19 janv. 2009

Les Insurgés / Edward Zwick

En 1941, les armées d'Hitler envahissent l'Europe. Leur implacable progression coûte la vie à des millions de juifs. Pour trois hommes, cette tragédie marque le début d'une guerre dans la guerre. Lorsque leur petit village d'Europe de l'Est est envahi, les frères Bielski se réfugient dans une profonde forêt qu'ils connaissent depuis leur enfance. Ils se contentent d'abord de survivre mais la rumeur de leur exploit se répand et d'autres les rejoignent, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, prêts à tout risquer pour rester vivants et libres. Peu à peu, les trois frères vont recueillir des centaines de pourchassés et contrecarrer les plans de leurs redoutables attaquants. Face à l'adversité, au nom de ceux qu'ils ont perdu, ils vont sauver plus d'un millier de vies...

Réalisateur de Les Insurgés, Edward Zwick est un adepte de l’aventure cinématographique épique et du drame lyrique qu’il a souvent transformés en échecs artistiques en raison d’un héroïsme outrancier et lourdingue (Le dernier samouraï) ou bien d’un mélodramatique empesé (Légendes d’automne).

Blood Diamond reste de loin son meilleur film : un palpitant film d’action sur fond de contrebande de diamants où la réalisation percutante met en vedette un Leonardo Di Caprio formidable en anti-héros cynique et torturé.

Avec Les Insurgés Zwick porte à l’écran une histoire vraie, celle méconnue de la fratrie des Bielski, des juifs biélorusses qui sauvèrent un millier de persécutés par les armées d’Hitler en les cachant dans la forêt de leur enfance.

Si l’intention de rendre honneur à ces héros oubliés est louable et respectable force est de constater que Zwick parvient rarement à faire décoller son film à cause d’une réalisation trop plate qui illustre un scénario manquant curieusement de puissance dramatique.

Passé une exposition réussie sur la fuite vers la forêt, le récit s’enlise dans la description du quotidien de la communauté fondée par les Bielski : description des tâches journalières, opérations de ravitaillement, lutte contre les intempéries, histoires d’amour naissantes…

On sent Zwick ému par le sort de ces persécutés à détailler de manière très feuilletonesque (2H19 de métrage!!!) leur fuite vers la liberté… le problème est que le film multiplie les erreurs narratives (ellipses incompréhensibles comme l’évasion du ghetto), les options de mise en scène douteuses (une action porteuse de tension dramatique est sacrifiée par le montage à coup de ralentis), les élans emphatiques (Craig jugé sur son cheval blanc dans une posture héroïque ridicule déclamant à son auditoire des tirades emphatiques « Chaque jour de liberté est un acte de foi »), les intrigues secondaires (le frère dissident au service des Russes) qui désamorcent peu à peu l’empathie que l’on peut éprouver pour la troupe des Bielski et nuisent au rythme et à la facture du film qui ne manquent cependant pas de qualités.

L’interprétation solide du trio masculin qui incarne des héros imparfaits permet à ces Insurgés de tenir le cap. A travers le personnage de Daniel Craig (ultra-charismatique), de loin le plus étoffé de la fratrie, le film aborde la question de l’héroïsme en temps de guerre et de la difficulté de conserver son humanité dans les pires circonstances.

La dernière demi-heure qui voit les insurgés affronter les assauts de l’armée hitlérienne dans cette forêt protectrice permet de retrouver le sens du spectaculaire, du découpage d’une scène d’action, du Zwick de Blood Diamond.

Mais l’ensemble reste trop imparfait pour faire de ces Insurgés un récit de guerre inoubliable. Malgré de bonnes intentions, faire un devoir de mémoire, Les Insurgés d’Edward Zwick n’est malheureusement pas à la hauteur de son sujet fort.

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