14 mars 2009

Gran Torino / Clint Eastwood

Walt Kowalski est un ancien de la guerre de Corée, un homme inflexible, amer et pétri de préjugés surannés. Après des années de travail à la chaîne, il vit replié sur lui-même, occupant ses journées à bricoler, traînasser et siroter des bières. Avant de mourir, sa femme exprima le voeu qu'il aille à confesse, mais Walt n'a rien à avouer, ni personne à qui parler. Hormis sa chienne Daisy, il ne fait confiance qu'à son M-1, toujours propre, toujours prêt à l'usage...
Ses anciens voisins
ont déménagé ou sont morts depuis longtemps. Son quartier est aujourd'hui peuplé d'immigrants asiatiques qu'il méprise, et Walt ressasse ses haines, innombrables - à l'encontre de ses voisins, des ados Hmong, latinos et afro-américains "qui croient faire la loi", de ses propres enfants, devenus pour lui des étrangers.
Walt tue le temps comme il peut, en attendant le grand départ, jusqu'au jour où un ado Hmong du quartier tente de lui voler sa précieuse Ford Gran Torino... Walt tient comme à la prunelle de ses yeux à cette voiture fétiche, aussi belle que le jour où il la vit sortir de la chaîne.

Lorsque le jeune et timide Thao tente de la lui voler sous la pression d'un gang, Walt fait face à la bande, et devient malgré lui le héros du quartier. Sue, la soeur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Surmontant ses réticences, ce dernier confie au garçon des "travaux d'intérêt général" au profit du voisinage. C'est le début d'une amitié inattendue, qui changera le cours de leur vie. Grâce à Thao et sa gentille famille, Walt va découvrir le vrai visage de ses voisins et comprendre ce qui le lie à ces exilés, contraints de fuir la violence... comme lui, qui croyait fermer la porte sur ses souvenirs aussi aisément qu'il enfermait au garage sa précieuse Gran Torino...

Quelques mois après le superbe l'Echange, un nouveau film de Mr Eastwood, également devant la caméra quatre ans après l'oscarisé Million dollar baby, débarque dans les salles pour le plus grand plaisir des inconditionnels du grand Clint.

Gran Torino, projet de moindre ampleur par rapport au dyptique consacré à Iwo Jima ou bien au foisonnant récit d'époque L'échange, n'en demeure pas moins un grand cru en regard des thèmes et personnages abordés dans une histoire somme tout classique qui renvoient à des oeuvres antérieures, d'une réalisation toujours aussi maîtrisée dans l'épure et l'enchaînement des plans pour mettre en valeur le cheminement intérieur de ses protagonistes enfin de l'intensité de cette histoire humaine noire et mélancolique qui porte vraiment la marque de son auteur, le dernier des géants d'Hollywood.

Circonscrite dans une zone limitée, un lotissement, quelques maisons et rues adjacentes, l'histoire de Gran Torino, qui tranche avec la densité narrative de L'échange, relate une amitié improbable entre deux voisins d'âge et de culture très éloignés, le misanthrope et grincheux Walt et le jeune garçon timide de la famille Hmong vivant à quelques mètres de la propriété du retraité.
Deux solitudes s'apprivoisent. Un rapprochement amical d'ailleurs expédié en quelques fondus enchaînés, le type même de séquence attendue que Eastwood zappe à l'image de cette autre scène très réussie de confession que Walt adresse à son ami derrière une grille de sécurité qui peut rappeller l'espace du confessionnal où il se trouvait auparavant à la demande d'un pasteur pour évoquer ses démons intérieurs. De même Eastwood propose une conclusion su
rprenante et ô combien puissante en terme d'intensité dramatique pour son personnage solitaire et dur de cuire qui ici à la différence de Million dollar baby ou bien encore Impitoyable trouve la paix et n'est plus amené par un destin contrarié à errer parmi les ombres.

Gran Torino peut en effet être vu comme une oeuvre testamentaire en regard d'un plan final mémorable (Eastwood a déclaré que ce serait son dernier rôle) qui dit adieu à ce personnage typiquement eastwoodien, le gros dur au coeur tendre, qu'on peut voir comme la somme de tous ceux incarnés au cours d'une filmo passionnante : Dirty Harry et son sens particulier de la justice, le maître de guerre et sa droiture militaire, l'entraineur de Million Baby et son manque affectif...Honneur, justice, vengeance, famille autant de thèmes abordés avant et ici dans ce Gran Torino où Eastwood convoque tous les fantômes de ces rôles précédents pour mieux leur dire adieu; un enterrement de première classe.

Aucun commentaire: