30 mars 2009

The chaser / Na Hong-jin

Joong-ho, ancien flic devenu proxénète, reprend du service lorsqu'il se rend compte que ses filles disparaissent les unes après les autres. Très vite, il réalise qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance alors dans une chasse à l'homme, persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin, la dernière victime du tueur.

Le pays du matin calme nous présente, après Park Chan-wook (Old boy), Bong Joon-ho (Memories of murder), un de ses nouveaux petits prodiges en la personne de Na Hong-jin. Ce jeune réalisateur sud-coréen a réalisé dans des conditions difficiles à Séoul pendant 85 jours muni d’un petit budget son premier film The Chaser alors qu’il était encore dans ses études de cinéma. La qualité de ce polar très noir est vraiment surprenante pour un premier film.
Monstrueusement palpitant, The Chaser est pourvu d’un scénario habile qui dévoile très vite l’identité du tueur pour nous emmener lors de cette quête effrénée sur des pistes que l’on n’attendait pas : vers la satire sociale avec cette police incompétente et une justice faillible, vers le portrait touchant d’une amitié entre une petite fille qui désespère de retrouver sa mère et notre anti-héros qui cherche à sauver son âme, The Chaser en osant des ruptures de ton (policiers tournés en ridicule) ou de rythme (le long interrogatoire du tueur, les échanges apaisés avec l’enfant) rend encore plus insoutenable le sort de la jeune victime promise à une mort certaine car le tueur prend un malin plaisir à jouer au chat et à la souris avec la police.
La singularité de The Chaser réside dans le traitement de son personnage principal, un gars peu sympathique (un proxénète ex-flic soucieux de rentabilité) qui gagne en humanité au fil de cette course-poursuite contre la montre et le traitement de l’action qui se circonscrit dans un quartier résidentiel en forme de labyrinthe cauchemardesque balayé par la pluie où seul l’enquêteur-proxénète cavale porté par l’énergie du désespoir pour retrouver la captive.
Confirmant le buzz fait autour de sa projection cannoise en séance de minuit (forcément) et son prix Grand Prix Action Asia décerné au Festival du Film Asiatique de Deauville en mars 2009, The Chaser constitue une éprouvante virée nocturne dans un des repères du mal dont un jeune homme à l’allure angélique (un golden-boy siphonné) a la clé, un thriller crépusculaire et poisseux, de la trempe de Seven tout simplement.

24 mars 2009

Entre les murs dans votre salon

La Palme d'Or du dernier festival de Cannes, Entre les murs, de Laurent Cantet sort aujourd'hui en DVD et Blu-Ray.

Le contenu de l'édition collector 2 DVD auquel s'ajoute 1 DVD avec une masterclass pour l'édition FNAC :

Livret avec les photos dédicacées des élèves et de Laurent Cantet (28 pages)
DVD 1
Bande-annonce du film
"Entre les cloisons" : parodie de Guillaume Galliene
DVD 2
"Une année entre les murs" : making of (40')
Autoportraits des enfants (15')
Séquences commentées par François Bégaudeau et Laurent Cantet (40')
Ateliers extraits de plusieurs séances (30')

La critique de Entre les murs est à consulter ICI sur le site dédié au 61ème festival de Cannes que j'ai couvert pour le site Cinéalliance

