26 févr. 2009

The Wrestler / Darren Aronowsky

A la fin des années 80, Randy Robinson, dit The Ram ("Le Bélier"), était une star du catch. Vingt ans plus tard, il ne se produit plus que dans des salles de gym de lycées ou des maisons de quartier... Brouillé avec sa fille, il est incapable d'entretenir une relation durable avec quiconque : il ne vit que pour le plaisir du spectacle et l'adoration de ses fans. Mais lorsqu'il est foudroyé par une crise cardiaque au beau milieu d'un match, son médecin lui ordonne d'abandonner le catch : un autre combat pourrait lui être fatal. Contraint de se ranger, il tente de renouer avec sa fille et, dans le même temps, entame une liaison avec une strip-teaseuse vieillissante. Pourtant, son goût du spectacle et sa passion pour le catch risquent bien de reprendre le dessus et de le propulser de nouveau sur le ring...

Après l’indigeste The Fountain noyé sous un mysticisme new-âge et des effets spéciaux ringards, Darren Aronofosky revient avec The Wrestler à une forme de cinéma classique qui s’attache à mettre en valeur la performance incroyable d’un acteur oublié Mickey Rourke. Lion d’Or au dernier festival de Venise, Golden Globe du meilleur acteur pour Rourke, The Wrestler cumule les prix comme Randy Robinson les mauvais coups du sort.
Ce qui frappe d’emblée en terme de mise en scène c’est l’influence, au sein d’une histoire typiquement américaine proche d’un Rocky, d’un cinéma européen en particulier le mode cinéma-vérité développé récemment avec brio par les frères Dardenne auquel Aronofosky emprunte une caméra à l’épaule et une énergie dans la captation des déplacements de son personnage principal.
Après un entraînement intensif qui lui a fait prendre 20kg Rourke a évolué auprès de vrais catcheurs, une implication totale qui s’est étendue à la réécriture de la plupart de ses dialogues. Sur un mode quasi documentaire qui privilégie les décors naturels et laisse une bonne part à l’improvisation (les échanges amicaux dans les vestiaires, le travail au supermarché), Aronofosky enregistre la misère et la solitude de Randy en quête de dignité et d’honneur : logement miteux, amours contrariées, conventions pathétiques, prise de drogue pour se maintenir au niveau...
The Wrestler est la chronique grisâtre d’un homme dévasté qui ne parvient pas à être aimé en dehors du ring, cette arêne où il est The Ram, combattant adulé par des inconnus et sportif admiré par ses pairs.
Les scènes de catch sont assez hallucinantes notamment ce combat qui a tout d’une Passion (le personnage de stripteaseuse de Marisa Tomei n’évoque-t-elle pas d’ailleurs plus tôt son émotion devant le film de Mel Gibson et cette réplique« Sa blessure sera notre guérison ») d’où Randy ressort avec de nombreux stigmates d’un affrontement à base de fils barbelé, clous et à l’issue duquel il va faire un arrêt cardiaque. Aronofosky dévoile également avec précision et tendresse les coulisses de ce sport où sont réglés avec courtoisie les grands moments d’un spectacle chorégraphié en grande partie mais qui laisse bien sûr place à l’inattendu et où les coups sont véridiques et font très mal.
Après ce pic dramatique le récit somme tout classique navigue entre histoire amoureuse et retrouvailles familiales difficiles, volonté de revanche sur un adversaire-star, tentative de réinsertion dans la vie active.
Histoire de rédemption, de revanche sur la vie sublimée par la performance incroyable d’un Mickey Rourke qui s’est abandonné aux exigences de son réalisateur et laissé son ego de côté : affublé d’un sonotone, de lunettes de grand-mère hors de scène, coiffé d’une crinière jaunâtre, l’acteur est paradoxalement d’une grande sobriété et nous offre de beaux moments d’émotion dans les scènes pourtant attendues avec sa fille jouée par la douée Evan Rachel Wood comme dans ses échanges amoureux avec Marisa Tomei. Le parcours chaotique de Randy pour changer de vie et réparer ses erreurs est touchant grâce à la composition de Rourke, à son meilleur (Rumble Fish, Year of the dragon) après des décennies de disgrâce dans le milieu du cinéma à cause d’un tempérament borderline assez sadomachiste.
Visage meurtri, sensibilité accrue après des années de déchéance, Rourke renaît, devant la caméra d’Aronofosky aussi à l’aise pour capter l’énergie du combat sur le ring comme le désespoir dans la vie réelle bien terne et froide de Randy en comparaison à l’accueil chaleureux fait à The Rank dans son habit de lumière, sur l’air d’une balade sublime et déchirante de Bruce Springsteen.

