8 déc. 2008

Two Lovers / James Gray

New York. Leonard hésite entre suivre son destin et épouser Sandra,la femme que ses parents lui ont choisi ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, Michelle, belle et volage, dont il est tombé éperdument amoureux. Entre la raison et l'instinct, il va devoir faire le plus difficile des choix...

Après une exceptionnelle trilogie de polars avec des relents de tragédie grecque (Little Odessa/The Yards/La nuit nous appartient), James Gray aborde un genre, la tragi-comédie romantique, à priori éloigné de ses préoccupations auteuristes et de la tonalité sombre imprimée à son œuvre. Résultat, Two Lovers est un drame formidable à la beauté crépusculaire qui aborde des thèmes récurrents de la filmographie du réalisateur new-yorkais et met en vedette Joaquin Phoenix, une nouvelle fois excellent en héros tourmenté.

Le début de ce nouveau film est captivant : les premiers plans intrigants distillent une atmosphère cafardeuse, fantomatique avec cet homme à la démarche hésitante s’extirpant de la brume pour se jeter dans les eaux sombres de l’Hudson River.

Personnage principal original pour cette romance contrariée, Leonard est un amoureux torturé souffrant d’un problème psychologique lié à son code génétique. Le cœur ravagé par une déception amoureuse il est, au début du film, au plus bas mais va retrouver peu à peu goût à la vie grâce à deux jeunes femmes dissemblables : sa voisine de palier, la blonde Michelle à la vie sentimentale agitée (liaison avec un homme marié) et à l’esprit libre et fantasque et la brune Sandra, la fille sage et rangée du patron de son père.

Différente elle aussi par son comportement borderline et un caractère fantasque exquis qui contraste avec sa blondeur angélique, Michelle partage bien des points communs avec Leonard qui s’éprend vite d’elle. Mais après se pose le problème de la réciprocité et de l’image, de la vérité, de la personne aimée via cette question engendrée par le rapport de Leonard avec Michelle : n’est-elle pas uniquement celle qu’il voudrait qu’elle soit ? Si Michelle, le coup de foudre, représente la Passion, littéralement la souffrance, Sandra incarne la Raison, la promesse d’une vie rangée et casanière que refuse de prime abord Leonard.

La présence à l’écran de ces deux couples (Leonard/Michelle, Leonard/Sandra) est fonction de l’hésitation de Leonard dont les parents le presse de se caser avec l’amie de la famille. Le personnage de Paltrow, assez fragile, est touchant dans ses névroses et sautes d’humeur dans lesquelles Leonard se retrouve sans doute ; son instabilité sentimentale s’oppose à la solidité des sentiments de la douce Sandra.

Tous les personnages ont une forte densité et nous suivons leur parcours compliqué avec empathie. En effet Gray infuse à ses scènes intimistes une vérité émotionnelle forte grâce à une écriture ciselée pour ses acteurs exceptionnels (Phoenix, Paltrow, Rossellini) qu’il met en valeur, par une mise en scène touchant au classicisme par la précision des cadrages et du jeu des comédiens, exemple ces inoubliables rencontres chargées en émotions diverses sur le toit où Leonard et Michelle ont l’habitude de se donner rendez-vous.

On retrouve dans Two Lovers de nombreux thèmes récurrents chez Gray comme le poids de la famille, réconfortante mais aussi peut-être néfaste à l’émancipation personnelle, de la fatalité, des trajectoires complexes cherchant l’apaisement mais toujours contrariées par le sort. Une nouvelle scène de danse traverse le récit : Leonard se lâche sur les dance-floor pour épater Michelle et son personnage de renaître, de gauche et hésitant il se métamorphose en séducteur. On y retrouve aussi l’alter-égo de Gray, Joaquin Phoenix, un regard intense et si expressif qui charrie des émotions en pagaille (même de dos l’acteur est émouvant c’est dire le talent des deux hommes). L’histoire de Two Lovers n’est rien d’autre qu’une renaissance, qui s’accomplit dans la douleur.

En apparence Two Lovers est le film le plus optimiste de James Gray (thème du romantisme, absence de coup de feu et de mort), l’épilogue voit un couple s’étreindre après s’être juré amour. Néanmoins le dernier plan avec le regard ambigu de Leonard qui dit que l’amour est affaire de compromis propose une fin désabusée à l’image de la conclusion de La nuit nous appartient où le bonheur, relatif ou dirions nous un certain apaisement, ne s’accomplissait pas sans renoncements et sacrifices.

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