La journée de la jupe / Jean-Paul Lilienfeld

Une professeur de collège prend un jour ses élèves en otage…

Pour son grand retour au cinéma Isabelle Adjani qui n'avait pas tourner de rôle majeur depuis 2003 (un petit rôle dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran la même année) dans Bon voyage de Jean-Paul Rappenau a choisi d'incarner dans La journée de la jupe une prof de collège à la pédagogie musclée, résultant toutefois plus de circonstances dramatiques que d'un choix d'enseignement.
En effet une dizaine de minutes après le début du récit la prof qu'on découvre chahutée et méprisée par le comportement irrespectueux de la plupart de ses élèves puis menacée physiquement par un duo de petites frappes s'empare d'un pistolet découvert dans le sac à dos du caïd de la classe et prend en otage sa classe. Le rapport de force s'inverse : l'enseignante impose sa parole et son autorité.
Huis-clos étouffant porté par l'époustouflante Adjani, tendue et menaçante comme très émouvante dans l'expression du désarroi dans le dernier tiers, ce film de Jean-Paul Lilienfeld aborde, sous ses abords de film policier dont il reprend tous les codes, des tentatives des otages pour reprendre la maîtrise de la situation jusqu'à l'intervention d'un négociateur joué, il fallait oser, par l'excellent Denis Podalydès, nombre de sujets sensibles liés aux dysfonctionnements scolaires comme sociétaux : la laïcité dans l'école du 21ème siècle, la mixité sociale et ethnique, le durcissement de la relation garçon/fille en banlieue où la mysoginie règne souvent en maître ...Si ce questionnement politique ne manque pas d'intérêt le dispositif théâtral (unité de temps, de lieu et d'action) mis en place pour cette Journée de la jupe particulière concourt à l'impression générale que ces sujets sont abordés de manière artificielle voire trop didactique dnas la succession des situations dramatiques impliquant prof et élèves.
Heureusement la qualité générale de l'interprétation et le rythme soutenu du film qui contrebalance des moments implacables de tension et de violence physiques et psychologiques avec un peu d'humour lié au personnage du négociateur pris dans des problèmes conjugaux lors de l'exercice de son métier permettent à ce téléfilm produit par Arte d'être une belle réussite originale pour cet Après-midi de chien passé Entre les murs d'un collège en ébullition.

23 mars 2009

Le nouveau Park Chan Wook s'annonce bloody

Après avoir traité dans Je suis un cyborg (2007) d’une histoire d'amour burlesque et mélancolique entre deux internés d'un hôpital psychiatrique dont une jeune femme qui refuse de s'alimenter préférant sucer des piles et parler aux distributeurs automatiques, le génial Park Chan Wook revient, après ce film qu'il qualifie lui-même de "bouffée d'oxygène" entre ces différents projets, à un cinéma plus dur avec Thirst, une histoire de vampire qui s’annonce forcément originale.

Un prêtre dévoué et aimé se porte volontaire pour une expérience. Mais celle-ci tourne mal et le transforme en vampire. Les changements psychologiques et physiques vont peu à peu le transformer et le faire sombrer dans la dépravation. Le prêtre devra alors lutter pour sauver sa part d'humanité.

Interprété par l’indispensable Song Kang-Ho (The host, Sympathy for Mr Vengeance), ce nouveau film du réalisateur sud-coréen pourrait être présenté à Cannes. En attendant d’en savoir plus sur sa date de sortie française visionner ICI la bande-annonce de Thirst en version coréenne.

22 mars 2009

The Bourne ultimatum / Paul Greengrass


A l’occasion de la sortie ce mois-ci de la sortie en BLU-RAY chez Universal de l’indispensable trilogie Jason Bourne retour sur l’explosif The Bourne ultimatum (2007) réalisé par Paul Greengrass.

Jason Bourne a longtemps été un homme sans patrie, sans passé ni mémoire. Un conditionnement physique et mental d'une extrême brutalité en avait fait une machine à tuer - l'exécuteur le plus implacable de l'histoire de la CIA. L'expérience tourna court et l'Agence décida de le sacrifier.

Laissé pour mort, Jason se réfugie en Italie et entreprend une lente et périlleuse remontée dans le temps à la recherche de son identité. Après l'assassinat de sa compagne, Marie, il retrouve l'instigateur du programme Treadstone qui a fait de lui un assassin et l'a condamné à l'errance. S'estimant vengé par la mort de ce dernier, il n'aspire plus qu'à disparaître et vivre en paix. Tout semble rentré dans l'ordre : Treadstone ne serait plus qu'une page noire ? une de plus - dans l'histoire de l'Agence...

Mais le Département de la Défense lance en grand secret un second programme encore plus sophistiqué : Blackbriar, visant à fabriquer une nouvelle génération de tueurs supérieurement entraînés. Jason est, pour le directeur des opérations spéciales, une menace et une tache à effacer au plus vite. Ordre est donné de le supprimer. La traque recommence, de Moscou à Paris, de Madrid à Londres et Tanger...


Avec le trépidant La vengeance dans la peau se clôt l'excellente trilogie des aventures cinématographiques de Jason Bourne, l'espion amnésique ex-tueur de la CIA crée par Robert Ludlum.

Sorti en 2002 La mémoire dans la peau réalisé par Doug Liman a remporté un succès assez inattendu (un film d'espionnage à l'ancienne, réaliste, grisâtre avec un personnage torturé joué par un acteur pas encore bankable) confirmé par La mort dans la peau deux ans plus tard.