24 févr. 2009

Le nouveau Gilliam en images

Terry Gilliam qui n'est plus à un tournage difficile près (voir l'incroyable Lost In La Mancha) a du faire face sur son nouveau film L'imaginarium du Docteur Parnassus au décès de son acteur principal Heath Ledger.

Au lieu de retourner les scènes de Ledger Gilliam décida de faire continuer le travail de l'interprète inoubliable du Joker par pas moins de 3 comédiens qui joueraient ses multiples apparences. Ainsi Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell complètent le casting de ce film fantastique qui sortira dans les salles françaises le 11 novembre prochain.

Le pitch

L'extraordinnaire histoire du Dr Parnassus et de son Imaginarium, un spectacle ambulant où le public peut choisir entre la joie et la tristesse, la lumière et l'obscurité... Mais béni par le don de guider l'imagination des autres, il est lui-même maudit par un sombre secret...

Pour patienter deux posters de L'imaginarium du Docteur Parnassus









23 févr. 2009

Le palmarès de la 81ème cérémonie des Oscars

Le palmarès de la 81e cérémonie des Oscars

Au nez et à la barbe du favori Benjamin Button c’est un film à petit budget sans stars se déroulant en Inde et réalisé par un britannique qui remporte la mise : Slumdog Millionaire est le grand gagnant de la soirée avec 8 statuettes dont les 2 plus prestigieuses meilleur film et réalisateur pour Danny Boyle.

Les comédiens Sean Penn et Kate Winslet remportent des prix d’interprétation apparemment mérités au vu de leur performance dans respectivement Milk et The reader qui viennent couronner une carrière exemplaire (Penn avait obtenu le prix 5 ans auparavant pour Mystic River).

Le regretté Heath Ledger se voit décerner le prix du meilleur second rôle pour son incroyable prestation dans The Dark Knight, prix que reçoit sur scène sa famille très émue et fière.

Penélope Cruz se voit décerner justement l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour son personnage volcanique assez irrésistible dans le dernier Woody Allen.

Wall’E est sacré sans surprise meilleur film d’animation.

Quant à l’Oscar du meilleur film étranger il va, surprise, à un film japonais que personne n’attendait, Departures, au détriment des excellents Valse avec Bashir ou Entre les murs. La France repart cette année bredouille malgré 3 nominations.


Meilleur film : Slumdog Millionaire (Fox Searchlight)

Meilleur acteur : Sean Penn dans Harvey Milk (Focus Features)

Meilleure actrice : Kate Winslet dans Le Liseur (The Weinstein Company)

Meilleur réalisateur : Danny Boyle pour Slumdog Millionaire (Fox Searchlight)

Meilleur film étranger : Departures (Japon)

Meilleur second rôle masculin : Heath Ledger dans The Dark Knight (Warner Bros)

Meilleur second rôle féminin : Penélope Cruz dans Vicky Cristina Barcelona (The Weinstein Company)

Meilleur scénario original : Dustin Lance Black pour Harvey Milk (Focus Features)

Meilleur scénario adapté : Simon Beaufoy pour Slumdog Millionaire (Fox Searchlight)

Meilleur film d'animation : Andrew Stanton pour Wall-E (Walt Disney)

Meilleur court-métrage d'animation : Kunio Kato pour La Maison en petits cubes (A Robot Communications Production)

Meilleur direction artistique : Donald Graham Burt et Victor J. Zolfo pour L'Etrange Histoire de Benjamin Button (Paramount and Warner Bros)

Meilleurs costumes : Michael O'Connor pour The Duchess (Paramount Vantage, Pathe and BBC Films)

Meilleur maquillage : Greg Cannom pour L'Etrange Histoire de Benjamin Button (Paramount and Warner Bros)

Meilleure photographie : Anthony Dod Mantle pour Slumdog Millionaire (Fox Searchlight)

