28 nov. 2008

Deux soeurs pour un roi / Justin Chadwick

Le drame historique, 2 sœurs pour un roi, avec Scarlet Johansson et Nathalie Portman, est sorti en DVD le 26 novembre chez Wild Side. Le test complet à lire plus bas.

Quand la rumeur se répand que le roi Henry VIII ne partage plus la couche de la reine Catherine, son épouse incapable de lui donner un héritier mâle, Sir Thomas Boleyn rêve de gagner la faveur royale grâce à sa fille aînée, Anne. L'ambitieux projet de Sir Thomas est cependant quelque peu contrarié quand le roi s'éprend de son autre fille, Mary.

Première réalisation de Justin Chadwick 2 sœurs pour un roi aborde l’histoire d’Henri VIII et des Tudor sous l’angle du drame intimiste via la rivalité de deux sœurs pour l’amour du roi.

Adapté du roman The Other Boleyn Girl de Philippa Gregory, cette production britannique grand luxe (décors, costumes, comédiens) joue la carte des intrigues de palais où sont à l’œuvre rivalités, jalousies et scandales. Plutôt que la fresque historique, Chadwick a choisi de polariser son intrigue sur le drame familial vécue par deux sœurs que tout oppose, par extension leur famille, à la cour du roi.

A l’époque, le XVIème siècle, les mariages d’intérêt étaient plus courants que les mariages d’amour et l’intérêt de figurer à la cour énorme afin de s’élever dans la société. Ici la douce et blonde Mary est préférée, malgré les plans de son père et de son oncle, par le roi à sa sœur, la brune et passionnée Anne, pour être à ses côtés à la cour. En résulte jalousie tenace et coups bas de cette dernière pour inverser la tendance une fois dans le cercle royal. L’implacable cheminement du récit montre les dangers de l’attrait du pouvoir, comment il peut pervertit les âmes et détruire les individus les plus fragiles, ceux là n’étant pas forcément ce qu’ils paraissent.

Le film, fidèlement adapté du livre de Philippa Gregory, donne de l’importance au personnage de Mary que l’histoire avait oublié mais qui pourtant eu un rôle clé dans l’Histoire. Interprétée avec justesse par Scarlett Johansson dans un registre moins glamour qu’à l’accoutumée, Mary vécut dans l’ombre de sa sœur, l’impétueuse et ambitieuse Anne incarnée avec force tragique par Nathalie Portman qui vole la vedette à sa camarade de jeu. Avec ce magnétique duo d’actrice Chadwick évoque avec empathie la difficile condition de la femme à la cour, femme objet résumée à son pouvoir de séduction et sa capacité à enfanter un garçon. Eric Bana campe un souverain séduisant, solitaire et rongé par son désir.

Ce triangle amoureux se tient en quasi huis-clos dans une ambiance étouffante exacerbée par l’architecture du décor principal avec ses longs couloirs, ses recoins sombres tranchant avec la flamboyance des costumes et une mise en scène où la vue est rarement dégagée.

Très convaincant sur le plan de l’interprétation, 2 sœurs pour un roi est également une réussite au plan esthétique avec sa photo inspirée des tableaux d’Holbein aux couleurs intenses, ses décors naturels monumentaux et ses costumes royaux.

En se concentrant sur la tragédie des sœurs Boleyn, littéralement sacrifiées par leur père à des fins intéressées, pour évoquer une figure marquante de l’histoire britannique, le film gagne en intensité dramatique grâce au jeu bouleversant de ces deux interprètes ce qu’il perd en portée historique, la mise en scène volontairement intimiste manquant d’ampleur pour hisser cette production au-delà d’un bon premier film. Mais le destin incroyable et tragique de ces deux sœurs envoyées à la cour pour assurer la survie de leur famille et devenues ennemies au contact d’un pouvoir attrayant (le roi Henri VIII, loin de la représentation repoussante du souverain à la fin de sa vie) trouve un puissant relais avec le duo/duel Johansson/Portman qui donne de la fièvre et du piquant à ce film qui en manque souvent (décadence contrôlée), la faute à une réalisation sans relief consacrée exclusivement à mettre en valeur ces actrices formidables au détriment du développement du socle historique sur lequel évolue ce métrage qui de fait ressemble plus à un très bon téléfilm de luxe, ce qui est déjà pas si mal.


