18 nov. 2008

Mesrine : L'ennemi public numéro 1

Les spectaculaires actions criminelles de Jacques Mesrine que les médias introniseront "Ennemi public n°1" et que toutes les polices de France traqueront sans répit jusqu'à sa mort.

30 ème édition CINEMED -Avant-première


Avec L’instinct de mort Jean-François Richet a posé avec un savoir-faire assez magistral les bases de ce portrait nuancé du bandit Jacques Mesrine.

Campé par un Vincent Cassel impressionnant Mesrine y apparaît comme un voyou et un époux violent, un fils et un père absent mais aimant, un gangster idéaliste en quête de reconnaissance médiatique, un cambrioleur charismatique avec un sens de l’honneur porté en étendard, un rebelle épris de liberté qui s’avance inéluctablement vers sa mort.

Point négatif du premier volet de nombreuses ellipses frustrantes : Richet ne s’attarde pas assez sur les jeunes années de Mesrine et les évènements, les rencontres qui ont forgé son caractère survolté et violent (l’Algérie, le basculement dans le banditisme sont trop vite abordés).
Mais Richet parvient brillamment à étaler par petites touches les zones d’ombre de Mesrine qui deviennent envahissantes à la fin de cette cavale hallucinante et très rythmée.

La conduite de ce dyptique est en effet remarquable en terme de narration, essentiellement linéaire qui voit les actions armées et les situations dramatiques (l’expérience traumatisante des QHS) se succéder avec abondance, de mise en scène, nerveuse et frénétique (les spectaculaires évasions de prison deviennent instantanément des modèles du genre) et d’interprétation, Cassel dévore l’écran. Trouvant sans doute ici le rôle de sa carrière, il livre une performance qui fera date, jouant avec son corps imposant, tendu, prêt à exploser, il est L’ennemi public numéro 1 qui se joue de la justice et de la loi avec un panache et une morgue qu’il va payer cher.

La précision du découpage des scènes d’action déjà manifeste dans l’aventure américaine de Richet, Assaut sur le central 13, a son acmé avec la scène de l’arrestation de Mesrine révélant la fébrilité des forces de police en planque devant son domicile, une peur dévorante, inacceptable, forcément frustrante, qu’il faut évacuer sans s’embarrasser de la morale et du règlement (Langmann et Richet proposent leur version de la fin de Mesrine, porte de Clignancourt).

Evidemment cet imposant personnage à facettes, extrême et charismatique, laisse peu de place aux autres personnages pour exister : si, dans le premier volet, la relation à la Bonnie & Clyde entre Cassel et Cécile de France aurait mérité d’être développée tout comme la prestation marquante de Depardieu en parrain-mentor, Almaric, Sagnier et Gourmet parviennent dans cette seconde partie plus tragique à tirer leur épingle du jeu avec des prestations intenses que Richet met en valeur lors de scènes intimes et dialoguées, entre deux fusillades et autres coups d’éclat, toutes marquées par la fébrilité et l’urgence d’un parcours promis à une fin funeste.


Après des années de gestation le projet de Mesrine a donné lieu à un dyptique d’une redoutable efficacité porté par un acteur qui s’est fondu avec brio dans la peau de ce personnage médiatique détestable et fascinant et une mise en scène d’une remarquable précision qui n’a rien à envier aux productions hollywoodiennes comme American gangster de Ridley Scott, une production récente au sujet voisin autour du crime et de la violence, des sujets hautement cinématographiques qui ont inspiré des cinéastes de premier plan comme Hawks (Scarface), Melville (Le cercle rouge) ou bien Scorsese (Les affranchis) pour n’en citer que quelques uns d’une liste en perpétuel renouvellement.

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