Meilleur court-métrage : Jochen Alexander Freydank pour Spielzeugland (Mephisto Film)

Meilleur documentaire : James Marsh et Simon Chinn pour Man on Wire (Magnolia Pictures)

Meilleur court-métrage documentaire : Megan Mylan pour Smile Pinki (Principle)

Meilleurs effets spéciaux : Eric Barba, Steve Preeg, Burt Dalton and Craig Barron pour L'Etrange Histoire de Benjamin Button (Paramount et Warner Bros)

Meilleure bande originale : A. R. Rahman pour Slumdog Millionaire (Fox Searchlight)

Meilleure chanson originale : "Jai Ho" pour Slumdog Millionaire (Fox Searchlight) – musique d'A. R. Rahman, paroles de Gulzar

14 févr. 2009

Cronenberg adapte Robert Ludlum avec deux stars

Selon le Hollywood reporter, David Cronenberg devrait diriger, pour ce qui s'avèrera être son plus gros film, Denzel Washington et Tom Cruise dans The Materese circle pour la MGM.

Adapté d'une nouvelle de Robert Ludlum par Derek Haas et Michael Brandt les scénaristes de
Wanted, The Materese circle aura pour moteur l'association inattendue de deux espions rivaux depuis longtemps pour faire tomber "un cercle international de tueurs" nommé "The Materese".

Denzel Washington interprétera l'agent de la CIA Brandon Scofield; Tom Cruise est dans la phase finale des négociations pour jouer le russe Vasili Taleniekov.

Ce projet des plus alléchants permettra d'asseoir la position de Cronenberg dans la A-list des réalisateurs d'Hollywood.

En cas de succès de
The Materese circle la MGM a la suite toute prête avec The Materese countdown de l'auteur de la saga Jason Bourne.

Whashington vs Travolta devant la caméra de Tony Scott

Pour son nouveau film Tony Scott met face à face deux stars Denzel Washington et John Travolta dans un remake forcément musclé de Les pirates du métro, un polar de 1974 avec Walther Matthau et Robert Shaw.

Une bande de malfrats prend en otage les passagers d'une rame de métro. Déterminés, ils exigent une rançon contre la vie de leurs victimes.

Visionnez ICI sur le site de Sony Pictures les premières images de The taking of Pelham 123 qui sortira dans les salles françaises le 22 Juillet prochain.

Le trailer du nouveau Tarantino

Découvrez les premières images du nouveau Tarantino Inglorious Basterds ICI


Inglorious Basterds qui devrait sortir en salles en deux parties comme Kill Bill après une projection cannoise , suivra, durant la Seconde Guerre mondiale, un groupe de soldats Alliés condamnés à mort qui se voient offrir une seconde chance s'ils acceptent une mission-suicide en territoire ennemi.

Pour rappel, au niveau du casting : autour de Brad Pitt qui interprètera un « bouseux du Tennesse montant une équipe de huit soldats juif américains pour aller se friter avec les nazis », Eli Roth, Mike Myers, Michael Fassbender (300, Eden lake), Diane Kruger en actrice allemande saboteuse et un groupe d’actrices françaises : Mélanie Laurent, Léa Seydoux (La belle personne), Anne-Sophie Franck.

12 févr. 2009

L'étrange histoire de Benjamin Button / David Fincher

"Curieux destin que le mien..." Ainsi commence l'étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L'étrange histoire de Benjamin Button : l'histoire d'un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l'emprise du temps...


L
e petit génie David Fincher revient, après l’excellent Zodiac, là où ne l’attendait pas forcément : avec cette adaptation du nouvelle de Fitzgerald il livre un grand film romanesque et tragique conforme à son souhait de réaliser une « romance hollywoodienne avec des stars ».


Dès les premières minutes du récit le talent de Fincher se déploie avec un double prologue : d’un côté une jeune femme découvre la vie de sa mère agonisante sur son lit d’hôpital via un journal, de l’autre un siècle auparavant en 1918 un artisan affecté par la mort de son fils à la guerre construit une horloge dont les anguilles vont à rebours.

Ce dérèglement mécanique est la métaphore du cas Benjamin Button, un enfant né avec un corps de vieillard qui ne cessera de rajeunir jusqu’à sa mort.

