30 déc. 2008

Amblin / Steven Spielberg

Le premier court-métrage en 35 mm complet de Steven Spielberg est Amblin. Réalisé en 1968 pour 15 000$, Amblin permit au jeune Spielberg de décrocher un contrat avec les studios Universal à la division télévision.

Le film d'une durée de 26 mn narre la rencontre d'un jeune couple de vagabond au bord d'une route désertique. Ils décident de voyager ensemble en auto-stop vers une plage du Pacifique.

Ce joli court sans paroles, avec quelques effets sonores et une musique acoustique pour raconter une simple histoire d'amour qui à la forme d' un road-movie annonce sur un mode plus léger son premier long Duel qu'il réalise en 1971 à seulement 25 ans.

Voici ICI enfin visible Amblin un court métrage inédit d'un des plus grands réalisateurs vivants d'Hollywood.

29 déc. 2008

Le chant des mariées / Karin Albou

Tunis, 1942. Nour et Myriam, 16 ans, sont amies depuis l'enfance. Elles partagent la même maison d'un quartier modeste où Juifs et Musulmans vivent en harmonie. Chacune désire secrètement vivre la vie de l'autre : tandis que Nour regrette de ne pas aller à l'école comme son amie, Myriam rêve d'amour. Elle envie les fiançailles de Nour avec son cousin Khaled, sorte de fantasme partagé de prince charmant. Malheureusement, Khaled ne trouve pas de travail. Les fiançailles se prolongent et la perspective d'une union charnelle s'éloigne.
En novembre 1942, l'armée allemande entre à Tunis. Poursuivant la politique de Vichy, les Nazis soumettent la communauté juive à une lourde amende. Tita, la mère de Myriam n'a plus le droit de travailler, criblée de dettes, elle décide de marier sa fille à un riche médecin. Myriam voit d'un seul coup ses rêves d'amour s'évanouir...


CINEMED 30ème édition-Compétition

Après un premier long très remarqué La petite Jérusalem avec Fanny Valette (prix SACD du scénario au festival de Cannes 2005, Prix Michel d'Ornano), Karin Albou raconte avec Le chant des mariées une histoire d’amitié entre deux jeunes femmes juives et musulmanes pendant l’occupation allemande à Tunis en 1942.

La jeune réalisatrice a choisi un traitement minimaliste de la guerre pour se consacrer à cette histoire d’amitié, d’amour fusionnel qui s’effrite au fil de leur émancipation et d’évènements dramatiques induits par ce contexte historique troublé.

Pour traduire cette relation forte, ce lien indéfectible qui semble lier les deux jeunes filles, Karin Albou les inscrit au début du film dans le même cadre, une option de mise en scène annulée plus tard par la mise en parallèle de leurs destins contrariés par la guerre et les allemands qui ont monté les communautés juives et musulmanes l’une contre l’autre via une propagande à base de tracts et annonces radio haineux.

Si le film est optimiste en montrant la cohabitation de familles de communautés différentes il montre aussi ce qui oppose les hommes aux femmes et dit la difficile condition de la femme pour échapper aux lois sclérosantes de l’homme et aux traditions et positions morales archaïques.

Mariage forcé, mise à distance par le père, Le chant des mariées illustre le rapport complexe homme-femme dans ces communautés. Le personnage de Myriam s’oppose par sa détermination et une incroyable volonté de s’affranchir dans un milieu répressif à l’égard des femmes à son amie Nour qui va perdre pied et être contaminé par la jalousie et la frustration de son amoureux, Khaled.

Le récit bouleversant de cette amitié mise à l’épreuve de l’amour et de la guerre multiplie les situations dramatiques avec une mise en scène qui oscille entre exigence documentaire (les scènes au hammam, la séquence de l’épilation du pubis/défloration de Myriam) et élans romanesques.

La caméra scrute les élans du cœur et la sensualité des corps. Lumière naturelle, durée des scènes, Albou filme de manière crue, sans fards la sexualité et la féminité.

Par ces nombreux thèmes dont la violence familiale (mariage arrangé) et sociale (société maghrébine structurée de manière féodale) et son traitement brut de la sexualité dans un milieu répressif à l’égard des femmes, Le chant des mariées se révèle être, en plus d’être riche sur le plan dramatique, un film politique percutant.

