26 oct. 2008

Il divo / Paolo Sorrentino

30ème festival du cinéma Méditerranéen - Ouverture, hors compétition

A Rome, à l'aube, quand tout le monde dort, il y a un homme qui ne dort pas. Cet homme s'appelle Giulio Andreotti. Il ne dort pas, car il doit travailler, écrire des livres, mener une vie mondaine et en dernière analyse, prier. Calme, sournois, impénétrable, Andreotti est le pouvoir en Italie depuis quatre décennies. Au début des années quatre-vingt-dix, sans arrogance et sans humilité, immobile et susurrant, ambigu et rassurant, il avance inexorablement vers son septième mandat de Président du Conseil.

Prix spécial du jury au dernier festival de Cannes, Il Divo est axé sur une figure majeure de la scène politique italienne de ces cinquante dernières années : Giulio Andreotti. Celui qui a été surnommé entre autres le Sphinx ou le Pape noir a été membre du parti de la Démocratie chrétienne, sept fois Président du Conseil, vingt-cinq fois ministre, nommé sénateur à vie en 1991.

Avec une mise en scène très stylisée et percutante, Paolo Sorrentino dresse avec férocité et humour le portrait de ce personnage politique inoxydable qui a défié toutes les tempêtes juridiques, les accusations de corruption et de meurtre sans se soucier de questions éthiques et sans se départir d’un flegme et d’une constance glaçantes. De même la figure d’Andreotti incarne, par cette immunité scandaleuse et universelle, la collusion de l’Etat avec la religion et le crime. Sorrentino compense l’inexpressivité et l’immobilité de son personnage par une réalisation virtuose qui associe mouvements de caméra sophistiqués et musique percutante, dans l’esprit d’un Martin Scorsese passionné lui aussi par le pouvoir et la Mafia, pour feuilleter les pages de l’histoire de la vie politique italienne de ces dernières années marquées par la figure écrasante de Giulio Andreotti. Ainsi la description de l’arrivée tapageuse du « gang » Andreotti ou bien d’une soirée mondaine salsa constituent des moments de cinéma très réussis. Ajoutons que Toni Servillo est impressionnant dans la peau de ce formidable personnage de cinéma : teint livide, traits figés, ce vampire hante la nuit les églises moins pour parler avec Dieu qu’avec les prêtres qui, eux, votent et pour oublier des maux de têtes persistants.

Baroque, burlesque, jubilatoire et effarant, Il Divo démontre après le formidable Gomorra, revenu également de Cannes avec un prix, la bonne vitalité d’un cinéma italien qui s’empare de la chose politique et de son histoire politique avec force et conviction.

(sortie le 31 décembre 2008)

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