Selon ce personnage à l’horloge interne déréglée le film fonctionne beaucoup sur l’idée du décalage, du contraste : un nouveau né avec un physique de vieillard, un blanc élevé par une noire, un enfant vivant avec des personnes âgées…Par extension le film de Fincher constitue une éloge de la différence comme il est une célébration de la vie car « on ne s’est jamais ce que la vie nous réserve ».

En effet le film enregistre la fuite inexorable du temps, des souvenirs, des sentiments via l’étrange histoire de Benjamin Button qui voit ceux qu’il aime s’éteindre progressivement alors qu’il accomplit le chemin inverse pour terminer son existence à l’état de bébé, privé de mémoire et de souvenirs.

Cette histoire étrange a pour fil directeur une histoire d’amour impossible cernée par la mort, une romance déchirante de la force de celle de Titanic et Sur la route de Madison. Vers le milieu du récit Benjamin Button a rattrapé son amour de jeunesse interprétée avec beaucoup d’intensité par Cate Blanchett : ils ont le même âge, le même glamour et peuvent enfin donner libre cours à leur passion. Ces moments privilégiés volés à ce destin qui les éloignent inexorablement sont magnifiques et tragiques.

L’ordre inversé amplifie la dramaturgie : chaque occasion manquée ou instant de bonheur partagé est vécu avec une émotion amplifiée.

Justement l’émotion ou plutôt une infinie mélancolie (Fincher n’a jamais été un grand sentimental) naît par petites touches, sans effets appuyés. Comme la formidable partition d’Alexandre Desplat, un de nos plus grands compositeurs actuels de musique de film, qui souligne en douceur les émotions, la mise en scène de Fincher exclut toute expression d’une sensiblerie mielleuse ou effet tire-larme. Ces plans sont très précis souvent superbes comme cette contemplation d’un coucher de soleil à l’article de la mort qu’on croirait sorti d’un tableau impressionniste.

En dosant idéalement les aller-retour entre passé et présent Fincher propose de feuilleter en 2h40 une partie de l’histoire de l’Amérique du 20ème siècle, de la grande guerre au cyclone Katrina. Une histoire que traverse les deux personnages principaux au gré de vignettes humoristiques avec de nombreux personnages secondaires extravagants (un vieillard qui raconte sans cesse comment il a été frappé par la foudre, un Pigmé en milieu urbain, une diva à la retraite), des situations cocasses liées au décalage entre l’apparence et l’âge de Benjamin Button (la découverte par un vieillard des choses de la vie) et au fil de passages mélancoliques (un abandon amoureux avec une femme énigmatique incarnée par l’excellente Tilda Switon) comme dramatiques (les nombreuses occasions manquées entre Button et son amour de jeunesse, leur inéluctable séparation après des retrouvailles inespérées).

Enfin on louera les effets de maquillage, absolument bluffants, qui permettent de vieillir et de rajeunir les comédiens comme Brad Pitt qui, à la fin du film, retrouve sa plastique de beau gosse découverte dans Thelma et Louise.


L’étrange histoire de Benjamin Button est une grande et inoubliable histoire d’amour funèbre, l’incroyable histoire d’un homme nait vieux dont le combat, contrarié par la fuite inexorable du temps et en l’occurrence d’une vie à rebours, pour garder l’objet de son affection a quelque chose finalement d’universel et de profondément touchant.

9 févr. 2009

John Woo is back avec Les 3 Royaumes

Le nouveau film de John Woo, Les trois royaumes (Red Cliff), sort le 25 mars prochain.

Pour tout savoir sur cette fresque guerrière que le réalisateur chinois qualifie de "Guerre de Troie asiatique" nous vous invitons à vous rendre ICI sur le site officiel du film qui propose bande-annonce, synopsis, interview de John Woo...

A noter que Les trois royaumes, le plus gros budget de l'histoire du cinéma asiatique, est sorti en Chine en deux parties et que le premier volet a battu le record des recettes en Chine avec plus de 300 millions de yuans (32 millions d'euros) d'entrées en 2008.

Nottingham de Ridley Scott enfin sur les rails

Le Nottingham de Ridley Scott avec Russell Crowe est de nouveau sur les rails après l'annonce du projet l'année dernière.

