23 mai 2008

61ème festival de Cannes

Mardi 20 Mai-Compétition officielle

*The Changeling (L’échange) de Clint Eastwood

Adaptée d’un fait divers survenu dans les années 20, L’échange relate une histoire incroyable. Quelques mois après l’enlèvement de son fils, une mère célibataire se voit rendu son enfant par la police. Mais elle assure aux autorités qu’il ne s’agit pas du sien.
A bientôt 80 ans, Clint Eastwood revient, après un formidable dyptique sur la bataille d’Iwo Jima, à un genre policier qu’il a si bien abordé dans Un monde parfait ou Mystic River.
Comme dans ce dernier film interprété par l’oscarisé Sean Penn il est question de la perte d’un enfant, un sujet proche des films réalisés par Penn ce qui en fait outre ses grandes qualités dramaturgiques et visuelles un candidat sérieux à la Palme.
De forme classique, L’échange sidère par la précision de sa mise en scène (pas un plan à jeter), la beauté de la photographie qui travaille le motif du clair-obscur, ses nombreux thèmes déjà présent dans une filmographie passionnante propices à la réflexion (la perte d’un être cher, le poids et la valeur de la justice des hommes, la peine de mort, le Mal qui gouverne certains êtres) et son interprète principale, Angelina Jolie, que l’on n’avait pas vu aussi convaincante depuis Une vie volée.
Polar poisseux, drame familial, film de procès, L’échange est la somme réussie de tous ces genres regroupés dans une histoire humaine universelle : le portrait bouleversant d’une mère courage qui attend le retour de son fils disparu. Angelina Jolie est particulièrement juste et délivre de beaux moments d’émotion à la fin du récit. En lutte contre une police corrompue qui ne veut pas admettre son erreur (question d’image à sauvegarder à n’importe quel prix) son personnage reste digne tout le long de ce parcours de ce combat titanesque, une recherche de vérité parsemée d’embûches où l’espoir permet de tenir, et de cette attente intolérable que vit également le spectateur en profonde empathie pour ce nouveau personnage de femme forte qu’Eastwood met au centre d’un long métrage après la boxeuse de Million Dollar Baby. Grand film politique également avec une critique de l’institution policière qui broie la liberté et les droits des citoyens, pratique les exécutions punitives avec la complicité du corps médical, ce nouveau film d’Eastwood situé dans le passé renvoie un visage de l’Amérique d’aujourd’hui et appelle via le personnage d’Angelina Jolie à pratiquer la résistance et à garder intacte sa capacité d’indignation et de révolte contre les injustices de toutes sortes.
De plus la reconstitution des années 20 tant au niveau des décors que des costumes impressionne par sa qualité plastique.
L’échange est un film souvent dur mais très fort, remarquablement mis en scène par un maître qui n’a plus rien à prouver sinon qu’il a sa place parmi les plus grands palmés aux côtés de Scorsese, Coppola, une place qu’il mérite amplement au regard de l’ambition scénaristique et de l’ampleur d’une mise en scène qui écrasent la grande majorité de la concurrence de cette 61ème édition.

Sortie le 04 février 2009



*Delta de Kornel Mundruczo

Ancien résident de la Cinéfondation en 2003 et présent en 2005 dans la section Un certain regard avec Johnna, le hongrois Kornel Mundruczo a les honneurs de la compétition avec cette histoire inspirée d’Electre comme d’Hamlet d’un jeune homme taciturne de retour dans son village natal pour constater son amour immodéré pour sa sœur qu’il n’a presque pas connue et les zones d’ombre autour de la mort de son père.
Delta a les défauts de nombre de films de jeunes auteurs indépendants : longs plans contemplatifs, personnages mutiques (psychologie plus que sommaire), scénario erratique.
L’enjeu du film plus que de proposer une progression dramatique rigoureuse entre révélations et menaces est l’inscription sensualiste des personnages dans une nature accueillante (vs les villageois rustres et belliqueux) : la construction d’une maison sur pilotis occupe nombre de scènes redondantes consacrées au gros œuvre (un ballet de clous enfoncés!!).
Mis à part une belle photographie, Delta s’avère très ennuyeux à l’image de l’ectoplasmique premier rôle masculin en s’enfermant dans une atmosphère cotonneuse à l’image de la vie que les frères et sœurs se construisent aux abords du delta du Danube. Sa partenaire parvient quant à elle à imposer avec admirable économie de moyens toute une gamme d’émotions diverses ce qui rend les dix dernières minutes particulièrement éprouvantes.

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