Réalisé par l'anglais Paul Greengrass (Sunday Bloody Sunday, Vol 93) déjà réalisateur du second volet La vengeance dans la peau répond, après un voyage express autour du monde ponctué par trois scènes d'actions démentes, à beaucoup de questions sur l'identité de Bourne tout en laissant en suspens quelques interrogations (la porte ouverte vers un quatrième volet annoncé récemment par Damon en cours d’écriture et qui serait tiré d’un scénario original plutôt que d’un livre de Robert Ludlum).

La réussite de cette trilogie tient tout d'abord à l'écriture de ce personnage d'espion, à des années lumière d'un autre J.B sévèrement amidonné avant que Casino Royale ne corrige le tir, attachant car torturé et duel : jadis un tueur froid et méthodique, désormais un être honnête et compatissant en quête de rédemption et de vérité.

Avant de faire, à New-York où tout a commencé, la pleine lumière sur son passé et ses débuts de tueur pour la CIA , Bourne, en animal traqué dans un monde sans frontière et ultra-surveillé, cavale de Moscou à New-York en passant par Londers et Tanger à la recherche de ses origines.

Greengrass comme dans ses précédents films multiplie les points de vue sur les forces en présence : la quête mouvementé de Bourne chassé / chasseur aux quatres coins du globe et le jeu perfide de pouvoir et de manipulation dans les bureaux de la CIA. De cette course-poursuite mondiale effrénée se dégage un sentiment anxiogène très bien relayé par la réalisation hyper-réaliste de Greengrass : où qu'il se trouve sur la planète Bourne sera traqué par ses anciens employeurs rongés par la paranoïa qui, aidés par un arsenal technologique de surveillance imparable, ont, ou bien plutôt pensent avoir, la réalité sous contrôle (le 11 septembre a démontré la faillibilité du système).
Pour traduire ce sentiment d'urgence et d'insécurité propre au trajet de Bourne Greengrass a repris son procédé de mise en scène fétiche, la caméra à l'épaule. En documentariste la caméra est placé au coeur de l'action pour un effet de réel saisissant et la crédibilité de l'action. La recherche de réalisme se traduit par une action brute et sèche dans les combats rapprochés, des cascades exécutées en live (les plans de crash automobile où la caméra est dans la voiture font très mal). Trois séquences de poursuite monstrueuses avec pour dénominateur commun une action viscérale relayée par un montage nerveux encadrent le film : Londres, gare de Waterloo, sur les toits de Tanger et épisode final à New-York.

La réalisation percutante toujours plus affinée de Greengrass, le jeu rugueux et subtil de Matt Damon ainsi que le scénario ingénieux de Tony Gilroy (la trame de ce troisième opus vient en fait s'insérer, pour l'essentiel, entre l'avant-dernière scène et la dernère scène de La mort dans la peau !) font de ce troisième volet le sommet d'une trilogie passionnante qui a renouvelé, par son parti-pris réaliste et son héros tourmenté loin des actions movies déconnants et invraisemblables pondus à la chaîne par Hollywood, le cinéma d'action et d'espionnage.


Le contenu du coffret Jason Bourne en Blu-Ray

  • Les trois films et leurs bonus respectifs :
  • - La mémoire dans la peau, Les bonus : Le commentaire du réalisateur, les scènes coupées, un documentaire : Robert Ludlum et la saga, une interview du scénariste, le début et la fin alternatives...)
  • - La mort dans la peau, Les bonus : Le commentaire du réalisateur, les scènes coupées, le casting, la caméra embarquée, les secrets des scènes, la bande originale de John Powell,
  • - La vengeance dans la peau, Les bonus : Le commentaire du réalisateur, les scènes coupées, la préparation des combats, l'entrainement de Jason Bourne...

21 mars 2009

OSS117 est de retour

La nouvelle aventure d'OSS117 alias Hubert Bonisseur de la Bath se déroule 12 ans après sa mission au Caire relatée dans OSS117, le Caire nid d'espions de Michel Hazanavicius qui signait alors en 2006 la meilleure comédie française de l'année avec ce personnage impayable, un Sean Connery français burlesque et légèrement réac interprété par un Jean Dujardin hilarant.

Douze ans après Le Caire, OSS 117 est de retour pour une nouvelle mission à l'autre bout du monde. Lancé sur les traces d'un microfilm compromettant pour l'Etat français, le plus célèbre de nos agents va devoir faire équipe avec la plus séduisante des lieutenants-colonels du Mossad pour capturer un nazi maître chanteur. Des plages ensoleillées de Rio aux luxuriantes forêts amazoniennes, des plus profondes grottes secrètes au sommet du Christ du Corcovado, c'est une nouvelle aventure qui commence. Quel que soit le danger, quel que soit l'enjeu, on peut toujours compter sur Hubert Bonisseur de la Bath pour s'en sortir...