Caractéristiques techniques

Le master est tout simplement royal et la compression très bonne. Les contrastes et les couleurs sont superbes. Sur les deux pistes audio en 5.1 privilégier l’originale, plus dynamique. Les conditions de visionnage sont optimales.


Bonus

Scènes coupées et alternatives (20’)

Pour la majorité de ces 12 scènes, le spectateur peut visionner des versions étendues de scènes figurant dans le montage final ou filmées avec des points de vue sensiblement différents. De petites informations sont ajoutées mais elles ne sont pas indispensables à l’évolution du récit. Une poignée de scènes coupées sont axées sur le personnage de Scarlett Johansson et sa vie à la campagne, des digressions qui auraient pu nuire au rythme du film. La scène rejetée de loin la plus intéressante, émouvante et cruelle à la fois met en scène tous les personnages principaux à la cour : la famille Boleyn au complet voit Anne instrumentaliser un enfant pour attendrir le roi Henri VIII en désir d’un héritier.


Making of (19’)

Nous avons à faire de prime abord à un making-of promo alternant interview des acteurs et images de tournage. Passés l’évocation de la complicité entre les deux actrices et les compliments d’usage, l’attention est relevée avec une séquence sur les costumes réalistes inspirés par le travail de Holbein. Chaque protagoniste disposait de 15 costumes chacun, notamment Eric Bana qui campe un Henri VIII séduisant et dynamique loin du monstre ventru qu’il fut à la fin de sa vie. Cette folie est esquissée à la fin du métrage. Enfin un dernier segment de ce making-of est consacré à la mise en scène et à la méthode du « cadrage brouillon » du réalisateur Justin Chadwick qui cachait les caméras sur le plateau : en mettant un obstacle entre le sujet et la caméra il donne l’impression que ses personnages sont épiés, surveillés, en résulte un sentiment anxiogène et paranoïaque.


Les membres de la Cour (16’)

Panorama intéressant mais trop rapide des principales figures historiques vues dans le film.

Anne y est présentée comme une personne ambivalente, têtue, ambitieuse, instruite et courageuse qui se sert de sa sensualité pour arriver à ses fins ; sa sœur Mary est décrite comme son opposée dont la vie s’est construite dans l’ombre de Anne. On rappelle que Henri VIII, un souverain sportif et intelligent dans le film, a marqué l’église anglicane : il s’est séparé de l’église catholique et a crée l’Eglise anglicane. En enlevant l’autorité du Pape à l’Angleterre il s’est assuré tous les pouvoirs.


Les femmes au XVI ème siècle (10’)

Module passionnant en complément du film qui souligne les conditions difficiles de la femme au XVI via les interventions de l’écrivain Philippa Gregory et de Retha Warnicke, professeur et spécialiste des Tudor. Sont évoquées notamment les coutumes, convenances, pratiques vestimentaires en usage à l’époque ainsi que la difficulté d’accéder à l’instruction pour les femmes qui ne sont pas de haut rang. Un mariage d’intérêt permet alors de consolider des alliances pour l’obtention de terres par exemple, la présence à la cour est un moyen de s’élever dans la société.


L’adaptation du roman (10’)

L’écrivain Philippa Gregory insiste sur le rôle important, souvent méconnu, de Mary dans l’Histoire et approuve le choix du scénariste Peter Morgan (The Queen, Le dernier roi d’Ecosse) qui a su tirer de son roman politique complexe (600 pages) le sujet-clé : la relation entre deux sœurs et un homme.


Enfin un module de 2’ sur les essais de caméra commentés par le réalisateur, des caméras GENESIS en HD, clôt cette interactivité bien choisie.

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