7 juil. 2008

Une histoire italienne / Marco Tullio Giordana

A l'aube du 30 avril 1945, cinq jours après la Libération, on retrouve à la périphérie de Milan deux cadavres ensanglantés. Une pancarte fraîchement peinte les identifie : Osvaldo Valenti et Luisa Ferida, exécutés quelques heures auparavant par les partisans. Mais qui étaient Osvaldo Valenti et Luisa Ferida ? Adulé du grand public, le couple, aussi célèbre à la ville qu'à l'écran faisait partie des acteurs de premier plan du cinéma des "téléphones blancs" que le régime fasciste avait voulu encourager. Parfaits dans les rôles du voyou séduisant et de la femme perdue et sans âme, ils scandalisaient la petite bourgeoisie italienne en incarnant ces personnages anarchisants et dissolus.
Le nouveau film du réalisateur italien de Nos meilleures années, Une histoire italienne (Sanguepazo), présenté en séance spéciale au dernier festival de Cannes, est basé sur l’histoire vraie de deux stars du cinéma transalpin incarnées par Monica Bellucci et Lucas Zingaretti exécutées par les partisans quelques jours après la Libération en 1945.
Si le projet ne manque pas d’ambition, l’histoire d’amour d’un couple d’acteurs pris dans la tourmente de la guerre, force est de constater la distanciation qu’impose cette fresque romantico-historique pêchant par manque de lyrisme et d'émotion. Pourtant l'idée d'aborder la seconde guerre par le prisme de l'industrie cinématographique était séduisante tout comme la prestation de Monica Bellucci dans sa langue natale. Même si Bellucci, très sensuelle comme à l'accoutumée, laisse entrevoir un jeu sensible qu'elle a eu rarement l'occasion de démontrer, elle a un rôle d’icône (une star de cinéma) qui a tendance à figer l'expression des émotions. Beauté sulfureuse, comédien grimaçant, Bellucci et Zingaretti incarne un couple iconoclaste d’artistes narcissiques assez hystérique et borderline (lui est accro à la drogue, elle est partagée entre 2 hommes) dont on peine à s’intéresser à leur destin. La faute à la fadeur du deuxième rôle masculin, cette seconde histoire d’amour n’est pas très crédible. De plus la toile de fond historique n’a pas assez de relief pour imposer un quelconque danger ou tension dramatique.
Trop didactique au détriment de l'intensité dramatique et dense en juxtaposant schématiquement considérations politiques et triangle amoureux ce qui nous vaut sur 2h20 beaucoup de longueurs, cette histoire italienne ambitieuse au sujet passionnant déçoit par son traitement où l'élégance prend le pas sur l'incarnation, malgré l'implication de Bellucci dans ce rôle de diva amoureuse. Des scènes récurrentes de querelle domestique, animales et sulfureuses, retiennent l'attention qui a tendance à s'échapper au fil de ce mélodrame à voir pour les amateurs(rices) du genre.
(Sortie le 09 juillet)

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