5 oct. 2008

L'île du Docteur Moreau (1977) / Don Taylor

La version de 1977 de L’île du Docteur Moreau de Don Taylor est sortie en DVD chez Wilde Side le 30 septembre dernier.

Naufragés sur une île apparemment déserte, trois hommes se font attaquer par d'étranges créatures. Seul l’un d’eux, Braddock, survit, grâce à un indigène qui le présente au maître des lieux, le docteur Moreau, qui se livre à d'étranges expériences. Découvrant l'horreur, Braddock cherche alors à fuir avec Maria, rencontrée sur l'île.

Deuxième adaptation officielle de l’œuvre de H.G Wells (1896), après la version de 1932 de Erle C.Kenton avec Charles Daughton dans le rôle titre, L’île du Docteur Moreau de Don Taylor réalisé en 1977 bénéficie d’un casting impeccable, autour de Burt Lancaster, Michael York et Barbara Carrera, ainsi que des maquillages de l’oscarisé John Chambers (La planète des singes). Le roman d’anticipation de Wells sera porté à l’écran en 1996 par John Frankenheimer avec Marlon Brando et Val Kilmer : un ratage total.

La présente version est produite par une petite société de production A.I.P spécialisée dans les séries B & Z à laquelle Roger Corman s’est associé dès 1955 pour The fast and the furious. A.I.P produira et diffusera par la suite des titres comme I was a teenage werewolf (1957), Le masque de la mort rouge (1964) avec Vincent Price dans son cycle de relectures de l’œuvre d’Edgard Allan Poe ou des films de blackexploitation comme Blacula, le vampire noir. A noter que A.I.P a assuré la diffusion de Boxar Bertha de Martin Scorsese produit par un certain Corman.

Alors à la fin de sa carrière Burt Lancaster est engagé, aux côtés de Michael York à la carrière confidentielle (Cabaret, L’âge de cristal) et de la sublime mannequin Barbara Carrera, pour interpréter le machiavélique Docteur Moreau sous la direction de l’ancien acteur Don Taylor dont la premier long en tant que réalisateur en solo est Les évadés de la planète des singes (1971).

Sur un sujet passionnant vecteur de nombreuses questions philosophiques et éthiques (la part d’animalité dans l’homme, la question des manipulations génétiques), Don Tylor livre une série B divertissante qui compense son manque d’ampleur dans la mise en scène et de rigueur dans le traitement des personnages secondaires par une interprétation de qualité et des maquillages assez phénoménaux, du moins pour l’époque, dûs à John Chambers.

En disciple de Frankenstein, coupable d’hubris, le docteur Moreau tel qu’interprété par Lancaster est loin du savant fou sadique ou baroque qu’ont respectivement joués Laughton et Brando : un scientifique acharné, cultivé et plutôt avenant du moins au début de l’aventure. Mais rongé par cette obsession d’égaler Dieu (donner naissance à des créatures hybrides) il bascule dans une folie destructrice. Michael York, double du spectateur, traduit parfaitement l’horreur et le trouble face aux horribles expériences de Moreau. Doté d’un personnage énigmatique Barbara Carrera est d’une sensualité torride qui contraste avec l’aspect repoussant des créatures de Moreau dont John Chambers a assuré le maquillage convaincant après celui de La planète des singes (1968), clin d’œil pour les nostalgiques de ce remarquable film d’anticipation.

Nonobstant une poursuite initiale, brute et nerveuse, dans la luxuriante forêt, mettant en scène York face à des créatures invisibles, le film de Taylor souffre d’une mise en scène paresseuse et d’un rythme indolent à l’image de ses décors naturels presque plus utilisés pour la romance (cadre d’une idylle convenue entre York et Carrera) et l’excursion découverte que pour l’action anxiogène.

Cette seconde version du chef d’œuvre de H.G Wells séduira les nostalgique de La planète des singes qu’il rappelle par bien des aspects notamment les maquillages réussis de John Chambers et le charisme de ses interprètes, le puissant Burt Lancaster et la torride Barbara Carrera dont le dernier plan énigmatique constitue une fin ouverte des plus réussies.

Test DVD

Aspects techniques

Concernant le transfert du film le format cinéma aux alentours du 1.85 est respecté. Le master restauré par Wild Side offre un rendu assez lumineux. Quant aux pistes audio elles livrent un mono d’époque plutôt clair mais sans véritable relief.

Bonus

Au niveau des bonus, outre les traditionnelles galeries photos, filmographies, le disque comporte deux compléments d’un quart d’heure chacun d’intérêt relatif.
Le premier, de loin le plus intéressant, est un court entretien avec le critique et historien Gérard Lenne qui évoque l’histoire de la société de production A.I.S (les amateurs de séries B & Z seront conquis par la liste de titres mentionnés), le choix des comédiens tout en donnant quelques éléments d’analyse de ce film fantastique à la conclusion réussie. Le critique spécialiste Christophe Lemaire intervient dans la même durée pour une déclaration d’amour à la belle Barbara Carrera bien connue pour son rôle de James Bond dans Jamais plus jamais, titre phare d’une carrière cinéma (elle se consacre désormais à ses peintures à l’huile de stars hollywoodiennes) ponctuée de seconds voire de troisièmes rôles dans des productions navrantes.

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