Les deux jeunes comédiennes, Lizzie Brocheré et Olympe Borval, incarnent avec conviction et justesse (comme la réalisatrice qui s'est réservé le rôle de la mère de Myriam) ces deux amies séparées par la guerre, l’Histoire.

Karin Albou a donc choisit judicieusement de la mettre à distance, de la représenter de manière fragmentaire via des tracts, des annonces radiophoniques, la silhouette de soldats et le bruit de leurs bottes pour se consacrer à une histoire intimiste qui échappe au schématisme (amitié entre deux jeunes filles de communautés différentes) pour toucher fort en terme d’émotions.


Lizzie Brocheré, Karin Albou, Olympe Borval (30ème CINEMED/photo F.B)

Rencontrée au 30ème festival du cinéma méditerranéen, Karin Albou déclare avoir effectué pendant plusieurs années beaucoup de recherches historiques, recueilli de nombreux témoignages et réalisé plusieurs réadaptations pour arriver à son scénario définitif.

Elle souligne n’avoir eu aucun souci au niveau des autorisations de tournage et le plaisir de retrouver, 10 ans après le décor principal de son moyen-métrage, le hammam, lieu de bien d’échanges amicaux et de tensions.

Le chant des mariées est une formidable histoire d’amitié entre deux jeunes filles juives et musulmanes mais évoque aussi à travers la relation de Myriam et de son époux médecin Raoul « la différence sociale entre les pauvres et les riches ». Il existait alors comme aujourd’hui d’ailleurs « un fossé énorme entre les juifs très riches et les juifs plus pauvres ». La réalisatrice précise qu’un mariage comme celui entre Myriam issu d’un milieu modeste et le médecin Raoul est très rare.

Sur le plan historique elle revient avec précision sur l’instauration d’amendes et du travail obligatoire par les allemands puis sur les lois de Vichy et le numerus clausus qui empêchait de nombreuses professions comme les médecins d’exercer.

Au sujet du rapprochement des communautés juives et musulmanes, Le chant des mariées est jugé par sa réalisatrice comme un « film assez optimiste quand on voit la réalité aujourd’hui ».

Concernant ses héroïnes et la féminité : « elles ont une relation charnelle très partagée » qui n’est pas de l’ordre de l’homosexualité mais comme exprimée par les adolescentes. Finalement « les deux filles sont modernes car elles veulent aimer ».

Complice avec ses deux jeunes comédiennes, Karin Albou a vu Lizzie Brocheré dans Chacun sa nuit (2006) de Pascal Arnold et Jean-Marc Barr et a été séduit par « son côté petit chat bléssé ». Découverte au cours d’un casting sauvage dans la rue, Olympe Borval a appris l’arabe pour les besoins de son rôle.

Merci à Gaby Pouget & Jean-François Bourgeot du CINEMED

15 déc. 2008

Le bon, la brute et le cinglé / Kim Jee-Woon

Les années 30 en Mandchourie. Le Cinglé vole une carte aux trésors à un haut dignitaire japonais. La Brute, tueur à gages réputé, est payé pour récupérer cette carte. Le Bon veut retrouver le détenteur de la carte pour empocher la prime. Un seul parviendra à ses fins, s'il réussit à anéantir l'armée japonaise, les voyous chinois, les gangsters coréens... et ses deux adversaires.


61ème festival de Cannes-Hors compétition

Connu en France pour le fantastique 2 sœurs (2004) et le noir A Bittersweet life (2006), le coréen Kim Jee-Woon impressionne à nouveau avec ce western oriental déjanté et jubilatoire sous influence, Le Bon, la brute et le cinglé.

Avec un budget avoisinant les 17 millions de dollars, Le Bon, la brute et le cinglé est le film le plus cher de l'histoire du cinéma sud-coréen. A l’affiche 3 grandes stars dans leur pays : Jung Woo-Sung (Musa, la princesse du désert / le bon), Byung-hun Lee (A Bittersweet life / la brute), Song-Kang-Ho (Memories of murder, The host / le cinglé) qui ont exécuté eux-mêmes leurs cascades lors d’un long tournage dans de multiples décors naturels par des températures très variées (10°C le matin, 40° l’après-midi).

Projeté hors compétition au 61ème festival de Cannes Le Bon, la brute et le cinglé a offert aux festivaliers un moment de détente et de plaisir coupable durant 2h.

