4 sept. 2008

La fille de Monaco / Anne Fontaine

Bertrand, avocat d'assises. Brillant. Médiatique. Volubile. Cultivé. Cérébral. Compliqué. Pas très très courageux. Aime les femmes, surtout pour leur parler. Fraîchement arrivé à Monaco pour y assurer la défense d'une meurtrière septuagénaire.
Christophe, agent de sécurité chargé de la protection de Bertrand. Franc. Direct. Taciturne. Sportif. Etudes interrompues en cinquième. Aime les femmes sauf pour leur parler. Admire chez les autres la culture et la maîtrise du langage qui lui font défaut.
Audrey, présentatrice météo sur une chaîne câblée à Monaco. Ambitieuse. Culottée. Sexy. Incontrôlable. N'a pas du tout l'intention de réciter le bulletin météo pendant longtemps. Comprend assez mal le sens de certains mots, notamment "limites", "tabous", et "scrupules".Il aurait mieux valu que ces trois-là ne se rencontrent pas...

Avec cette Fille de Monaco, Anne Fontaine poursuit son exploration du désir refoulé, des frustrations enfouies, de la passion trouble.
A l’inverse de l’intense Entre ses mains où Isabelle Carré tombait dans les filets de l’inquiétant Benoît Poelvoorde, la proie est ici un homme : un brillant avocat pénal qui a l’illusion d’avoir sa vie sous contrôle perd pied face au charme d’une jeune femme provocante. Sous le soleil de Monaco les apparences et les certitudes volent en éclats. Il est question de pertes de repère, d’un dérapage vers la dépression, étape avant un questionnement existentiel aux conséquences surprenantes. Une remise en question a lieu puis une renaissance : le film peut être alors qualifié de tragi-comédie. Fabrice Luchini y incarne parfaitement, entre assurance oratoire et désarroi profond, un célibataire endurci qui ne s’autorise pas à tomber amoureux mais qui va peu à peu se déliter face aux charmes vénéneux d’une jeune femme arriviste et manipulatrice. Le jeu de séduction, amusant et suave au début, entre ces deux là, vire à l’obsession néfaste et à la manipulation perfide. Est témoin de cet envoûtement fatal, le garde du corps de l’avocat campé par le solide Roschdy Zem, un personnage mystérieux dont la brève idylle avec la miss météo lui permet d’être intégré à mi-course dans un triangle amoureux plein de non-dits. En manipulatrice sexy, Louise Bourgoin, véritablement plus cagole embarassante que femme fatale toxique, fait des débuts remarqués, un rôle de vamp qui n’est pas sans rappeler celui de Bardot dans En cas de malheur de Claude Autant-Lara (1958).
Si l’interprétation est de grande qualité et le film ne manque pas de style (dialogues, décor, lumière) le scénario souffre trop d’un manque de crédibilité pour convaincre totalement. L’épilogue est ainsi l’exemple de situations improbables qui minimisent le charme de cette comédie dramatique solaire et amère.

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