10 avr. 2011

The Verdict / Sidney Lumet

Avocat déchu et alcoolique, Frank Galvin racole ses clients dans les salons funéraires jusqu'au jour où il accepte de travailler sur l'affaire d'une jeune femme victime d'une erreur médicale et plongée dans le coma. Ce dossier qui risque de provoquer un scandale et de nuire à la réputation de l'hôpital, va être pour l'avocat l'occasion de retrouver sa dignité... ou de la perdre définitivement.

The Verdict (1983) est un sommet dans la carrière du grand Sidney Lumet, atteint avec la complicité de Paul Newman qui a sans doute trouvé là son meilleur rôle. Nominé aux Oscars pour son interprétation de Franck Galvin, le comédien décrochera finalement la statuette, après huit nominations, grâce à un autre maître, Martin Scorsese qu’il fit tourner dans La couleur de l’argent (1987).

Avocat déchu après une affaire de corruption de juré pour laquelle il fut injustement incarcéré, Franck Galvin est au début du récit un être torturé par ses échecs noyant son spleen dans l’alcool. "Suiveur d’ambulances", il s’incruste, sans succès, dans les veillées funéraires pour proposer ses services aux familles endeuillées. Jusqu’au jour où la sœur d’une jeune femme victime d’une erreur médicale vient frapper à sa porte. Cette affaire miraculeuse lui permettrait de se relancer et d’effacer ses échecs.

The Verdict est avant d’être un film de procès passionnant l’histoire d’une rédemption, d’une renaissance. Au plus bas, sur la voie de la déchéance, Franck, en acceptant de représenter cette cliente dans le coma, va "changer de vie aujourd’hui " comme il l’annonce au personnage énigmatique de Charlotte Rampling. Il espère ainsi retrouver sa dignité comme venger celle de sa cliente bafouée par deux médecins réputés de l’hôpital Ste Catherine lié à l’archevêché de Boston. Emu par le sort de la jeune femme il va refuser l’arrangement juteux proposé par l’archevêché pour aller au procès et défendre l’honneur de sa cliente…comme le sien. Lumet a l’intelligence de laisser planer le doute au début sur les motivations de son personnage principal en souffrance : qui de l’orgueil ou de l’empathie dicte vraiment ses choix.

Aidé de son ami et mentor, Franck s’engage dans une bataille juridique contre une armada d’avocats, menés par le glacial James Mason, au service de l’archevêché. Avec cette affaire Franck entend donner justice aux faibles écrasés par les forts, les puissants incarnés par l'archevêché et sa cohorte d'avocats et par extension le système judiciaire.
The Verdict
narre la lutte d’un homme contre ses démons comme la lutte de David contre Goliath, de l’indépendance contre le corporatisme avec une progression dramatique maîtrisée.

De Douze Hommes en colères (1957) jusqu’à Jugez-moi coupable (2006) Sidney Lumet s’est fait un spécialiste du film de procès. The Verdict est à cet égard une réussite incontestable : quête effrénée de témoins, preuves cruciales non recevables, trahisons amicales, le récit est porteur d’une tension dramatique qui ne se relâche jamais jusqu’au verdict attendu avec fébrilité. Les scènes de plaidoiries sont d’autant plus prenantes que le portrait du personnage principal est fort et attachant.

Dans The Verdict Paul Newman que Lumet place souvent à l’image, à la manière du Carravage, dans une lumière en clair-oscur pour traduire son état délité, offre une large palette d’émotions au service d’un rôle qui restera comme un de ses plus marquants, celui qui a faconné sa légende avec Luke Jackson, Butch Cassidy ou bien encore « Fast » Eddie Nelson.

Le Verdict est disponible en DVD zone 2 dans une édition comprenant un commentaire audio intéressant de Sidney Lumet (en VOST) et un court documentaire réalisé à l’époque de la sortie du film, dans lequel Paul Newman intervient.

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