18 août 2009

Inglorious basterds / Quentin Tarantino

Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. "Les bâtards", nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l'entrée du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle...


62ème Festival de Cannes-Compétition officielle (chronique cannoise)


Promis depuis longtemps le film de guerre de Quentin Tarantino, Inglorious Basterds a débarqué sur la Croisette mercredi dernier et dire que l’attente était énorme pour la nouvelle réalisation de l’auteur de la Palme d’or de 1994 Pulp Fiction est un doux euphémisme.

Empruntant son titre à un film de guerre italien à petit budget du maître du cinéma bis Enzo G.Castellari, Inglorious Bastards sans en être un remake comme on a pu le lire ici ou là, le nouveau Tarantino est une œuvre dense et jubilatoire divisée en 5 chapitres se déroulant entre 1941 et 1944 en France. Parallèlement au groupe de soldats juifs américains emmené par le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt), alias l’Apache, dans une mission commando pour semer la terreur parmi les lignes hitlériennes nous suivons une jeune juive française (Mélanie Laurent, très convaincante) réfugiée dans un cinéma parisien après l’assassinat de ses parents par le colonel SS Hans Landa.

La brillante séquence d’ouverture sur le mode « Once upon a time » est un long et très dialogué face à face courtois puis tendu entre un paysan français et le dérangé colonel SS Hans Landa, l’acteur Christophe Waltz va voler la vedette au soldat Pitt affublé d’un accent sudiste très exagérée et autres stars invitées (Mike Myers, Diane Kruger…). Cette introduction sous influence Sergio Leone est remarquable par l’incroyable tension qu’elle installe au fil d’une situation très dialoguée où on passe du rire à l’effroi d’un seconde à l’autre.

Sur cette lancée Tarantino va s’en donner à cœur joie comme jamais dans les situations surréalistes très verbales avec répliques claquantes, personnages insolites, clin d’oeil savoureux pour bâtir sa mythologie.

Grand film de cinéphile qui porte Leone, Aldrich bien encore Welles en étendard, Inglorious Basterds est un aussi un grand film sur le cinéma comme vecteur d’émotions fortes (le faux film de propagande à la gloire du soldat nazi joué par Daniel Brühl a été réalisée par Eli Roth qui interprète le sergent Donnie Donovitz), un temple de la cinéphilie et de l’art qui devient ici l’instrument de la vengeance du personnage de Mélanie Laurent. Selon Tarantino « c’est la puissance du cinéma qui combat les nazis, non seulement comme métaphore, mais aussi littéralement, comme réalité ».

Contrairement à ce que la bande annonce du film pouvait le laisser entrevoir le réalisateur de Kill Bill développe peu les faits d’arme sanglants des Basterds (peut-être dans un second volet dont Tarantino a déclaré avoir rédigé la moitié), les 2/3 du récit étant consacrés à la planification de la première parisienne d’un film de Goebbels organisée par Shosanna à la demande du charmeur Fredrick Zoller où les différents protagonistes (les basterds du titre, un lieutenant cinéphile anglais, une actrice allemande infiltrée pour les britanniques, le terrible colonel SS Hans Landa et les hauts dignitaires du IIIème Reich) vont se croiser pour un final explosif.

Car Tarantino qui ne fait décidément rien comme les autres réécrit dans le dernier quart d’heure l’Histoire dans un gigantesque feu de joie et une communicative jubilation d’avoir peut-être réalisé, comme le suggère Aldo l’Apache lors de son dernier scalp, son chef d’œuvre !


(
N.B : la version en salles dès le 19 août est une version remontée et reserrée, de la même durée que la version cannoise et ne comporte toujours pas de scènes avec Maggie Cheung)

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