16 juin 2008

Phénomènes / M.Night Shyamalan

En quelques minutes, sans aucun signe prémonitoire, des personnes meurent dans des circonstances incompréhensibles. Quel est ce phénomène? Qu'est-ce qui a déclenché cette force qui menace l'espèce humaine? Pour Elliot Moore, professeur de sciences dans un lycée de Philadelphie, ce qui compte est d'abord d'échapper à ce phénomène aussi mystérieux que mortel. Avec sa femme, Alma, ils fuient en compagnie d'un ami, professeur de mathématiques, et de sa fille de huit ans.Très vite, il devient évident que personne n'est plus en sécurité nulle part. Il n'y a aucun moyen d'échapper à ce tueur invisible et implacable. Pour avoir une mince chance de survivre, Elliot et les siens doivent à tout prix comprendre la véritable nature du phénomène, et découvrir ce qui a déchaîné cette force qui menace l'avenir même de l'espèce humaine...

Après l’échec cuisant de La Jeune Fille de l’eau, un conte de fées délirant et assez déroutant où les locataires hauts en couleur d’un motel s’unissaient pour aider une jeune nymphe échouée dans leur piscine, l’auteur adulé de Sixième sens et de Le Village M.Night Shyamalan signe pour la Fox avec Phénomènes son retour vers le drame familial sur fond d’apocalypse et de fantastique qu’il avait si bien traité dans Signes. Comme souvent chez lui nous suivons une famille ordinaire, légèrement bancale, aux prises avec des évènements extraordinaires.
Dans Phénomènes une vague inexpliquée de suicides se propagent sur la côte Est des Etats-Unis. Le réalisme de ces scènes mortelles est vraiment glaçant : une grappe de corps chutent de buildings, une jeune femme assise tranquillement dans un parc se plante une aiguille dans le cou, un policier se tire une balle dans la tête avant que son arme ne soit récupéré à des fins funestes par d’autres personnes. Soudain figés dans leur quotidienneté, les contaminés se donnent la mort, leur instinct de conservation ayant disparu pour laisser place à une attitude contre-nature. Shyamalan orchestre ce dérèglement du quotidien d’une manière assez prodigieuse par des cadrages très précis et de lents mouvements de caméra.
En disciple de Spielberg, il s’attache au destin d’un groupe de gens simples, un couple de trentenaires en crise, un père et sa fille, fuyant cette invasion d’origine inconnue. En choisissant pour héros des personnages ordinaires, classe moyenne, petits soucis conjugaux, face à cette menace inconnue et non identifiée (virus chimique d’origine terroriste ? vengeance de la nature ?), Shyamalan s’assure l’implication du spectateur dans cette histoire pleine de suspense qui tient aussi bien des Oiseaux d’Hitchcock (fuir une menace planante) que de L’invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel (la psychose ambiante). La fuite de la ville où la sécurité est grandement menacée conduit nos personnages en milieu rural, dans un décor familier de Signes, les champs de céréales, les vieilles maisons… et une nature qui se révèle hostile. Soudain, un souffle de vent dans les arbres devient proprement terrifiant et une maison d’accueil tenue par une vieille dame que la raison a abandonné un dédale lugubre, grâce à une mise en scène inspirée qui privilégie les effets discrets et le pouvoir suggestif du hors-champ. Comme dans Incassable et Signes, les évènements dramatiques vont rapprocher des personnages aux liens distendus ou bien en doute. Shyamalan vante une nouvelle fois les vertus de la famille comme un rempart contre le mal ou l’âpreté de la vie ici dans une Amérique post-septembre paranoïaque et repliée sur elle-même où la fuite de ce qui semble être un virus bactériologique propagé par des terroristes se fait avec égoïsme (nos héros bloqués dans un village sur le parcours ferroviaire qui doit les mener vers une zone sécurisée trouve difficilement une aide motorisée) et animosité (un homme défend lourdement armé l’accès de sa maison aux rescapés). Le discours n’est jamais naïf car fondé sur la représentation sobre d’émotions universelles et l’expression de préoccupations et d’interrogations propres à la condition humaine dans un univers réaliste, ordinaire.
Avec Phénomènes Shyamalan démontre une nouvelle fois qu’il est un auteur majeur avec cette sidérante maîtrise des scènes intimistes chargées d’émotion comme des moments d’effroi et de suspense purement hitchcockiens.
Comme dans une bonne série B dont le réalisateur indien revendique l’affiliation un message affleure, ici de nature écologique. De cette ambiance de fin du monde constamment pesante se dégage un constat terrible qu'il conviendra de prendre un jour à sa juste mesure en ce troisième millénaire : la fragilité de l’être humain sur cette terre menacée par son activité est plus que jamais avérée.

Glacial, terrifiant, à ne pas manquer.

1 commentaire:

krosister a dit…

Je pense qu'on va y aller ça me tente bien et je pense que j'en aurai pour ma dose de sursaut et autre cri de frayeur surprise................ :o)