Influencé par Sergio Leone, John Woo et les cartoons, Kim Jee-Woon débute son récit par l’incroyable attaque d’un train où sont présentés avec humour et vitesse, grâce à des mouvements de caméra impressionnants de précision et d’ingéniosité pour lier les différents protagonistes dans l’action, les trois personnages principaux qui convoitent un trésor, un MacGuffin recherché également par des bandits mandchouriens et l’armée japonaise, un joyeux foutoir en somme.

Gorgé de références cinématographiques, de personnages hauts en couleur, d’action à tous les étages dans un cadre menaçant d’exploser, Le Bon, la brute et le cinglé est un hommage jubilatoire aux films de genre comme le western-spaghetti qu’il transpose en Mandchourie. S’il en respecte le schéma narratif et les codes il propose une vitesse d’exécution inédite et une ampleur visuelle époustouflante qui fera date.

Travellings avants furieux, gunfights homériques, bande-son énergique sont de la partie au cours de ce métrage au rythme infernal qui multiplie les moments de bravoure entre un affrontement musclé sur un marché qu’on croirait sorti de A toute épreuve et une course-poursuite finale d’anthologie mobilisant chevaux, tanks, motos et pistoleros à la gâchette facile.

Song-Kang-Ho, antihéros aux gesticulations et mimiques sortis d’un Tex Avery et Byung-hun Lee en tueur complètement allumé assurent le spectacle (Jung Woo-Sung a un peu de mal à faire exister son personnage de bon face à ces personnages exubérants) entre les nombreuses fusillades que Kim Jee-Woon étire avec générosité pour le plaisir des amateurs.

Il y a dans ce film un bonheur de filmer et de rendre hommage aux maîtres du cinéma (en vrac Leone, Woo, Tarantino, Miller) vraiment manifeste et communicatif et une virtuosité visuelle assez prodigieuse qui rend ce western coréen fortement recommandable pour lutter contre la morosité ou un blues passagers.



(sortie le 17/12/08)

Sherlock Holmes par Guy Ritchie

Premières photos officielles du nouveau film de Guy Ritchie (Snatch, Rocknrolla), Sherlock Holmes.







En tournage à Londres depuis le 06 octobre, cette adaptation de l'oeuvre de Arthur Conan Doyle est interprétée par Robert Downey Jr dans le rôle du célèbre détective et Jude Law dans celui de son assistant Watson.

A en juger par la seconde photo, Guy Ritchie compte autant à s'intéresser à l'esprit de déduction imparable de Holmes que de ses capacités athlétiques notamment dans la pratique des arts martiaux.

Au casting on retrouvera également Mark Srong (Body of lies), Rachel McAdams (N'oublie jamais, Red eye) et Kelly Reily (Les poupées russes).

Le Sherlock Holmes de Guy Ritchie qui risque d'être surprenant sera distribué courant 2009 par Warner Bros.

14 déc. 2008

Pour elle / Fred Cavayé

Lisa et Julien sont mariés et mènent une vie heureuse et sans histoire avec leur fils Oscar. Mais leur vie bascule, quand un matin la police vient arrêter Lisa pour meurtre.
Elle est condamnée à 20 ans de prison.

Persuadé de l'innocence de sa femme, Julien décide de la faire évader.

Jusqu'où sera-t-il prêt à aller "pour elle" ?

Pour son premier film, Fred Cavayé a placé son intrigue, selon ses propos à la presse pour schématiser ce projet, entre Claude Sautet et Jason Bourne. Pour elle réussit brillamment la balance entre l’étude de caractères centrée sur un couple aimant, ordinaire placé dans une situation extraordinaire et la course contre la montre haletante.

Le sentiment d’urgence face à une situation principale dramatique est bien rendu par un montage nerveux (on reste loin toutefois en terme d’enchaînement de plans de celui trépidant de Greengrass dans la trilogie Bourne) et le jeu solide et intense des deux comédiens principaux.

Diane Kruger est juste; Vincent Lindon qui est de quasiment tous les plans est remarquable, bloc de détermination et de douleur rentrée qui explose dans l’action violente au bord de l’illégalité. Via le personnage de Julien qui est résolu à faire évader sa femme à n’importe quel prix le film soulève la question suivante : qu’est-on capable de faire par amour ?