Toujours réalisé par Michel Hazanavicius avec la collaboration de Jean-François Halin au scénario, OSS117 Rio ne répond plus sera sur les écrans le 15 avril 2009. Alors "Si vous aimez la danse et les chinois vous allez vous régaler" en visionnant la bande-annonce ICI

20 mars 2009

Up en ouverture du 62 ème Festival de Cannes

LÀ-HAUT (UP), le nouveau film d'animation des studios Disney Pixar produit sous l'égide de John Lasseter a été choisi pour faire l'ouverture du 62e Festival de Cannes lors d'une avant-première mondiale en 3-D Relief le mercredi 13 mai 2009.

Quand Carl, un grincheux de 78 ans, décide de réaliser le rêve de sa vie en attachant des milliers de ballons à sa maison pour s'envoler vers l'Amérique du Sud, il ne s'attendait pas à embarquer avec lui Russell, un jeune explorateur de 9 ans, toujours très enthousiaste et assez envahissant... Ce duo totalement imprévisible et improbable va vivre une aventure délirante qui les plongera dans un voyage dépassant l'imagination.

Le trailer de Up (Là haut) qui sortira dans toute la France le 29 juillet est à visionner ICI

Welcome / Philippe Lioret

Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d'aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.

Welcome marque la 3ème collaboration au scénario entre Olivier Adam et Philippe Lioret après L’équipier et Je vais bien ne t’en fais pas.
Après une vingtaine de minutes à la facture documentaire où nous suivons la tentative désespérée d’une poignée de réfugiés de passer en Angleterre (visages d’anonymes, lumière naturelle, détails), le territoire fictionnel de
Welcome se dévoile avec l’arrivée dans le cadre de l’imposante stature de Vincent Lindon qui incarne ici un maître nageur cabossé par la vie. Cet homme à la vie sentimentale disloquée va peu à peu remettre en cause ses certitudes et affronter ses petites peurs et lâchetés pour aider un jeune réfugié kurde Bilal à accomplir ses rêves de liberté comme amoureux, lui qui n’a pas réussi à traverser la rue pour retenir celle qu’il aime.
Innervé par un très bon scénario exigeant en termes de dramaturgie comme de réalisme social,
Welcome, à la manière du cinéma de Ken Loach, séduit autant dans le registre dramatique grâce à des personnages ordinaires attachants confrontés aux tracas de la vie que sur un plan réaliste dont la recherche de vérité que ce soit dans le casting que les décors nourrit la fiction en retour. Pour nourrir cette histoire d’authenticité, les cinéastes ont partagé durant quelques jours la vie des bénévoles et des réfugiés à Calais et ont engagé des non-professionnels comme le jeune Firat Ayverdi (Bilal).
La toile de fond réaliste du film est mise en valeur par l’intensité et la justesse de cette histoire d’amitié impossible et tragique qui bouleverse totalement. Chargé en pics dramatiques le récit de
Welcome est en effet centré sur une belle histoire d’amitié et une double (re)conquête amoureuse. Aidant d’abord Bilal pour impressionner et reconquérir sa femme bénévole au « quai de la soupe » qui lui reproche son manque d’implication citoyenne comme sans doute d’autres choses dont Lloret ne dira rien, Simon va se prendre d’amitié pour ce jeune homme, un sportif et un amoureux (il entreprend la traversée de la Manche à la neige pour retrouver l’objet de son affection) qui pourrait être le fils qu’il n’a pas eu ou bien le compétiteur qu’il a été.
L’émotion infuse délicatement grâce à la mise en scène de Lioret, plus adepte du non-dit et des silences évocateurs que des dialogues psychologisants et l’interprétation remarquable tout en retenue et sensibilité discrète de Vincent Lindon dans un de ses meilleurs rôles face au jeune Firat Ayverdi étonnant de naturel. Audrey Dana est également très juste dans le rôle de l'épouse à reconquérir.
A travers cette histoire d’un quidam qui se met en danger par compassion et solidarité à un réfugié le cinéaste et son acteur principal, deux portes paroles charismatiques du film en avant première comme dans les médias, entendent dénoncer l’ article L622-1 qui punit toute personne venant en aide à personne en situation irrégulière de 5 ans de prison et de 30.000 euros d’amende.
Toujours juste dans le dosage de l’émotion à l’image du précédent
Je vais bien ne t’en fais pas, Lioret frappe à nouveau très fort avec ce drame engagé, implacable et déchirant, un précipité rare à base d’humanité poignante et d’indignation citoyenne qui réunirait le meilleur de Claude Sautet et de Costa-Gavras, à voir absolument donc.

