2 juil. 2008

Rencontre avec Nicole Garcia au Festival du Film Court de Montpellier

L’actrice, réalisatrice et scénariste Nicole Garcia était présente Vendredi 13 Juin à la salle Rabelais à Montpellier, dans le cadre de la 1ère édition du Festival Court de Montpellier, pour un dialogue en toute décontraction avec le critique d’art Matthieu Orléans autour de sa carrière d’actrice et surtout de réalisatrice qui fait la part belle aux itinéraires sinueux de personnages en crise de Le Fils préféré à Selon Charlie en passant par L’adversaire.

La ville de Montpellier se présenta au début de la vie de Nicole Garcia comme une plateforme entre l’Algérie, son pays de naissance et Paris, une étape solaire avant la capitale où elle espérait concrétiser ses rêves de devenir comédienne. Elle y étudia la philosophie, une discipline fondatrice pour son rapport à l’écriture. En effet elle précise que ses scénarios s’inspirent d’écrits divers et recèlent, à l’image de celui de Selon Charlie, un questionnement mythologique comme un examen d’un quotidien ordinaire. A Paris elle fit la Rue Blanche puis le Conservatoire où elle remporta un 1er Prix. Passionné de théâtre, elle débuta tôt au cinéma avec Des garçons et des filles (1968) d’Etienne Périer.
Un extrait de Duelle (1976) est l’occasion de remercier Jacques Rivette pour lui avoir offert l’opportunité de travailler avec lui sur ce conte fantastique où elle incarne un personnage mystérieux, aérien et théâtral. Puis est évoqué le succès de Les uns et les autres (1981) de Claude Lelouch qui lui permettra d’asseoir sa popularité après son César du meilleur second rôle féminin pour la comédie de De Brocca Le cavaleur en 1978. Elle précise que Lelouch fut le premier réalisateur à utiliser en France la caméra à l’épaule, une démarche artistique qui selon elle permet de lever l’inhibition de l’acteur alors plus libre dans sa composition. Le réalisateur d’Un homme et d’une femme est également loué pour la place qu’il laisse aux acteurs dans la construction de leurs personnages (comportements comme dialogues). Interprète de Resnais, Deville, Miller qui lui ont offert ses plus beaux rôles, Nicole Garcia clôt l’évocation de sa carrière d’actrice, poursuivie parallèlement à son métier de réalisatrice, sur une note mélancolique : « la fragilité de l’acteur c’est d’attendre d’être désiré ».
Tourné sur l’île de Ré avec la participation de Jean-Louis Trintignant son 1er court métrage 15 août fut un déclic pour sa conversion à la mise en scène et au montage : « entrer en montage est comme entrer en cinéma ». 15 août est décrit par Garcia comme une histoire d’adultère, de trahison, une thématique sombre dans un univers estival.
Son premier long Un week-end sur deux (1990) est comme un retour aux sources en faisant de la ville de Montpellier une étape pour le personnage principal féminin dans son périple de Paris à l’Espagne.
Le fils préféré (1994) avec son magnifique trio d’acteurs (Barr, Giraudeau, Lanvin) est l’histoire touchante d’adultes qui se débattent avec l’enfance.
Place Vendôme (1998) s’articule autour de la performance remarquable de Catherine Deneuve, « sa blondeur passionnante et un côté sombre qu’elle porte en elle ». Avec le personnage de Deneuve, sous l’influence de Bergman avec « ce féminin divisé, un désarroi vis-à-vis des hommes », s’avance l’ombre de l’alcoolisme et se déploie le thème de la trahison que l’on retrouvera dans le film suivant, le redoutable L’adversaire. Avec ce sujet « sur le luxe et derrière, l’ombre des marchés des pierres précieuses » Nicole Garcia présente, au début du film des personnages en difficultés, déchirés, à terre. Elle remarque que le cheminement de ces personnages s’inverse maintenant. Plutôt spectatrice du jeu puissant de Deneuve au début de l’aventure, elle avoue avoir installé sa position de réalisatrice après les quinze 1ers jours de tournage.
Avec L’adversaire (2002), basé sur l’affaire Romand, Garcia dirige à nouveau un monstre sacré du cinéma français, Daniel Auteuil. Elle avoue son admiration devant la performance d’Auteuil pour incarner ce monstre à visage humain, un père de famille et un mari mythomane qui finit par assassiner les siens plutôt que de leur avouer la vérité sur l’échec de sa vie professionnelle. Doux, torturé, inquiétant, cet Adversaire glaçant doit beaucoup à l’implication d’Auteuil dans la construction de ce personnage tragique, « un antihéros qui va développer quelque chose de terriblement noué en lui, qui ne peut affronter le néant devant lui ». D’un point de vue narratif, si Le fils préféré adopte une narration linéaire L’adversaire est construit sur « une juxtaposition de temporalités : la chronologie de l’histoire et le jour du meurtre ».
Dans son dernier film Selon Charlie (2006) « les temporalité de tous les personnages se croisent pour former une multiplicité des destins ». Echec en salles après son frileux accueil cannois, cette ambitieuse mosaïque de personnages a dérouté bon nombre de spectateurs par son mélange des genres, parfois maladroit au cœur d’une même scène, entre comédie et émotion, tragi-comédie et sensibilité, pléthore de sentiments abordés dans plusieurs histoires traitées in fine inégalement. Avec Selon Charlie qui comporte de grands moments d’acteur (Bacri, Magimel, Lindon, Poelvoorde) Garcia poursuit une intéressante exploration du masculin, ses doutes, ses fragilités, ses peines et ses joies dans des tranches de vie observées avec un talent singulier, mélange de sécheresse et d’émotion diffuse véhiculée notamment par une musique « sensorielle » (voir l’envoûtant score atmosphérique du compositeur de Lynch, Angelo Badalementi, pour L’adversaire), utilisée comme « une autre voix que celle de l’image pour dire l’au-delà d’une situation trivile (adultère, déchirements, amour).
Son prochain film, en cours d’écriture avec le fidèle Jacques Fieschi, est autour d’un homme qui retrouve son amour d’enfance dans les mois qui précèdent l’Indépendance. Il y sera question de double, d’enfance ou « comment l’enfance s’inscrit dans les personnages, la mémoire se déplace et les choses se rejouent dans le présent ».

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