Si la résolution de la situation dramatique principale n’est pas exempt d’invraisemblances, l’histoire humaine de ce couple uni, charmant, dont les interprètes sont crédibles dans leurs moments de complicité comme dans des échanges dramatiques, est suffisamment forte pour accrocher le spectateur pendant 90 mn.

Le récit est bien tenu : après une exposition rapide, le développement des conséquences de cette situation dramatique est assuré grâce au talent des comédiens et la maîtrise d’une tension constante et d’émotions véritables à travers des scènes intimistes, familiales, alternant avec les préparatifs du plan d’évasion conçu par ce Monsieur Tout le monde que l’amour indéfectible pour sa femme pousse à envisager l’impossible et à s’engager dans un futur dangereux.


Pour elle est donc une très bonne surprise à voir avant tout pour lui, Vincent Lindon dont le charisme viril et la sensibilité rentrée font merveille dans ce drame policier français de belle facture dont le réalisateur Fred Cavayé est à surveiller de près.

11 déc. 2008

Terminator Salvation / McG

En 2018, après l'apocalypse qui a vu s'affronter les hommes et les robots, John Connor est devenu le chef de la résistance humaine contre Skynet et son armée de Terminators. Sa vision du monde est pourtant remise en cause par l'apparition de Marcus Wright, un inconnu qui se souvient seulement de s'être trouvé dans le quartier des condamnés à mort. Connor doit découvrir si Marcus a été envoyé du futur ou s'il est un rescapé du passé. Alors que Skynet prépare l'assaut final, Connor et Marcus s'engagent dans une odyssée qui va les mener au coeur même des opérations de Skynet. Ils y perceront le terrible secret qui se cache derrière l'annihilation programmée de l'humanité tout entière...

4ème opus de la franchise Terminator initiée par James Cameron en 1985, Terminator Salvation: The Future Begins (Terminator Renaissance) dévoile de nouvelles images dans ce trailer explosif à visionner ICI.

Réalisé par McG (Charlie’s Angels) et interprété principalement par Christian Bale dans le rôle de John Connor, ce nouveau volet de la saga culte de S-F Terminator sera distribué par Sony Pictures sur les écrans français le 03 Juin 2009.

8 déc. 2008

Two Lovers / James Gray

New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra,la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...

Après une exceptionnelle trilogie de polars avec des relents de tragédie grecque (Little Odessa/The Yards/La nuit nous appartient), James Gray aborde un genre, la tragi-comédie romantique, à priori éloigné de ses préoccupations auteuristes et de la tonalité sombre imprimée à son œuvre. Résultat, Two Lovers est un drame formidable à la beauté crépusculaire qui aborde des thèmes récurrents de la filmographie du réalisateur new-yorkais et met en vedette Joaquin Phoenix, une nouvelle fois excellent en héros tourmenté.

Le début de ce nouveau film est captivant : les premiers plans intrigants distillent une atmosphère cafardeuse, fantomatique avec cet homme à la démarche hésitante s’extirpant de la brume pour se jeter dans les eaux sombres de l’Hudson River.

Personnage principal original pour cette romance contrariée, Leonard est un amoureux torturé souffrant d’un problème psychologique lié à son code génétique. Le cœur ravagé par une déception amoureuse il est, au début du film, au plus bas mais va retrouver peu à peu goût à la vie grâce à deux jeunes femmes dissemblables : sa voisine de palier, la blonde Michelle à la vie sentimentale agitée (liaison avec un homme marié) et à l’esprit libre et fantasque et la brune Sandra, la fille sage et rangée du patron de son père.

Différente elle aussi par son comportement borderline et un caractère fantasque exquis qui contraste avec sa blondeur angélique, Michelle partage bien des points communs avec Leonard qui s’éprend vite d’elle. Mais après se pose le problème de la réciprocité et de l’image, de la vérité, de la personne aimée via cette question engendrée par le rapport de Leonard avec Michelle : n’est-elle pas uniquement celle qu’il voudrait qu’elle soit ? Si Michelle, le coup de foudre, représente la Passion, littéralement la souffrance, Sandra incarne la Raison, la promesse d’une vie rangée et casanière que refuse de prime abord Leonard.

La présence à l’écran de ces deux couples (Leonard/Michelle, Leonard/Sandra) est fonction de l’hésitation de Leonard dont les parents le presse de se caser avec l’amie de la famille. Le personnage de Paltrow, assez fragile, est touchant dans ses névroses et sautes d’humeur dans lesquelles Leonard se retrouve sans doute ; son instabilité sentimentale s’oppose à la solidité des sentiments de la douce Sandra.