14 mars 2009

Alain Bashung s'est éteint

Le chanteur et acteur Alain Bashung nous a quittés aujourd'hui à l'âge de 61 ans emporté par un cancer.

(photo Fabien Brajon)

L'immense artiste, auteur de chansons inoubliables comme Gaby, Osez Joséphine, Mademoiselle rêve, Ma petite entreprise, La nuit je mens, Vertige de l'amour, Résidents de la république a été récompensé dernièrement aux Victoires de la musique par trois prix (spectacle musical de l'année, artiste interprète masculin et album variété de l'année) grâce à son superbe album Bleu Pétrole.

Le "dernier des géants" comme nommé par le magazine Les Inrockuptibles était un poète rock charismatique, amateur d'Elvis Presley, Gene Vincent, Buddy Holly, Moody Blues comme de chanson française, Trenet, Gainsbourg.

Alain Bashung a débuté au cinéma en 1982, en parallèle à sa carrière de chanteur qui explose grâce à Gaby, dans Nestor Burma, détective de choc aux côtés de Michel Serrault et Jane Birkin.

Au fil d'une carrière comptant une vingtaine de rôles il a joué notamment dans L'ombre du doute de Aline Isserman (1993), La confusion des genres de Ilan Duran Cohen (2000), Félix et Lola de Patrice Leconte (2001) ou bien encore La bande du drugstore de François Armanet (2002).

Il fut également la voix de Maltazard dans Arthur et les Minimoys de Luc Besson (2006).

Dans sa dernière apparition cinématographique, le film à sketches de Samuel Benchetrit J'ai toujours rêvé d'être un gangster (2008), il est lui même, Alain Bashung, face au chanteur Arno.


"On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour a des murènes
J'ai fais l'amour
J'ai fait le mort
T'etais pas née
A la station balnéaire
tu t'es pas fait prier
J'etais gant de crin, geyser
Pour un peu, je trempais
Histoire d'eau

La nuit je mens
Je prends des trains
A travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.
.... "

Alain Bashung , La nuit je mens

Gran Torino / Clint Eastwood

Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés. Après des années de travail à la chaîne, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le voeu qu'il aille à confesse, mais Walt n'a rien à avouer, ni personne à qui parler. Hormis sa chienne Daisy, il ne fait confiance qu'à son M-1, toujours propre, toujours prêt à l'usage...
Ses anciens voisins
ont déménagé ou sont morts depuis longtemps. Son quartier est aujourd'hui peuplé d'immigrants asiatiques qu'il méprise, et Walt ressasse ses haines, innombrables - à l'encontre de ses voisins, des ados Hmong, latinos et afro-américains "qui croient faire la loi", de ses propres enfants, devenus pour lui des étrangers.
Walt tue le temps comme il peut, en attendant le grand départ, jusqu'au jour où un ado Hmong du quartier tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino... Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne.

Lorsque le jeune et timide Thao tente de la lui voler sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue, la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage. C'est le début d'une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie. Grâce à Thao et sa gentille famille, Walt va découvrir le vrai visage de ses voisins et comprendre ce qui le lie à ces exilés, contraints de fuir la violence... comme lui, qui croyait fermer la porte sur ses souvenirs aussi aisément qu'il enfermait au garage sa précieuse Gran Torino...

Quelques mois après le superbe l'Echange, un nouveau film de Mr Eastwood, également devant la caméra quatre ans après l'oscarisé Million dollar baby, débarque dans les salles pour le plus grand plaisir des inconditionnels du grand Clint.

Gran Torino, projet de moindre ampleur par rapport au dyptique consacré à Iwo Jima ou bien au foisonnant récit d'époque L'échange, n'en demeure pas moins un grand cru en regard des thèmes et personnages abordés dans une histoire somme tout classique qui renvoient à des oeuvres antérieures, d'une réalisation toujours aussi maîtrisée dans l'épure et l'enchaînement des plans pour mettre en valeur le cheminement intérieur de ses protagonistes enfin de l'intensité de cette histoire humaine noire et mélancolique qui porte vraiment la marque de son auteur, le dernier des géants d'Hollywood.

