21 mai 2008

61ème festival de Cannes

Lundi 19 Mai

*Le silence de Lorna de Jean-Pierre et Luc Dardenne-Compétition officielle

Avec cette histoire située à Liège d’une jeune femme d’origine albanaise, Lorna, empêtrée dans une affaire de mariage blanc qui va la dépasser les frères Dardenne sont de retour sur la Croisette auréolés d’une double Palme d’or (Rosetta, 1999 et L’enfant, 2005).
Avec ce nouveau film social ancré sur leurs terres wallonnes, les Dardenne reprennent les ingrédients qui ont fait l’intérêt de leurs précédents métrages : réalisme âpre, dramaturgie maîtrisée, direction d’acteurs irréprochable. Si on ne retrouve pas néanmoins le sentiment d’urgence et les mouvements fiévreux dans le cadre de Le fils ou L’enfant dus à l’abandon de la caméra à l’épaule, le scénario ménage son lot de scènes dramatiques tendues et s’articule autour d’un personnage féminin suffisamment riche pour saluer la qualité de ce nouvel opus.
La mise en scène au service des comédiens capte une fois de plus magnifiquement les différents émotions des interprètes, Jérémie Rénier émouvant de fragilité en junkie en passe de décrocher et Arta Dobroshi dans un rôle complexe d’épouse en pleine crise de conscience évoluant de la froideur à l’affection au fil d’un récit qui emprunte autant au réalisme social avec sujet de société qu’au film policier avec ce beau portrait de femme en lutte pour sa survie.
Les Dardenne ont encore frappé très fort et juste avec leur cinéma réaliste et humain.

*Une histoire italienne de Marco Tullio Giordana

Le nouveau film du réalisateur italien de Nos meilleures années, Sanguepazo, présenté en séance spéciale, est basé sur l’histoire vraie de deux stars du cinéma transalpin incarnées par Monica Bellucci et Lucas Zingaretti retrouvées mortes quelques jours après la Libération en 1945. Exécutées par les partisans le couple faisait partie des acteurs de premier plan du cinéma des "téléphones blancs" que le régime fasciste avait voulu encourager.
Si le projet ne manque pas d’ambition, l’histoire d’amour d’un couple d’acteurs pris dans la tourmente de la guerre, force est de constater la distanciation qu’impose cette fresque romantico-historique pas assez lyrique ni incarnée. Bellucci, très sensuelle, a un rôle d’icône (une star de cinéma) dont elle a du mal à se défaire. Beauté glacée trop lisse pour émouvoir, comédien grimaçant, Bellucci et Zingaretti incarne un couple iconoclaste d’artistes assez hystérique et borderline (lui est accro à la drogue, elle aime 2 hommes) dont on peine à s’intéresser à leur destin. La faute à la fadeur du deuxième rôle masculin, cette seconde histoire d’amour n’est pas très crédible. De plus la toile de fond historique n’a pas assez de relief pour imposer un quelconque danger ou tension dramatique.
Hormis quelques scènes sulfureuses de querelle domestique pas grand-chose de bien passionnant dans cette histoire italienne désincarnée suivie avec détachement.

*Versailles de Pierre Schoeller-Un Certain Regard

Premier film touchant de Pierre Schoeller en compétition pour la Caméra d’or, Versailles raconte l’errance de Nina, une jeune femme sans abri et de son fils Enzo, 5 ans. Leur périple les conduit dans les bois près du château de Versailles où ils font la rencontre d’un homme, Damien, vivant dans une cabane à qui Nina confie contre son gré sa progéniture le temps de chercher un travail.
La relation intense entre ces deux hommes sauvages et renfermés faite de méfiance puis d’affection constitue la colonne vertébrale de ce premier film qui évite le misérabilisme et le pathos pour délivrer un message de solidarité et d’amour. Deux solitudes s’apprivoisent et font faire un bout de chemin ensemble. Simple et bouleversant à l’image de ses deux acteurs, Guillaume Depardieu et son jeune partenaire Max Baissette de Malglaive, absolument prodigieux tous deux. La force de ce duo rappelle celui du sublime Un monde parfait de Clint Eastwood. A découvrir en salles le 13 août.

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