20 mars 2009

Welcome / Philippe Lioret

Pour impressionner et reconquérir sa femme, Simon, maître nageur à la piscine de Calais, prend le risque d'aider en secret un jeune réfugié kurde qui veut traverser la Manche à la nage.

Welcome marque la 3ème collaboration au scénario entre Olivier Adam et Philippe Lioret après L’équipier et Je vais bien ne t’en fais pas.
Après une vingtaine de minutes à la facture documentaire où nous suivons la tentative désespérée d’une poignée de réfugiés de passer en Angleterre (visages d’anonymes, lumière naturelle, détails), le territoire fictionnel de
Welcome se dévoile avec l’arrivée dans le cadre de l’imposante stature de Vincent Lindon qui incarne ici un maître nageur cabossé par la vie. Cet homme à la vie sentimentale disloquée va peu à peu remettre en cause ses certitudes et affronter ses petites peurs et lâchetés pour aider un jeune réfugié kurde Bilal à accomplir ses rêves de liberté comme amoureux, lui qui n’a pas réussi à traverser la rue pour retenir celle qu’il aime.
Innervé par un très bon scénario exigeant en termes de dramaturgie comme de réalisme social,
Welcome, à la manière du cinéma de Ken Loach, séduit autant dans le registre dramatique grâce à des personnages ordinaires attachants confrontés aux tracas de la vie que sur un plan réaliste dont la recherche de vérité que ce soit dans le casting que les décors nourrit la fiction en retour. Pour nourrir cette histoire d’authenticité, les cinéastes ont partagé durant quelques jours la vie des bénévoles et des réfugiés à Calais et ont engagé des non-professionnels comme le jeune Firat Ayverdi (Bilal).
La toile de fond réaliste du film est mise en valeur par l’intensité et la justesse de cette histoire d’amitié impossible et tragique qui bouleverse totalement. Chargé en pics dramatiques le récit de
Welcome est en effet centré sur une belle histoire d’amitié et une double (re)conquête amoureuse. Aidant d’abord Bilal pour impressionner et reconquérir sa femme bénévole au « quai de la soupe » qui lui reproche son manque d’implication citoyenne comme sans doute d’autres choses dont Lloret ne dira rien, Simon va se prendre d’amitié pour ce jeune homme, un sportif et un amoureux (il entreprend la traversée de la Manche à la neige pour retrouver l’objet de son affection) qui pourrait être le fils qu’il n’a pas eu ou bien le compétiteur qu’il a été.
L’émotion infuse délicatement grâce à la mise en scène de Lioret, plus adepte du non-dit et des silences évocateurs que des dialogues psychologisants et l’interprétation remarquable tout en retenue et sensibilité discrète de Vincent Lindon dans un de ses meilleurs rôles face au jeune Firat Ayverdi étonnant de naturel. Audrey Dana est également très juste dans le rôle de l'épouse à reconquérir.
A travers cette histoire d’un quidam qui se met en danger par compassion et solidarité à un réfugié le cinéaste et son acteur principal, deux portes paroles charismatiques du film en avant première comme dans les médias, entendent dénoncer l’ article L622-1 qui punit toute personne venant en aide à personne en situation irrégulière de 5 ans de prison et de 30.000 euros d’amende.
Toujours juste dans le dosage de l’émotion à l’image du précédent
Je vais bien ne t’en fais pas, Lioret frappe à nouveau très fort avec ce drame engagé, implacable et déchirant, un précipité rare à base d’humanité poignante et d’indignation citoyenne qui réunirait le meilleur de Claude Sautet et de Costa-Gavras, à voir absolument donc.

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