Circonscrite dans une zone limitée, un lotissement, quelques maisons et rues adjacentes, l'histoire de Gran Torino, qui tranche avec la densité narrative de L'échange, relate une amitié improbable entre deux voisins d'âge et de culture très éloignés, le misanthrope et grincheux Walt et le jeune garçon timide de la famille Hmong vivant à quelques mètres de la propriété du retraité.
Deux solitudes s'apprivoisent. Un rapprochement amical d'ailleurs expédié en quelques fondus enchaînés, le type même de séquence attendue que Eastwood zappe à l'image de cette autre scène très réussie de confession que Walt adresse à son ami derrière une grille de sécurité qui peut rappeller l'espace du confessionnal où il se trouvait auparavant à la demande d'un pasteur pour évoquer ses démons intérieurs. De même Eastwood propose une conclusion su
rprenante et ô combien puissante en terme d'intensité dramatique pour son personnage solitaire et dur de cuire qui ici à la différence de Million dollar baby ou bien encore Impitoyable trouve la paix et n'est plus amené par un destin contrarié à errer parmi les ombres.

Gran Torino peut en effet être vu comme une oeuvre testamentaire en regard d'un plan final mémorable (Eastwood a déclaré que ce serait son dernier rôle) qui dit adieu à ce personnage typiquement eastwoodien, le gros dur au coeur tendre, qu'on peut voir comme la somme de tous ceux incarnés au cours d'une filmo passionnante : Dirty Harry et son sens particulier de la justice, le maître de guerre et sa droiture militaire, l'entraineur de Million Baby et son manque affectif...Honneur, justice, vengeance, famille autant de thèmes abordés avant et ici dans ce Gran Torino où Eastwood convoque tous les fantômes de ces rôles précédents pour mieux leur dire adieu; un enterrement de première classe.

9 mars 2009

Harvey Milk / Gus Van Sant

Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco en Californie. Son combat pour la tolérance et l'intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Son action a changé les mentalités, et son engagement a changé l'histoire.

Après une quadrilogie centrée sur l’adolescence (Gerry, Elephante, Last days, Paranoid Park) marquée par des audaces esthétiques et formelles qui flirtaient avec l’expérimental, Gus Van Sant revient avec Harvey Milk à un cinéma mainstream, plus classique, dans la veine de Will Hunting et A la rencontre de Forrester.

Le film s’ouvre sur l’enregistrement des mémoires de Milk dans l’éventualité d’un assassinat et procède par flash-back sur une période de 8 ans de son installation dans le quartier de Castro à San Francisco avec son jeune amant au début des années 70 jusqu’à sa mort en 1978 après sa victoire sur le projet 6 destiné à porter atteinte à la liberté des homosexuels.

Sur les conseils de son amant (« You need to find a new scene ») Milk quitte en 1972 New-York pour San Franciso et le quartier de Castro où ils ouvrent une boutique de photo qui va devenir son QG de campagne pour devenir conseiller au district 5.

Porté par la communauté gay qui trouve dans ce quartier un refuge de liberté et le soutien des déclassés, des oubliés du système, la classe ouvrière comme les seniors, Harvey Milk accèdera enfin en 1977 à un poste politique important qui lui permettra de faire reconnaitre les droits des gays à exister comme n’importe quels citoyens et individus. Milk n’est pas un carriériste aux dents longues mais un citoyen porté par un mouvement incroyable de tolérance et de liberté à qui il va exhorter de sortir du placard pour que l’intime, le personnel se mêle à la sphère politique, dans l’espoir d’une reconsidération massive de la question de la différence sexuelle.

Sur ce combat qui s’étend par delà la cause gay aux droits de l’homme et qui n’est pas un acte de rébellion mais une lutte pour vivre et survivre dans le pays de la liberté plane subrepticement depuis le début une ombre funèbre. Menace postale anonyme puis arrêt de mort lancé avant un meeting et ressentiment progressif d’un autre conseiller qui redoute d’être humilié par cet élu pas comme les autres, le parcours de Milk est traversé d’inquiétudes, plus de la part de ses proches que de sa personne, comme de douleurs sentimentales au fil d’une histoire qui restitue avec inspiration l’effervescence des années 70 (liberté sexuelle, espoir de changement…).

