la projection tant attendue d’Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, en présence de l’équipe du film menée par Steven Spielberg et Harrison Ford, dont nous vous parlerons bientôt, la journée était marquée par deux films en compétition pour la Palme d’Or.

*Avec Gomorra de Matteo Garrone l’Italie fait son retour en compétition officielle deux ans après Le caïman de Nanni Moretti.
Adapté du best-seller éponyme de Roberto Saviano Gomorra est une radiographie sans concession de la Comorra, la mafia napolitaine. Ce sujet politique brûlant aborde, avec une approche très documentée inspirée par le néo-réalisme italien, la réalité dangereuse d’une organisation tentaculaire. Lumière naturelle, absence de musique, acteurs non professionnels, décors authentiques à quelques centaines de kilomètres de Rome : Gomorra est portée par une exigence documentaire pour approcher une réalité violente où l’ennemi n’est pas toujours identifiable. Le film explore les différents trafics (textiles contrefaits, drogue, armes, déchets toxiques) comme les rivalités de clans qui touchent tous les personnages du film. Le récit est articulé autour de cinq histoires dans cinq lieux de la région de Naples soit cinq thématiques pour illustrer la complexité de cette mafia napolitaine. Cette recherche de réalisme s’accompagne d’une tension dramatique constante autour des divers personnages en proie aux passions humaines (envie, convoitise, colère), motivés par un fort instinct de survie ou bien d’échapper à cette spirale de violence. Le danger est omniprésent, la mort rôde à chaque instant et les éclairs d’une violence sèche et brute font très mal.
Produit par la RAI, Gomorra séduit par son absence d’artifices stylistiques, son aspect documentaire qui n’est pas incompatible avec une dramatisation des parcours de ses personnages multiples d’une grande humanité dans l’ensemble et son propos politique d’une actualité brûlante. Le générique final rappelle que la Comorra c’est 3 morts par jour, des déchets toxiques plus haut que l’Everest et des activités illégales convertis en activités légales comme la reconstruction des Tours Jumelles.

*Réalisé par Brillante Mendoza le film philippin Serbis a pour cadre un cinéma pornographique dirigé par une famille avec quatre enfants. Problème familiaux voisinent avec le trafic des corps de gigolos vendant leurs services dans l’obscurité d’une salle de cinéma. Cette plongée glauque dans le milieu de la prostitution avec scènes de sexe non simulées (la chair est triste) agace par son absence d’enjeux dramatiques, son refus systématique de l’ellipse et sa bande-son assourdissante. Si sa volonté de dépeindre une réalité miséreuse ne peut être remise en cause on peut reprocher au réalisateur, présent à la Quinzaine des réalisateurs en 2007 avec John John, l’histoire d’un enfant abandonné des quartiers pauvres de Manille, la construction de son récit qui privilégie le temps réel soit de redondantes scènes domestiques d’un intérêt cinématographique nul quand elles ne flirtent pas avec une pornographie crapuleuse.

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