L'acteur britannique Mark Strong vu dernièrement dans Mensonges d'Etat et Rockn'rolla interprétera Guy de Gisbourne, l'ennemi de Robin Hood joué par Russell Crowe.

Selon Strong le tournage devrait débuter fin mars ou début avril.

Au sujet du scénario : "Il y avait un échange d'identité entre le Shérif de Notthingham et Robin. Cela a légèrement changé maintenant", explique-t-il."Il y a bien un cas d'identité usurpée mais il sera plus accès sur le Robin de Russell que sur le Schérif".

Dans The Telegraph Mark Strong révèle que Cate Blanchett interprétera le rôle de Lady Marian, à la place de Sienna Miller jugée par la production trop mince et trop jeune.

8 févr. 2009

Panique à Hollywod (What just happened) / Barry Levinson

Deux semaines dans la vie de Ben, producteur de films à Hollywood, qui sort à peine d'un deuxième mariage raté et qui a du mal à boucler son prochain long-métrage. Entre un réalisateur déjanté, un acteur incontrôlable et un producteur sans idées, rien ne se passe comme il le souhaite...

Adapté du best-seller du producteur de renom Art Linson (Les Incorruptibles,Le Dahlia Noir, Fight club, Heat, Into the wild) intitulé What Just Happened : bitter Hollywood tales from the front line, Panique à Hollywood a été présenté en clôture du Festival de Cannes 2008 ainsi qu’au Festival de Sundance 2008. Inédit dans les salles françaises, le dernier film de Barry Levinson vient de sortir en DVD chez Wild Side.

Il est assez incompréhensible que cette agréable comédie qui manie l’humour noir, l’ironie avec délectation au gré de nombreuses situations cocasses que traversent des personnages haut en couleur n’ait pas eu l’honneur d’une sortie en salles. Certes la satire manque un peu de mordant comparé au Player de Altman, une autre passionnante plongée dans les coulisses d’Hollywood mais c’est un vrai plaisir de retrouver Robert De Niro en forme après le navrant La loi et l’ordre dans la peau de ce producteur en déroute entouré d’une galerie d’excellents acteurs comme Sean Penn, Bruce Willis dans leurs propres rôles ou bien encore John Turturro, Stanley Tucci, Robin Wright Penn.

Cette observation piquante de l’usine à rêve ne manque pas d’intérêt pour le cinéphile qui se voit offrir l’occasion de passer derrière le miroir via le guide De Niro/Art Linson et assister au quotidien tout sauf morose d’un producteur qui outre des problèmes familiaux doit composer avec une projection test désastreuse, un réalisateur jusqu’au-boutiste complètement déjanté, un acteur capricieux et colérique, des executives sans pitié… Dans cet univers de la vanité, de la cupidité plein de faux-semblants et de trahisons cachées derrière de larges sourires, le réalisateur anglais indépendant joué par Michael Wincott incarne la liberté en piratant le système de l’intérieur lors de la projection mémorable de son dernier film au festival de Cannes et le producteur interprété par De Niro une morale et une classe qui contrastent avec l’arrogance de certaines superstars et la cupidité de nombreux requins de ce business.

Il est donc conseillé de saisir ce ticket pour Hollywood que vous offre Barry Levinson avec ce scénario d’Art Linson: de nombreuses étapes du circuit sont déjantées et hilarantes, certaines proposent un humour noir et une légère acidité bref un parcours endiablé commenté avec la malice et la mélancolie du vieux briscard qui connait tout de cet univers impitoyable et irrésistible.

Test DVD

Seul bonus de cette édition aux images sobres et précises une interview croustillante de 16 minutes du producteur Art Linson.

Concernant le scénario il précise que chaque personnage est inspiré d’une part de lui-même et des personnes qu’il a croisées.

Puis il se rappelle que la projection à Sundance s’est bien passée avec le public mais les acheteurs d’Hollywood ont eu peur du film.

Linson révèle ne plus travailler avec la Fox depuis la sortie du film, une attitude dommageable qui lui fait dire que « ce n’est probablement pas une bonne idée de se moquer des siens ».

Ses propos, trop courts, évoquent sans langue de bois cette industrie du cinéma hollywoodien basé selon lui sur l’ambition, la cupidité et la vanité et où les producteurs comme les acteurs redoutent constamment de chuter de leur piédestal er de perdre leur pouvoir.