Le film mêle harmonieusement extraits de journaux TV, images d’archives qui alterne entre la parole de la rue et les déclarations terrifiantes d’Anita Bryant qui milite pour humilier les gays et cristallise les peurs et préjugés des bigots et autres chrétiens ultra-conservateurs, à des scènes de meeting où éclate le charisme et l’intelligence de Milk, des réunions de campagne peuplés de ces ados en marge vus ailleurs dans la filmo de Van Sant qui intègrent avec leur fougue et leur détermination la politique et autres scènes intimes très fortes.

Entouré des impeccables Emile Hirsch, James Franco et Josh Brolin, Sean Penn fait corps avec son personnage de manière stupéfiante, sans tomber dans l'excès (transformation physique, rire, gestuelle).

Porté par l’interprétation justement récompensée d’un Oscar de ce dernier, la mise en scène d’une grande justesse de Van Sant qui est affaire de modération esthétique au regard de ses œuvres précédentes comme de sensibilité discrète et le script brillant de Dustin Lance Black ramassé sur huit années, Milk est une ode à la tolérance bouleversante et précieuse, un geste d’espoir qui résonne encore aujourd’hui.

6 mars 2009

Johnny Depp en public enemy pour Michael Mann

Le nouveau Michael Mann, Public enemies, dévoile de nouvelles images à visionner ICI: Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, des chapeaux mous, des mitraillettes fumantes... quel style!

Le pitch

Basé sur l'histoire vraie de John Dillinger, un braqueur de banque hors pair qui a sévit à de nombreuses reprises dans l'Amérique des années 30. Avancé comme "l'ennemi public numéro 1" par le patron du FBI, John Edgar Hoover, Dillinger sera traqué sans relache par Melvin Purvis, l'un des agents fédéraux des plus efficaces.

Ce film événement dont voici quelques photogrammes sera sur les écrans français le 24 Juin 2009.

2 mars 2009

Surveillance / Jennifer Lynch

Deux agents du FBI arrivent dans une petite ville perdue pour enquêter sur une série de meurtres. Ils retrouvent sur place trois témoins : un policier à la gâchette facile, une junkie complètement déconnectée et une petite fille de huit ans encore sous le choc. Au cours des interrogatoires, les agents découvrent rapidement que les témoins donnent chacun une version différente des faits, dissimulant manifestement une partie de la vérité.


Principe du Rashomon style pour cette deuxième réalisation de la fille de David Lynch interprétée par Bill Pullman et Julia Ormond, présentée hors compétition en séance de minuit au dernier festival de Cannes : 3 points de vue sur un évènement sanglant.

Jennifer Lynch est adepte comme son illustre père de l’étrange dans un quotidien normal (comportements et attitudes bizarres des personnages de flics) et du détail sanglant.
Si les premières minutes autour d’un brutal assassinat puis un spectaculaire carambolage retiennent l’attention pas vraiment de tension latente ni de réguliers pics d’effroi et de troubles pour crier à la réussite indiscutable digne d’un Lost Highway ou d’un Blue Velvet dont la réalisatrice emprunte un acteur (Bill Pullman) comme de nombreux motifs et thèmes (photogénie de l’asphalte, comportement schizophrénique, innocence vs machiavélisme…) avec un jubilatoire plaisir de filmer le bizarre et de raconter une histoire horrible destinée à égarer le spectateur.
Policier très violent à l’humour noir avec de nombreuses situations surréalistes où l’on passe du rire à la peur l’instant d’après et des dialogues très Tarantino, Surveillance est à réservé aux amateurs du genre : entre Tueurs nés pour le ton sanglant et barré et Usual Suspects pour l’architecture narrative, il cultive l’outrance et les faux semblants pour un résultat mitigé qui oscille entre le glaçant (un crash suivi d’une fusillade assez hallucinants) et le grotesque (un Bill Pullman très grimaçant) avec une rock’n roll attitude toutefois assez sympathique.

Enfin un des mérites de Surveillance et non des moindres est d’offrir un rôle conséquent à la belle Julia Ormond dont la dernière prestation de premier plan remonte à il y a dix ans dans Le Barbier de Sibérie et qu’on a pu avoir dernièrement dans le Che de Soderbergh et L’étrange histoire de Benjamin Button de Fincher.


Test DVD

Transfert très réussi reproduisant le gros grain de pellicule vu en salle. Contrastes parfaits entre les couleurs chaudes et poussées lors des flash-backs qui s’opposent aux séquences d'interrogatoires à l'ambiance plus froide, plus bleutée. Très bonne spatialisation de la piste anglaise DTS 5.1; la piste DD5.1 française et la piste Stéréo anglaise s’en sortent bien.

