20 oct. 2008

Coluche, l'histoire d'un mec / Antoine de Caunes

Septembre 1980. Coluche triomphe tous les soirs au Gymnase. "Comique préféré des Français", il est au sommet de sa gloire ; télés, radios et journaux se l'arrachent, et sa maison est l'endroit où se croise tout ce que le pays compte de vedettes... Toujours prêt à pousser le bouchon un peu plus loin, il décide, pour rire, de poser sa candidature à la Présidence de la République. Très vite, la France se bidonne, l'acclame, le soutient. Les sondages s'affolent, sa cote monte en flèche. Et si finalement un clown se faisait élire Président ? Lui-même commence à y croire...

Angle d’approche intéressant et frustrant par ce qu’il ébauche et ne développe pas (les Restos du cœur, les fondations de ce succès comique…) pour ce biopic d’Antoine de Caunes sur Coluche qu’il aborde via la candidature iconoclaste à l’élection présidentielle de 1981 soit un moment circonstancié de la vie de ce monument comique incarné par un François Xavier-Demaison épatant.

DeCaunes évoque ce moment charnière entre 70 et 80 marqué par la collusion de la politique et du spectacle : sur une blague Coluche se lance dans la course en politique en 1981 et appelle tous «les fainéants, […] les drogués, les alcooliques, les pédés, […] les taulards, les gouines, […] les anciens communistes» à voter pour lui. Crédité de 16% d’intentions de vote, devenu gênant, il se retirera pour ne pas faire d’ombre au candidat socialiste.

Loin de la comédie (la recréation des shows de l’humoriste est plutôt ratée nonobstant le talent de Demaison), Coluche, l’histoire d’un mec est le récit d’un désenchantement, d’un blues profond. De Caunes montre l’homme engagé et l’homme blessé (politique, famille) et dessine un portrait intime contrasté d’un personnage public adoré par les français : son Coluche est bourré de contradictions (cynique et sincère, tricheur et honnête), a des penchants autodestructeurs (drogue) et mène une vie dissolue difficilement compatible avec son rôle de père de famille et d’époux. Une approche pas forcément reluisante du personnage que la mise en scène trop sage et illustrative que De Caunes ne parvient pas élever au rang de grand film.

Sur le mode d’un reportage télé (décompte journalier, caméra à l’épaule) la narration accumules les scènes courtes que le réalisateur de Monsieur N. ne mène jamais à terme et conclue trop systématiquement par des fondus enchaînés : résultat, les multiples personnages non nommés gravitant autour de l’humoriste, mis à part Jacques Attali campé avec truculence par l’excellent Denis Podalydès, ne parviennent pas à exister. Paradoxalement l’accumulation de faits et de personnages suscite un rythme lent malgré l’abattage de Demaison et la bande-son rock d’époque pour tonifier le tout. Un goût d’amertume et de déception se dégage finalement de ce film qui échoue, la faute à une mise en scène trop plate, à rendre émouvante et passionnante cette tragédie individuelle nonobstant une poignée de scènes familiales réussies mettant en scène le mari volatile mais néanmoins aimant avec Véronique interprétée avec justesse par Léa Drucker.

Reste l’incarnation de François-Xavier Demaison, énorme et bluffante par le travail sur le physique, la gestuelle et la voix, une prestation remarquable qui n’est pas sans évoquer celle de Michel Bouquet en François Mitterrand dans Le Promeneur du champ de Mars, une personnalité politique écrasante.

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