9 mars 2009

Harvey Milk / Gus Van Sant

Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco en Californie. Son combat pour la tolérance et l'intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Son action a changé les mentalités, et son engagement a changé l'histoire.

Après une quadrilogie centrée sur l’adolescence (Gerry, Elephante, Last days, Paranoid Park) marquée par des audaces esthétiques et formelles qui flirtaient avec l’expérimental, Gus Van Sant revient avec Harvey Milk à un cinéma mainstream, plus classique, dans la veine de Will Hunting et A la rencontre de Forrester.

Le film s’ouvre sur l’enregistrement des mémoires de Milk dans l’éventualité d’un assassinat et procède par flash-back sur une période de 8 ans de son installation dans le quartier de Castro à San Francisco avec son jeune amant au début des années 70 jusqu’à sa mort en 1978 après sa victoire sur le projet 6 destiné à porter atteinte à la liberté des homosexuels.

Sur les conseils de son amant (« You need to find a new scene ») Milk quitte en 1972 New-York pour San Franciso et le quartier de Castro où ils ouvrent une boutique de photo qui va devenir son QG de campagne pour devenir conseiller au district 5.

Porté par la communauté gay qui trouve dans ce quartier un refuge de liberté et le soutien des déclassés, des oubliés du système, la classe ouvrière comme les seniors, Harvey Milk accèdera enfin en 1977 à un poste politique important qui lui permettra de faire reconnaitre les droits des gays à exister comme n’importe quels citoyens et individus. Milk n’est pas un carriériste aux dents longues mais un citoyen porté par un mouvement incroyable de tolérance et de liberté à qui il va exhorter de sortir du placard pour que l’intime, le personnel se mêle à la sphère politique, dans l’espoir d’une reconsidération massive de la question de la différence sexuelle.

Sur ce combat qui s’étend par delà la cause gay aux droits de l’homme et qui n’est pas un acte de rébellion mais une lutte pour vivre et survivre dans le pays de la liberté plane subrepticement depuis le début une ombre funèbre. Menace postale anonyme puis arrêt de mort lancé avant un meeting et ressentiment progressif d’un autre conseiller qui redoute d’être humilié par cet élu pas comme les autres, le parcours de Milk est traversé d’inquiétudes, plus de la part de ses proches que de sa personne, comme de douleurs sentimentales au fil d’une histoire qui restitue avec inspiration l’effervescence des années 70 (liberté sexuelle, espoir de changement…).

Le film mêle harmonieusement extraits de journaux TV, images d’archives qui alterne entre la parole de la rue et les déclarations terrifiantes d’Anita Bryant qui milite pour humilier les gays et cristallise les peurs et préjugés des bigots et autres chrétiens ultra-conservateurs, à des scènes de meeting où éclate le charisme et l’intelligence de Milk, des réunions de campagne peuplés de ces ados en marge vus ailleurs dans la filmo de Van Sant qui intègrent avec leur fougue et leur détermination la politique et autres scènes intimes très fortes.

Entouré des impeccables Emile Hirsch, James Franco et Josh Brolin, Sean Penn fait corps avec son personnage de manière stupéfiante, sans tomber dans l'excès (transformation physique, rire, gestuelle).

Porté par l’interprétation justement récompensée d’un Oscar de ce dernier, la mise en scène d’une grande justesse de Van Sant qui est affaire de modération esthétique au regard de ses œuvres précédentes comme de sensibilité discrète et le script brillant de Dustin Lance Black ramassé sur huit années, Milk est une ode à la tolérance bouleversante et précieuse, un geste d’espoir qui résonne encore aujourd’hui.

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