In fine Linson souligne l’addiction à ce métier.

2 févr. 2009

Walkyrie / Bryan Singer

S'il a toujours été un fidèle serviteur de son pays, le colonel Stauffenberg s'inquiète de voir Hitler précipiter l'Allemagne et l'Europe dans le chaos. Comprenant que le temps presse, il décide de passer à l'offensive : en 1942, il tente de convaincre plusieurs officiers supérieurs de la nécessité de renverser Hitler. Un an plus tard, tandis qu'il se remet de ses blessures de guerre, il rejoint la Résistance allemande pour mettre au point l'Opération Walkyrie destinée à éliminer le Führer.
Alors qu'il n'était au départ qu'un des nombreux conspirateurs, Claus von Stauffenberg se retrouve bientôt en première ligne : c'est lui qui devra assassiner Hitler...

Après une incursion prolongée dans le fantastique (les deux premiers X-MEN et Superman returns), Bryan Singer revient avec Walkyrie, 13 ans après le brillant Usual Suspects, à un cinéma réaliste, plus adulte, plus percutant.

Lors de la pré production du film éclata une polémique en Allemagne autour du casting de Tom Cruise dont la survie de son studio United Artists dépend du succès de ce film après l’échec de Lions et Agneaux et des collaborations infructueuses: le propre fils du colonel Stauffenberg s’est insurgé dans la presse du choix d’un comédien scientologue, appartenant à une religion généralement considérée comme sectaire. En outre le ministère allemand de la défense avait refusé d'accorder une autorisation de tournage à la production du film pour une scène prévue dans le Bendlerblock, l'ancien quartier général de l'armée nazie à Berlin avant de se raviser pensant que le film pourrait modifier l’image du peuple allemand pendant la seconde guerre mondiale.

Pour la première fois de sa carrière Bryan Singer s’attaque à une histoire vraie qui plus est assez méconnue du grand public.

Pour rappel l'Opération Walkyrie était à l'origine un plan national d'urgence élaboré par Hitler lui-même pour protéger l'intégrité du gouvernement en cas d'émeute ou de tentative d'assassinat du Führer. Il s'agissait de faire appel aux réservistes pour qu'ils prennent le contrôle des infrastructures-clés de l'Etat jusqu'à ce que l'ordre soit rétabli. Les conspirateurs menés par Stauffenberg ont donc tenté de retourner cette stratégie à leur avantage. En modifiant secrètement ce plan minutieux, la résistance espérait pouvoir assassiner Hitler et reprendre le pouvoir aux nazis, avant de mettre en place leur propre gouvernement.

Le tour de force de Singer est de bâtir autour de cette conspiration un suspense haletant en dépit du fait que l’issue soit connue de tous.

Sur le plan esthétique un gros travail de reconstitution a été effectué : les costumes, les décors, les accessoires militaires confèrent au film un aspect réaliste qui est pour beaucoup dans la réussite de Walkyrie porté par un Tom Cruise sobre et impliqué dans le rôle finalement énigmatique du colonel Stauffenberg.

En effet Singer mise sur une description factuelle de cette opération dont les détails périlleux génèrent une constante tension dramatique au détriment de la psychologie de ces personnages dont les motivations profondes sont justes effleurées et les postures morales lavées d’ambiguïté (quid du passé trouble du colonel Stauffenberg) au profit d’un héroïsme du coup très hollywoodien avec la présence de Cruise (l’homme qui boucle ses missions impossibles échoue ici face à un ennemi historique redoutable) et d’accents américains.

C’est la limite de ce Walkyrie que Singer traite comme un thriller contemporain avec des péripéties haletantes (la scène de l’échange de mallettes) bien servies par une mise en scène d’une grande précision pour relater cette passionnante histoire peu connu à la conclusion tragique.

Le rythme ne faiblit pas en multipliant les détails factuels générateurs de suspense, du ralliement du colonel, blessé dans son corps et son âme, au groupe de résistants incarnés par un aréopage d’excellents acteurs comme Terrence Stamp ou bien Kenneth Branagh jusqu’à un final implacable où la traque des opposants au régime hitlérien se termine dans le sang et les larmes d’un espoir de paix et de justice anéanti.