10 nov. 2008

L'échange (The Changeling ) / Clint Eastwood

Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils...

Adapté d’un fait divers survenu dans les années 20, The Changeling relate une histoire incroyable : quelques mois après l’enlèvement de son fils, une mère célibataire se voit rendu son enfant par la police…mais elle assure aux autorités qu’il ne s’agit pas du sien.


A bientôt 80 ans, Clint Eastwood revient, après un formidable dyptique sur la bataille d’Iwo Jima, à un genre policier qu’il a si bien abordé dans Un monde parfait ou Mystic River.
Comme dans ce dernier film interprété par l’oscarisé Sean Penn il est question de la perte d’un enfant, un sujet proche des films réalisés par Penn ce qui en fait outre ses grandes qualités dramaturgiques et visuelles un candidat sérieux à la Palme.

De forme classique, The Changeling sidère par la précision de sa mise en scène (pas un plan à jeter), la beauté de la photographie qui travaille le motif du clair-obscur, ses nombreux thèmes déjà présent dans une filmographie passionnante propices à la réflexion (la perte d’un être cher, le poids et la valeur de la justice des hommes, la peine de mort, le Mal qui gouverne certains êtres) et son interprète principale, Angelina Jolie, que l’on n’avait pas vu aussi convaincante depuis Une vie volée.

Polar poisseux, drame familial, film de procès, The Changeling est la somme réussie de tous ces genres regroupés dans une histoire humaine universelle : le portrait bouleversant d’une mère courage qui attend le retour de son fils disparu. Angelina Jolie est particulièrement juste et délivre de beaux moments d’émotion à la fin du récit. En lutte contre une police corrompue qui ne veut pas admettre son erreur (question d’image à sauvegarder à n’importe quel prix) son personnage reste digne tout le long de ce parcours de ce combat titanesque, une recherche de vérité parsemée d’embûches où l’espoir permet de tenir, et de cette attente intolérable que vit également le spectateur en profonde empathie pour ce nouveau personnage de femme forte qu’Eastwood met au centre d’un long métrage après la boxeuse de Million Dollar Baby.

Grand film politique également avec une critique de l’institution policière qui broie la liberté et les droits des citoyens, pratique les exécutions punitives avec la complicité du corps médical, ce nouveau film d’Eastwood situé dans le passé a des résonances avec l’Amérique post-11 via l’effritement des libertés individuelles et les mensonges d’Etat ; il invite subtilement avec le personnage d’Angelina Jolie à pratiquer la résistance et à garder intacte sa capacité d’indignation et de révolte contre les injustices de toutes sortes.

De plus la reconstitution des années 20 tant au niveau des décors que des costumes impressionne par sa qualité plastique.


The Changeling
est un film à la dramaturgie puissante (plusieurs films en un au fil de nombreuses péripéties), souvent dur mais très fort, remarquablement mis en scène par un maître qui n’a plus rien à prouver sinon qu’il a sa place parmi les plus grands palmés aux côtés de Scorsese, Coppola, une place qu’il mérite amplement au regard de l’ambition scénaristique et de l’ampleur d’une mise en scène qui écrasent la grande majorité de la concurrence de cette 61ème édition.

(Critique cannoise - Sortie du film le 12 novembre 2008)

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