25 juil. 2008

Hulk / Louis Leterrier

Le scientifique Bruce Banner cherche désespérément un antidote aux radiations gamma qui ont créé Hulk. Il vit dans l'ombre, toujours amoureux de la belle Betty Ross et parcourt la planète à la recherche d'un remède.La force destructrice de Hulk attire le Général Thunderbolt Ross et son bras droit Blonsky qui rêvent de l'utiliser à des fins militaires. Ils tentent de développer un sérum pour créer des soldats surpuissants.De retour aux Etats-Unis, Bruce Banner se découvre un nouvel ennemi. Après avoir essayé le sérum expérimental, Blonsky est devenu L'Abomination, un monstre incontrôlable dont la force pure est même supérieure à celle de Hulk. Devenu fou, il s'est transformé en plein coeur de New York.Pour sauver la ville de la destruction totale, Bruce Banner va devoir faire appel au monstre qui sommeille en lui...

Après l’accueil public plutôt tiède réservé au Hulk d’Ang Lee jugé trop cérébral en raison de nombreuses considérations psy qui prenaient le pas sur des scènes d’action peu inspirées (notamment problème d’échelle avec le géant perdu dans le désert), la firme Marvel, pour sa seconde production après la réussite artistique et financière d’Iron Man (+ de 500M$ dans le monde), a fait appel au français Louis Leterrier (Le transporteur, Danny the dog) pour redresser la barre et relancer la franchise.
Faiseur sans génie, Leterrier a été recruté pour sa maitrise des scènes d’action dans les productions Besson et son travail avec des stars (Jet Li & Morgan Freeman dans Danny the dog). Même si des réserves liées à la gestion des effets spéciaux à la fin du film sont émises le contrat est rempli : l’action décomplexée est au rendez-vous.
Après un générique très rythmé rappelant l’origine du mal de Bruce Banner (expérience militaire qui tourne mal, irradiation, fuite), direction les favelas de Rio de Janeiro où se cache Banner.
Se fondre dans la masse dans un pays étranger loin de chez lui, retrouver un anonymat et ainsi échapper à ses poursuivants acharnés : la condition du héros sans cesse sur la route, dans l’esprit de la série TV, rappelle celle d’un certain Jason Bourne. Homme souffrant de ce super pouvoir qui n’engendre que le chaos et la désolation, bête traquée, Banner/Hulk est, par ce côté schizophrénique aliénant, un personnage tragique dont Edward Norton, incontestablement la valeur ajoutée de ce nouvel opus, rend subtilement les nuances et la souffrance. Sa transformation en Hulk est toujours bien emmenée avec pupilles virant au vert et visage tordu de douleur. Le retour à sa condition humaine est déchirant : en haillons, sonné, il a alors l’apparence d’un SDF, amnésique. Alors qu’il s’acharne dans son exil brésilien à contrôler ses émotions et trouver un remède à son mal, les militaires US, avec à leur tête le redoutable général Hurt et le soldat intrépide Roth, retrouvent sa trace. Et l’action de s’emballer pour devenir incessante avec une bonne utilisation de décors naturels : poursuite sur les toits de Rio (écho troublant au Bourne ultimatum), combat explosif opposant Hulk à l’armée sur le campus d’une université américaine, duel titanesque entre deux monstres dans Times Square. Le récit se concentre vite sur l’opposition entre notre héros aspirant à se débarrasser de son double monstrueux pour mener une vie normale et un homme (Roth en bad guy de service) rêvant de toute puissance et de jeunesse éternelle, une transformation radicale que lui offre le général en lui injectant la substance même qui causa le mal de Banner, irradié par des rayons gamma.
Toujours en mouvement, Banner/Hulk donne le rythme au film qui intercale entre les poursuites, bastons et autres destructions massives des scènes intimistes assez guimauve entre Norton et sa dulcinée Liv Tyler, deux bons acteurs qui font ce qu’ils peuvent pour insuffler de l’émotion et de l’humain dans ce blockbuster gorgé d’effets spéciaux. Si le spectacle omniprésent est là, difficile pourtant de s’émouvoir pour le sort d’un Hulk digital pourtant fort bien animé mais qui fait regretter aussitôt le pouvoir expressif de l’acteur Norton qui rend passionnant ce personnage inspiré du Dr Jekyll et Mr Hyde. Le problème vient peut-être à la base de la représentation essentiellement en 3D du géant vert, apparence d’une créature qui sur le papier, le comics de 1962 de Stan Lee, ne pose pas de problème mais qui à l’écran tend vers le ridicule (colosse vert vêtu d’un pantacourt). Nonobstant la première apparition très réussie de la créature qui dévoile dans l’obscurité des détails de son anatomie, ses nombreuses apparitions, de l’ordre du virtuel, rapprochent trop le film du jeu vidéo, une impression fortifiée dans la dernière demi-heure avec le duel hallucinant (près de 80 plans à effets visuels pour cette séquence) entre deux monstres, Hulk et Abomination, dans les rues de New-York. Empoignades musclées entre deux créatures numériques certes virtuoses mais qui n’ont pas la force de celles opposant Iron Man à sa mimésis à la fin de cette autre production Marvel qui elle faisait un bon usage des effets mécaniques dûs au regretté Stan Wiston et à l’humain derrière le masque.

Bourrin, trépidant, cet Hulk version Leterrier remplit sa mission de divertissement mais échoue à combiner dans un tout homogène action, humour, émotion, profondeur dramatique, à l’image de réussites comme Iron Man ou Spiderman malgré l’implication du doué Edward Norton également crédité comme coscénariste.

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