Au niveau des bonus commençons par un module intéressant mais trop court (15’) Jennifer Lynch : sous surveillance qui consiste en une alternance d’extraits du tournage plutôt joyeux à voir la complicité entre Jennifer Lynch et Bill Pullman et des moments choisis de la conférence de presse cannoise où il est question du retour derrière la caméra, 15 ans après Boxing Helena, de Jennifer Lynch, de l’illustre père de cette dernière producteur exécutif du film et du traitement de la violence avec les interventions de la réalisatrice, de Pullman et Ormond.

Une fin alternative, moins malsaine que la conclusion du métrage, filmée sur la demande de David Lynch qui finalement s’est rallié à la vision de sa fille, permet de se faire une idée de l’impact qu’aurait pris le film si elle avait été retenue.
Deux scènes coupées sont également proposées dont une intitulée Latex Love d’une durée de 5’ consiste en moment de complicité plein de glamour vraiment surprenant et jubilatoire entre les deux personnages principaux.

Enfin les suppléments de cette édition Wild Side à placer sous surveillance se concluent par une galerie de photos et liens internet.

Le palmarès de la 34ème cérémonie des César

C’est Séraphine de Martin Provost qui ressort grand vainqueur de la 34ème cérémonie des César avec 7 prix dont ceux de Meilleur film, actrice et scénario original.

Au cours d’une cérémonie assez terne, témoin cette séquence musicale exécutée par le maître de cérémonie Antoine de Caunes en hommage à Chantons sous la pluie qui n’avait vraiment pas l’envergure du numéro dansé et chanté par Hugh Jackman à l’ouverture des Oscars quelques jours auparavant, de nombreux récompenses et des discours de remerciement à rallonge (d’où une cérémonie trop étirée) se sont succédés de manière métronomique sans l’intervention des intermittents du spectacle entre un bel hommage d’Emma Thompson à Dustin Hoffman qui s’est vu remettre un César d’honneur amplement mérité et les pitreries amusantes de Florence Foresti in love pour Sean Penn et Eli Semoun en Tootsie.

Petite production aux 500 000 entrées à ce jour, Séraphine devance le poids lourd Mesrine qui remporte 3 statuettes (sans surprises Meilleur acteur pour Vincent Cassel, Meilleur réalisateur pour Jean-François Richet) ex aequo avec la chronique familiale Le premier jour du reste de ta vie récompensée pour deux de ces jeunes acteurs et son montage.

Le drame de Philippe Claudel Il y a longtemps que je t’aime obtient les César de premier film et de second rôle féminin pour Elsa Zylberstein.

La Palme d’Or Entre les murs se contente du César de la meilleure adaptation quant Danny Boon venu finalement assister à la cérémonie en smoking et bas de jogging orange repart bredouille.


Le palmarès

Meilleur film : Séraphine
Meilleure actrice : Yolande Moreau (Séraphine)
Meilleur acteur : Vincent Cassel (Mesrine)
Meilleur réalisateur : Jean-François Richet (Mesrine)
Meilleur premier film : Il y a longtemps que je t’aime (Philippe Claudel)
Meilleure actrice dans un second rôle : Elsa Zylberstein (Il y a longtemps que je t’aime)
Meilleur acteur dans un second rôle : Jean-Paul Roussillon (Un conte de Noël)
Meilleur espoir masculin : Marc-André Grondin (Le premier jour du reste de ta vie)
Meilleur espoir féminin : Déborah François (Le premier jour du reste de ta vie)
Meilleure adaptation : Entre les murs (Laurent Cantet, François Begaudeau, Robin Campillo)
Meilleur scénario original : Séraphine (Marc Abdelnour, Martin Provost)
Meilleur montage : Le premier jour du reste de ta vie (Sophie Reine)
Meilleur son : Mesrine (Jean Minondo, Gérard Hardy, Alexandre Widmer, Loïc Prian, François Groult, Hervé Buirette)
Meilleurs costumes : Séraphine (Madeline Fontaine)
Meilleure photo : Séraphine (Laurent Brunet)
Meilleure musique écrite pour un film : Séraphine (Michael Galasso)
Meilleurs décors : Séraphine (Thierry François)
Meilleur film documentaire : Les plages d’Agnès (Agnès Varda)
Meilleur court-métrage : Les miettes (Pierre Pinaud)
Meilleur film étranger : Valse avec Bashir (Ari Folman)