Tous les personnages ont une forte densité et nous suivons leur parcours compliqué avec empathie. En effet Gray infuse à ses scènes intimistes une vérité émotionnelle forte grâce à une écriture ciselée pour ses acteurs exceptionnels (Phoenix, Paltrow, Rossellini) qu’il met en valeur, par une mise en scène touchant au classicisme par la précision des cadrages et du jeu des comédiens, exemple ces inoubliables rencontres chargées en émotions diverses sur le toit où Leonard et Michelle ont l’habitude de se donner rendez-vous.

On retrouve dans Two Lovers de nombreux thèmes récurrents chez Gray comme le poids de la famille, réconfortante mais aussi peut-être néfaste à l’émancipation personnelle, de la fatalité, des trajectoires complexes cherchant l’apaisement mais toujours contrariées par le sort. Une nouvelle scène de danse traverse le récit : Leonard se lâche sur les dance-floor pour épater Michelle et son personnage de renaître, de gauche et hésitant il se métamorphose en séducteur. On y retrouve aussi l’alter-égo de Gray, Joaquin Phoenix, un regard intense et si expressif qui charrie des émotions en pagaille (même de dos l’acteur est émouvant c’est dire le talent des deux hommes). L’histoire de Two Lovers n’est rien d’autre qu’une renaissance, qui s’accomplit dans la douleur.

En apparence Two Lovers est le film le plus optimiste de James Gray (thème du romantisme, absence de coup de feu et de mort), l’épilogue voit un couple s’étreindre après s’être juré amour. Néanmoins le dernier plan avec le regard ambigu de Leonard qui dit que l’amour est affaire de compromis propose une fin désabusée à l’image de la conclusion de La nuit nous appartient où le bonheur, relatif ou dirions nous un certain apaisement, ne s’accomplissait pas sans renoncements et sacrifices.

2 déc. 2008

Lola Montès / Max Ophüls

Anoblie par le roi de Bavière, Lola Montès était l'une des courtisanes les plus en vue de son époque. Dans ce cirque de New Orleans, sa déchéance ne lui permet d'être qu'une artiste de second plan.

Cette année les festivaliers ont pu assisté à la projection en copie neuve du chef d’œuvre de Max Ophuls, Lola Montès qui ressort en fin en salles dans toute la France le 3 Décembre.

Réalisé en 1955 Lola Montès est le dernier film de son auteur, en couleur.
Echec commercial à sa sortie, cette histoire de la vie scandaleuse de la comtesse de Landsfeld dite Lola Montès a subi de nombreux remontages. Ainsi il existe 3 versions de ce film jugé trop scandaleux : la version originale de 1955, celle de 1956 où les dialogues allemands sont remplacés par des voix françaises postsynchronisées et enfin la version de 1957 où l’histoire est racontée de manière chronologique avec une voix off sans l’aval d’Ophuls. La Cinémathèque française et les Films du Jeudi, avec l’aide de Marcel Ophuls, ont restauré le montage initial de Lola Montès avec couleurs (procédé Eastmancolor), son stéréophonique et format d’origine en Cinémascope. La copie sublime permet d’apprécier à sa juste mesure ce beau mélodrame sur la cruauté et l’indécence de spectacles qui puisent l
eur matière première dans les scandales.
Si les couleurs éclatantes, les décors chargés et les costumes flamboyants sont d’un autre âge Lola Montès conserve un côté intemporel par son sujet fort autour d’une industrie du spectacle prompte à s’emparer des destins incroyables, à récupérer de vieilles gloires pour faire un spectacle divertissant de leurs amours, de leurs réussites et de leurs déchéances. Ainsi la femme libre amoureuse qu’était Lola Montès (superbe Martine Carol) courtisée par les plus grands, épisodes amoureux racontées en flash-back, est condamnée par l’exil à revivre chaque soir sa vie dans un numéro de cirque pathétique.

Grandeur et décadence d’une femme hors du commun, Lola Montès s’achève par un travelling arrière magistral laissant la baronne exposée dans une cage, telle une freak, à la vue d’une foule masculine désireuse de toucher moyennant finances celle que des hommes de pouvoir comme le roi de Bavière (épisode central du récit) se sont disputés la beauté, la fougue et la liberté.